Cette situation est d’autant plus préoccupante que le Maroc dépend fortement des importations de blé tendre en devises. Une part significative de ces importations finit ainsi dans les déchets.
Le coût réel du gaspillage dépasse largement celui du produit final. Il inclut l’importation, la logistique, les subventions publiques, l’énergie, les intrants agricoles, ainsi que la collecte et le traitement des déchets.
Au total, la facture globale du gaspillage alimentaire au Maroc dépasserait 10 milliards de dirhams par an.
Sur le plan hydrique, produire une tonne de blé nécessite environ 1 300 à 1 500 m³ d’eau.
Le gaspillage équivaut donc à une perte massive d’« eau virtuelle » dans un pays soumis à un stress hydrique sévère.
Plus qu’un problème comportemental, le gaspillage alimentaire constitue désormais un enjeu stratégique touchant la sécurité alimentaire, la sécurité hydrique, les finances publiques et la souveraineté économique.
Appel aux décideurs.
Il devient impératif de mettre en place une stratégie nationale intégrée de lutte contre le gaspillage alimentaire, inscrite au cœur des politiques publiques de sécurité alimentaire et hydrique.
Cette stratégie devrait combiner réforme des incitations économiques, optimisation des chaînes d’approvisionnement, organisation de la récupération des surplus au profit des populations vulnérables et développement d’une économie circulaire valorisant les déchets organiques.
Même une réduction modeste du gaspillage permettrait d’économiser des milliards de dirhams, de préserver les ressources en eau et de renforcer la résilience économique du pays face aux chocs extérieurs.
La sécurité alimentaire ne se joue pas uniquement dans les champs ou sur les marchés internationaux, mais aussi dans les habitudes de consommation quotidiennes.
Passer d’une culture de l’abondance gaspillée à une culture de l’efficacité et de la durabilité est devenu une nécessité stratégique.
Chaque pain sauvé de la poubelle est un pas vers une souveraineté alimentaire et hydrique renforcée et vers un modèle de développement plus responsable.
Rédigé par Abdelghani El Arrasse - Économiste membre de L’AEI.












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