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Face aux bras ouverts du Maroc, le Canada reste les bras ballants


Par Aziz Boucetta

Dans ce monde changeant et plein d’incertitudes, rythmé par les coups de théâtres et les coups de mentons, les nations se cherchent de nouvelles alliances, de nouveaux partenariats… du moins les plus sages d’entre elles. Pour qui a entendu, voire écouté, le discours du premier ministre canadien à Davos, les choses sont claires et la séquence est historique. Mais, pour ce qui concerne le Maroc, le discours de Mark Carney sonne-t-il vraiment comme il faut, ou les actions de M. Carney sont-elles à la hauteur du moment ?



Le discours, réellement historique, du responsable canadien est incontestablement visionnaire.

Le premier ministre a appris des erreurs de ses prédécesseurs et a compris les errements de son puissant et remuant voisin.

Il explique alors qu’une alliance entre puissances moyennes est nécessaire pour affronter le nouveau monde qui se dessine sous nos yeux.

Et pour le Canada, il a tenu à détailler ses efforts de rapprochement avec des puissances jusque-là ignorées ou simplement négligées, comme la Chine, la Thaïlande ou encore les Philippines.

LE Canada de M. Carney semble avoir compris le nouveau monde, mais semble seulement…

Pas un mot en effet sur l’Afrique, ce qui est inexplicable pour un homme de l’envergure de M. Carney, dont l’expérience doit pourtant l’inciter à prendre en considération les indéniables avantages de ce continent pour son pays.

Et dans ce continent, il y a le Maroc, qui se présente et qui est réellement un hub d’entrée pour l’Afrique ; se rapprocher de ce pays et de son hinterland continental suppose de s’inscrire dans une évolution, voire une rupture d’alliances pour en ouvrir d’autres.

Occulter l’Afrique dans sa pensée et dans son discours établit une certaine incompréhension du monde par M. Carney.

En montrant également une vision étriquée des relations internationales, le Premier ministre canadien montre, certainement sans le vouloir, qu’il continue de s’inscrire dans la logique hautaine de l’ancien monde qu’il pourfend pourtant avec tant de virulence.


Mais qui veut une rupture géopolitique commence d’abord par réduire, à défaut d’effacer, les causes qui la rendent impossible pour le Maroc, et parmi ces causes, internet, les réseaux sociaux, et la désinformation.

Face aux bras ouverts du Maroc, le Canada reste les bras ballants
Une autre cause, majeure, de la fraîcheur des relations entre Ottawa et Rabat réside dans la frilosité voire, et c’est pire, l’indifférence du Canada pour la question du Sahara.

1/ Pour le Sahara marocain, Mark Carney met son pays en difficulté à l’égard du Maroc. Après l’évolution américaine dans ce dossier, suivie par celles de l’Espagne, puis de l’Allemagne, puis de la France, puis du Royaume-Uni, puis de l’Union européenne, et malgré l’adoption de la résolution 2797 qui consacre la solution marocaine à ce conflit artificiel, le premier ministre canadien ne change pas d’avis et maintient son pays dans une posture tout aussi artificielle, celle de la surannée « légalité internationale ».

Que cette « légalité » ait évolué par la grâce de la 2797 ne l’émeut pas outre mesure. Il ne comprend tout simplement pas, M. Carney, que son indifférence à la question du Sahara offense et offusque le Maroc autant que les Canadiens le sont face aux déclarations insistantes de Donald Trump sur l’accaparement du Canada par les Etats-Unis !

2/ Pour la désinformation, le Canada laisse encore et toujours agir sur son territoire des individus qui se proclament « lanceurs d’alertes » et qui ne sont en réalité que de vulgaires maîtres-chanteurs ou des diffamateurs insignifiants à la recherche d’audiences lucratives ; ces gens insultent à longueur de vidéos des officiels marocains, magistrats, avocats, sécuritaires, distillent volontairement des informations qu’ils savent fausses, et s’attaquent maintenant à la personne du Roi.

M. Carney devrait savoir qu’au Maroc, le Roi est une personne unanimement respectée et adulée ; s’en prendre à lui outrage et meurtrit l’ensemble des Marocains.

Le Canada sacralise la liberté d’expression, mais insulter et diffamer un chef d’Etat aussi populaire et engagé que Mohammed VI relève-t-il de la liberté d’expression ?

Cette attitude canadienne à l’égard des colporteurs de fake news et d’insultes sur le Maroc est d’autant plus surprenante que le Canada lui-même se défend contre l’insécurité numérique et qu’il a même créé un site pour cela.

Dans un de ses jugements rendus en 2025, la Cour supérieure du Canada formulait cette vérité que « la liberté d’expression est un droit fondamental dans notre société.  Mais ce droit est balisé par un autre droit, tout aussi fondamental, celui de la protection de la réputation de toute personne ».

Mais au Canada, force est de constater que la justice est laxiste, puisque même les juges se laissent outrager par ces individus sans réagir, et que le gouvernement laisse prospérer de véritables criminels sur son sol, mettant en péril ses relations internationales au nom d’une liberté d’expression à géométrie variable.

Comment M. Carney envisage-t-il donc l’avenir de son pays, harcelé, malmené, méprisé et menacé par son voisin aux ambitions conquérantes ?

Par quel miracle un homme aussi expérimenté et aussi madré que lui ne parvient-il pas à comprendre que le Maroc tient autant à son Sahara, cause existentielle pour lui, que le Canada tient à son indépendance, menacée par Donald Trump.

Comment lui expliquer que le Maroc ne peut pas plus accepter les atteintes à ses institutions depuis le Canada que le Canada n’accepte les attaques contre lui, venant des Etats-Unis et menaçant sa concorde et sa cohésion sociales ?

On peut nourrir une certaine perplexité face à ce qui ressemble bien à de l’indifférence de M. Carney à l’égard du Maroc, alors même que la population d’origine marocaine au Canada est en constante progression ; des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des enseignants, des entrepreneurs, cette population est qualitativement  de haut niveau d’expertise et quantitativement enrichie d’effectifs en rapide croissance.

Les liaisons aériennes se multiplient entre les deux pays, les touristes canadiens prolifèrent dans le royaume et l’attractivité médicale du Maroc séduit un nombre croissant de Canadiens, d’origine marocaine ou pas.

On ne peut considérer l’indifférence canadienne, ou l’insouciance de M. Carney à l’endroit du Maroc autrement que par une coupable négligence d’un continent qui compte de plus en plus et d’un royaume qui s’impose de plus en plus.


Sur le plan géostratégique, il existe dans le monde un espace encore incompris des grandes puissances, et c’est la zone sud-atlantique.

Le Canada appartient au groupe de pays qui n’ont pas compris l’importance stratégique de cet espace à l’avenir. M. Carney n’a d’yeux et d’intérêt que pour l’Europe, l’Atlantique Nord et l’Asie du Sud-Est, à croire qu’il nourrit encore une sage prudence concernant l’Amérique latine – chasse gardée déclarée des Etats-Unis, aux termes de la doctrine Monroe encore récemment évoquée par Donald Trump – et une malsaine indifférence à l’égard de l’Afrique, ce continent si prometteur pour les années à venir, et en dépit de « la stratégie mondiale pour l’Afrique », annoncée bruyamment en mars 2025 et restée depuis lettre morte.

Le Maroc, pour sa part et depuis le discours de Mohammed VI à Riyad en avril 2016, s’est engagé à maintenir ses anciens partenariats et à en ouvrir d’autres.

En cela, et dans une logique de nouvel ordre international, le discours de Riyad était précurseur de celui de Davos ; aujourd’hui, la conjugaison des deux discours pourrait ouvrir de nouvelles perspectives entre le Canada et le Maroc, donc l’Afrique. Mais face aux bras ouverts du Maroc, la Canada reste les bras ballants…
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Mardi 3 Février 2026

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