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Gibraltar, c’est la mer Rouge, en plus dangereux


La mer Méditerranée a des ouvertures sur deux océans, à l’est à travers la mer Rouge sur l’océan indien et à l’ouest sur l’Atlantique par le détroit de Gibraltar. On a coutume de parler des grands défis géopolitiques et des non moins importants enjeux économiques de la mer Rouge, mais on oublie bien trop souvent la conflictualité potentielle à l’autre bout de la Méditerranée, dans la zone de Gibraltar et de la mer attenante d’Alboran, plus exacerbée et plus tendue.



Écouter le podcast en entier :


Par Aziz Boucetta

Depuis le début du 21ème siècle et l’émergence de la Chine sur la scène internationale comme grande puissance, un échiquier planétaire se met en place, et c’est la Chine qui, peu ou prou, le façonne par sa politique commerciale entreprenante et intrusive et aussi le bloc occidental, en réaction à cette agressivité chinoise.

Dans cette région méditerranéenne, c’est la route maritime de la soie qui intervient, passant par la mer Rouge, déjà doublement importante sur les plans stratégique et énergétique.

En effet, en mer Rouge, bordée au sud par le détroit de Bab el-Mendeb et au nord par le canal de Suez, la compétition géostratégique met en présence et en confrontation l’ensemble des grandes et moyennes puissances, Etats-Unis et Chine en premier, mais aussi France et Russie, et dans une moindre mesure les puissances « moyennes », Turquie, Israël, Iran...

L’attention du monde est focalisée sur les quelques 200 km de la mer Rouge, bordant la péninsule arabique et représentant entre 10 et 12% du trafic commercial maritime mondial qui transite par le canal de Suez, en plus bien évidemment du très dense réseau de câbles sous-marins.

L’importance stratégique de cette région du monde est telle que les puissances qui s’y confrontent et s’y affrontent s’annulent en quelque sorte, chacune d’entre elles étant consciente des limites à ne pas franchir et du danger que représenterait sur leurs économies une confrontation ouverte.

Mais on évoque beaucoup moins le cas de l’autre ouverture de la mer Méditerranée, en l’occurrence le détroit de Gibraltar. Et pourtant, si les périls de cette région sont différents, ils sont tout aussi aigus mais bien plus réels. En effet, le détroit de Gibraltar est l’articulation économique, commerciale et humaine entre l’Europe et l’Afrique et à ce titre, a vu affluer Américains, Turcs, Russes, Chinois et Européens mais aussi et surtout, récemment, Israël et Iran.

Toutes les puissances, de premier, de second et de troisième ordre qui se confrontent en mer Rouge se sont donc progressivement retrouvé dans la zone de Gibraltar, par l’économie, le commerce, par préoccupation...


 

Géopolitique ou intérêt militaire. Des manœuvres militaires se tiennent dans cette région, depuis longtemps, comme l’exercice African Lion et, aujourd’hui, les Russes organisent des manœuvres avec l’Algérie. Pour l’instant confidentielles, elles pourraient gagner en importance après la guerre en Ukraine.

Plus grave est cette confrontation presque directe entre l’Iran et Israël, par drones interposés, entre autres, et l’un et l’autre seraient tentés de prouver sur le terrain l’efficacité de leurs armes, pour mieux les vendre ailleurs…

Le Maroc a signé un accord militaire d’importance avec l’Etat hébreu et Alger ne cache plus son alliance avec l’Iran. Des informations affluent aussi depuis peu, et d’une manière de plus en plus insistante, sur la construction de ports militaires, russe en Algérie, à Oran (à quelques centaines de kilomètres de la base navale US de Rota, près de Cadix), israélien sur la côte méditerranéenne du Maroc. Une confirmation de ces infrastructures signifierait une OTAN et une Europe sous pression croissante.

Le terrain militaire est dangereusement favorable à une confrontation, les relations entre Alger et Rabat se crispant davantage d’année en année, avec cette année un doublement du budget militaire algérien pour 2023, passant de 10 milliards à 22 milliards USD.

Par ailleurs, le trafic commercial terrestre transitant par le détroit de Gibraltar augmente d’année en année, avoisinant les 80.000 navires annuellement, lesquels côtoient les bâtiments militaires US, européens et les sous-marins russes ; cela ajoute à la sensibilité de cette région du monde.

Et de même, les flux de migrants, plus ou moins contrôlés par le Maroc et l’Espagne, sont en constante croissance ; cependant, la succession des crises multiformes (sanitaire et communautaire, climatique, économique et politique) est porteuse de l’inévitable menace de la recrudescence des mouvements de populations du sud vers le nord, l’instabilité et l’insécurité en zone sahélo-saharienne étant chaque année plus marquées. Combien de temps le Maroc, terre de transit devenue aussi terre de destination, pourra-t-il contenir cette pression migratoire ?

Pour combien de temps encore cette crispation/confrontation multiforme militaire, économique, géopolitique, technologique et migratoire restera-t-elle pacifique alors même que le bellicisme de l’Algérie, assistée par Moscou et Téhéran, se fait chaque jour plus bruyant ? Dans quelle mesure la « communauté internationale » saura-t-elle encore imposer le statu quo, comme elle réussit jusque-là à le faire en mer Rouge, mais comme elle n’a pas réussi à le faire au cœur même del’Europe ?

De la réponse à ces questions dépendra la paix dans cette région du monde, et par-là même la prospérité en Europe et en Afrique du Nord.

Rédigé par Aziz Boucetta sur PanoraPost 



Jeudi 1 Décembre 2022


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