Marrakech accueille le GITEX Africa, réunissant start-ups, décideurs publics et investisseurs pour faire du numérique un levier central du développement économique africain.
Sur scène, Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf, a parlé chiffres et calendrier avec une clarté inhabituelle. « Nous parlons d’un marché de 1,4 milliard de personnes et d’un PIB combiné de 3 400 milliards de dollars », a‑t‑il déclaré, posant le cadre d’un projet qui dépasse de loin les seules frontières nationales. Cette masse critique, selon lui, est la base d’un « commerce numérique africain » à construire aujourd’hui.
Ce projet repose sur un jalon récent : l’adoption en février 2025, par l’Union africaine, d’un protocole sur le commerce numérique présenté par Mene comme « le premier du genre au monde ». Ce texte vise à harmoniser les règles, faciliter les transactions numériques et découvrir des solutions communes à des marchés encore fragmentés. Une étape jugée essentielle, car la multiplication des régulations nationales freine encore l’interconnexion des plateformes digitales.
Concrètement, plusieurs chantiers sont sur la table. L’interopérabilité des systèmes de paiement, par exemple, reste un obstacle majeur. Envoyer de l’argent d’un pays à un autre africain peut encore ressembler à un casse‑tête administratif ou technique. De même, les réseaux et infrastructures numériques publiques demandent des investissements bien plus importants pour absorber la croissance des usages.
Pourtant, les signaux de croissance sont bien là. Mene s’appuie sur une estimation de la Société financière internationale qui anticipe que l’économie numérique africaine pourrait atteindre 721 milliards de dollars d’ici 2050. Derrière ces projections, des réalités vivantes : services fintech en expansion, usage massif du mobile, émergence de startups locales qui créent de l’emploi.
Le défi demeure l’infrastructure. Aujourd’hui, l’Afrique représente moins de 2 % de la capacité mondiale de data centers un goulet d’étranglement pour le stockage et le traitement des données. Pour répondre à la demande croissante, quelque 700 nouveaux centres de données seraient nécessaires d’ici 2035. C’est un chantier titanesque qui appelle des financements conséquents et une coordination politique accrue.
Le Maroc, sur ce front, se distingue par des progrès tangibles en matière de digitalisation. Politiques publiques, soutien aux jeunes actifs et développement d’écosystèmes tech locaux confèrent au royaume un rôle d’appui opérationnel dans la mise en œuvre des objectifs de la ZLECAf. À Marrakech, cet ancrage se voyait dans les panels et les collaborations annoncées.
Mais l’ambition doit aussi s’accompagner d’un cadre éthique et souverain. L’ambassadeur du Cameroun, Mouhamadou Youssifou, l’a rappelé avec force : « La souveraineté numérique n’est plus une option ». Avec plus de 500 millions de comptes actifs de mobile money et un taux de pénétration des smartphones autour de 60 %, l’Afrique est branchée. Reste à garantir que cette connectivité bénéficie à ses populations et non seulement aux acteurs externes.
Le GITEX Africa a réaffirmé une réalité : le numérique peut être le moteur d’une intégration économique profonde. Mais pour transformer cette promesse en prospérité partagée, il faudra dépasser les discours et traduire les ambitions en infrastructures, régulations cohérentes et une gouvernance véritablement africaine.












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