À peine les sols ressuyés après les dernières pluies, les agriculteurs ont repris le chemin des parcelles. Dans ces zones connues pour leur vocation céréalière, chaque journée ensoleillée compte. « Il fallait agir vite, mais pas trop tôt », glisse un exploitant de la région de Ksar El-Kébir, les bottes encore couvertes de terre. La fertilisation ne tolère pas l’improvisation : elle suit un calendrier précis, ajusté aux conditions climatiques et à l’état des cultures, en particulier le blé tendre Farina, largement cultivé localement.
La campagne de fertilisation s’articule autour de trois étapes distinctes. La première, réalisée le mois précédent, a permis de préparer les champs et d’apporter une dose initiale d’engrais. La deuxième phase, actuellement en cours, consiste en l’application ciblée d’engrais et de sels minéraux. Une troisième intervention est programmée à la mi-février, afin d’accompagner les cultures jusqu’aux stades clés de leur développement. Ce séquençage progressif vise un objectif simple en apparence :
fournir aux plantes les nutriments au moment où elles en ont réellement besoin. Dans les faits, il s’agit d’un exercice d’équilibriste. Trop tôt, l’engrais se perd. Trop tard, le rendement en pâtit.
Sur le plan agronomique, l’azote reste l’élément central de cette phase. Indispensable à la croissance du blé, il est appliqué selon des méthodes de plus en plus rationalisées. Les équipes s’organisent pour une répartition homogène, limitant le gaspillage et améliorant l’absorption par le sol. Ici, la précision n’est pas un luxe, mais une nécessité économique. Parallèlement, les agriculteurs travaillent le sol pour optimiser la rétention de l’eau et des éléments nutritifs. L’idée est claire : tirer le meilleur parti des prochaines pluies, sans dépendre entièrement d’elles. Cette approche pragmatique traduit une adaptation progressive aux aléas climatiques, devenus plus fréquents et moins prévisibles.
Au-delà de la récolte de la saison, l’enjeu est aussi celui de la durabilité. Maintenir la fertilité des sols, éviter leur épuisement et préserver leur productivité sur le long terme font désormais partie des préoccupations quotidiennes. « On ne travaille plus seulement pour cette année », confie un agriculteur d’Al Hoceïma. « La terre, c’est un héritage. » Cette vision s’inscrit pleinement dans une dynamique nationale visant à renforcer la sécurité alimentaire tout en respectant les équilibres environnementaux. Sans discours excessif, ces pratiques traduisent une évolution réelle des mentalités agricoles.
Dans ces régions, la réussite de la fertilisation des céréales conditionne bien plus que le revenu des exploitants. Elle influence l’activité des coopératives, des transporteurs et, plus largement, l’économie rurale. Chaque hectare bien conduit est un pas de plus vers une campagne sereine, dans un contexte où les coûts de production restent sous tension.
À Al Hoceïma comme à Ksar El-Kébir, la fertilisation en cours n’est donc pas un simple geste technique. C’est un pari raisonné sur la saison à venir, un dialogue discret entre la terre et ceux qui la travaillent. Si le climat joue son rôle, les agriculteurs, eux, ont déjà fait le leur.












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