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France/Maroc, le point d’inflexion ?


Il se passe indéniablement quelque chose avec la France, et ce quelque chose est assez particulier, très spécifique dans les relations entre Etats. Plusieurs signaux faibles qui, en cumul, commencent à exprimer quelque chose de plus en plus fort, dénotant d’une réelle intention de régler le problème, mais à la confrontation des positions s’additionne celle des egos, le tout compliqué par une robuste méfiance, côté marocain.



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Par Aziz Boucetta

Tout le monde sait que les relations entre Rabat et Paris sont gelées depuis au moins deux ans, suite à un ensemble d’actes, de dits et surtout de non-dits entre les deux pays. Des attaques très certainement concertées contre le royaume car convergentes, toute la presse française s’y mettant comme un seul homme/femme, avec une admirable absence de retenue ou de finesse.

Et pareil dans le sens inverse. Affaire Pegasus, fuite d’images du roi à Paris, parlement européen (où le groupe Renaissance était conduit par un certain Stéphane Séjourné, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères), punition collective par le visa, incroyables maladresses en cascade dans le traitement du séisme d’al Haouz…

Puis les choses ont commencé à se réchauffer, et la glace à fondre. Il faut saluer ici l’action des deux ambassadeurs dans leurs capitales d’accréditation respectives, malgré les difficultés et incompréhensions qu’ils ont dû affronter, et qu’ils ont patiemment affrontées, qu’ils affrontent encore tout aussi sereinement.

Il y a eu d’abord la nomination de Samira Sitaïl comme ambassadrice à Paris, puis la visite de militaires français à Laâyoune, en uniforme, puis la petite phrase du représentant permanent français à l’ONU recommandant la nécessité d’avancer sur la question du Sahara qui n’aurait (qui n’a) que trop duré, puis les autres petites phrases (les Français étant champions dans l’exercice) de l’ambassadeur Christophe Lecourtier, puis la visite éclair de Stéphane Séjourné à Rabat puis celle, plus longue, de son collègue au gouvernement Franck Riester à Casablanca et Rabat, puis enfin cette autre visite éclair de Nasser Bourita en terre française.

Un activisme certes timide, assurément prudent, mais clairement résolu. Pour quel résultat ? Une reconnaissance implicite de la marocanité du Sahara, puisque la France a déclaré au niveau gouvernemental que Paris financerait et appuierait des initiatives économiques publiques dans nos provinces du Sud.

Cette action est importante, mais demeure insuffisante, la France voulant avancer à grand galop sans trop s’engager, le Maroc freinant des quatre fers, attendant une position plus ferme et plus affermie.

Il est indéniable que M. Séjourné est engagé dans cette question, et même engagé « personnellement », comme le lui aurait demandé son président. Mais le contentieux est lourd et remonte au moins aux années Hollande et le comportement de M. Macron lors de ces dernières années conduit Rabat à faire montre de méfiance. En outre, le président a considéré que la pression marocaine est malvenue et qu’il ne peut y céder, adoptant là une attitude frôlant...

 


la condescendance, ce que le roi du Maroc ne saurait accepter en retour. La fierté personnelle des deux chefs d’Etat se trouve alors engagée, compliquant singulièrement la situation ; sauf qu’à la différence du chef de l’Etat français, le roi Mohammed VI est soutenu par sa classe politique (on pourrait dire, « normal ») et surtout, et plus important, par l’opinion publique qui n’a pas digéré et ne digère toujours pas le chantage ou la rétorsion au visa.

Aujourd’hui, personne ne peut plus contester que les deux gouvernements avancent l’un vers l’autre, la France main tendue et ouverte, le Maroc demeurant les poings fermés, ainsi que le montre cette dernière visite de Nasser Bourita au Quai d’Orsay. On y voit certes le Marocain, spécialiste du calibrage de son sourire, arborant un sourire large, et le Français très accueillant… mais si M. Séjourné a fait des déclarations et a même rédigé un tweet évoquant une séance de travail, le ministère de M. Bourita a assuré une communication minimale, faisant l’économie d’un communiqué de presse comme cela se fait habituellement en pareille occasion. Mais il souriait, riait même.

Et il reste à retenir cette « petite phrase » de Stéphane Séjourné à RFI, organe public : « Pour ce qui est de la question diplomatique [le Sahara], c’est entre les deux chefs d’Etat que cela se gérera et se réglera ». C’est l’avis de tous les commentateurs, que la primeur d’une éventuelle déclaration actant l’évolution de la France sur cette question soit du ressort des chefs d’Etat, mais que cela soit dit par le chef de la diplomatie française comporte un sens plus solennel. En supposant que M. Séjourné a (vite) appris le métier et sait doser ses déclarations et choisir ses mots, le terme « régler » revêt toute son importance.

Cette annonce de chef d’Etat, si annonce il devait y avoir un jour, se fera donc après concertation et négociation entre le roi et le président, et la nouvelle position française, si nouvelle position il y a, serait annoncée par le président Emmanuel Macron, à l’Elysée ou à Rabat. Hors cela, il est bien improbable qu’une visite d’Etat de ce dernier au Maroc ait lieu un jour. Le « prisme » est toujours là, et la tension aussi.
 

Les Etats oublient, mais les peuples ont prouvé qu’ils avaient la mémoire plus longue. M. Macron sera le bienvenu sur nos terres s’il a la volonté et le courage de faire évoluer la position de son pays sur le Sahara, où sa responsabilité historique est sue et connue de tous. Dans le cas contraire, et même si, aussi étonnamment que cela paraîtrait, il vient au Maroc pour dire autre chose, il sera l’invité de l’Etat marocain mais il ne sera pas le bienvenu auprès de l’opinion publique.
 

Et le roi a pour habitude de scruter son opinion publique avant de prendre toute décision.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost




Lundi 15 Avril 2024

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