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Pourquoi sont-ils si silencieux ?...


Par Aziz Boucetta.

On le savait, on le disait depuis 2021 et on le dit toujours, la communication des membres du gouvernement Akhannouch est de très mauvaise facture.

Tous les ministres ? Non, une petite partie d’entre eux forment l’exception qui confirme bien malheureusement la règle. Le Maroc avance et avance bien, très bien même, malgré les heurts et quelques malheurs ; mais en période de crise ou de grands événements, il appartient quand même aux responsables gouvernementaux d’informer la population, au besoin de la rassurer, et toujours de lui expliquer.



Sans remonter aux années précédentes, restons seulement sur 2026 et les différents faits et événements qui l’ont jusque-là marquée.

Nous avons eu la CAN mais rien sur la CAN après la CAN ; puis nous avons eu cette question de plan d’autonomie qui se discute serré entre Madrid et Washington, mais nous ne savons rien (sachant que la diplomatie ne peut évidemment pas tout dévoiler et révéler, mais il y a un minimum) ; et aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, les Marocains risquent d’être atteints de plein fouet dans leur poche, et bien sûr, pas âme qui vive au gouvernement.
 

Or, quand un responsable ne s’exprime pas, n’explique rien, ne justifie pas ses actes ou ses décisions, cela ouvre la voie à la rumeur, partant de la fameuse parole de Talleyrand qui disait que « ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent ne parlent pas ».


Alors, quand cette rumeur se répand et court, comme à son habitude, aujourd’hui elle fonce, propulsée par l’effet amplificateur et combiné des réseaux sociaux, de la sournoiserie de certains influenceurs et de la crédulité des destinataires !


Commençons donc par les exceptions ministérielles qui confirment la règle du silence gouvernemental…

Pourquoi sont-ils si silencieux ?...

Sur les trois partis qui forment la coalition de la majorité – le RNI, le PAM et l’Istiqlal –, les ministres RNI sont les plus taiseux et ne s’expriment que quand leur « sécurité » communicationnelle est garantie, c’est-à-dire qu’ils vont rarement sur les plateaux télés, ne reçoivent pas de journalistes hors de leur camp et ne parlent qu’aux médias « amis » (avec cette différence que depuis l’élection de Mohamed Chaouki à la tête du RNI, les choses commencent à changer un peu).

Pour le PAM, seuls Mehdi Bensaïd et Abdellatif Ouahbi parlent et expliquent ce qu’ils font, osent braver l’antagonisme et les questions gênantes de leurs contradicteurs, et défendent leurs décisions ; on peut être d’accord ou non avec leurs positions, mais ils les expriment et acceptent de les soumettre au débat public.

Les autres ministres PAM, Mmes Mansouri et Benali principalement, restent sur leur quant-à-soi avec les médias, ne palabrant que devant des caméras et micros amis pour la première, ne se livrant quasiment jamais, à qui que ce soit et sous aucune espèce de prétexte, pour la seconde.

Quant aux ministres istiqlaliens, ils communiquent sur leurs départements respectifs et acceptent généralement les invitations des médias, même par temps d’orage ; ils évitent cependant soigneusement de s’engager dans des débats politiques, sur l’avenir et les ambitions de leur parti, sur les fissures et les travers de cette majorité, sur les turpitudes des « fraqchia » (le nouveau terme de la nomenclature politique marocaine).

Parfois, en s’exprimant trop dans leurs sorties médiatiques, certains des ministres  istiqlaliens font des sorties de route, comme Ryad Mezzour récemment, mais on notera à son avantage et à sa décharge qu’il  s’est excusé pour ses propos (très) mal calibrés sur les Marocains du monde.


Aujourd’hui, nous sommes à quelques mois d’une campagne électorale qui promet d’être animée, tellement les enjeux et défis qui attendent le prochain gouvernement sont grands et difficiles.

Malgré cela, les ministres les plus concernés ne révèlent pas au public ce qu’ils font, ou une partie de ce qu’ils font.

Les Marocains se sont mobilisés pour la CAN mais ne savent rien de ce qui s’est passé ensuite (et même pendant), et c’est anormal ; la question du Sahara est consubstantielle de l’âme et de l’identité marocaines, et l’opinion publique pourrait au moins être informée du début des discussions avec les Algériens sous l’égide des Américains, juste cette info, sans aucun détail ; quant à la guerre actuelle qui fait rage au Moyen-Orient, et en perspective de la future (et forte ?) augmentation des prix des carburants, les consommateurs marocains seraient heureux de pouvoir prévoir ce qui se produira immanquablement.

Plus grave encore… l’opinion publique marocaine est réduite à aller sur les médias étrangers pour apprendre ce qu’ont à dire nos ministres.

Les médias nationaux, qui ne reçoivent que rarement des réponses à leurs sollicitations, doivent aller lire les déclarations et explications qu’ils cherchent chez leurs confrères internationaux.

Il est vrai qu’être questionné par un étranger est plus confortable… il ne connaît pas les coulisses et les dessous nationaux et ne peut donc aucunement se montrer « dangereux » pour nos responsables pusillanimes et craintifs.

El Pais, France Football, Olé (Argentine), beIN Sports, l’Equipe pour M. Lekjaa… RFI, BFM ou encore l’Express pour Mme Fettah… M. Bourita ne s’exprime pas et Mme Benali ne livre rien.

Ils laissent l’opinion publique aller s’informer ailleurs, et ils ne se présentent devant les médias marocains qu’en cas de bonnes nouvelles…à moins qu’ils ne soient contraints et forcés. Du moins en donnent-ils l’impression.


Si ces responsables gouvernementaux ont des appréhensions à communiquer, c’est qu’ils doivent craindre quelqu’un ou quelque chose… que et/ou qui craignent-ils au juste, ces ministres ?

S’ils ont peur d’un écart de langage ou de s’exposer, ils ne méritent tout simplement pas d’être à leur fonction, et s’ils ont peur de quelqu’un, il serait bon et bien que ce quelqu’un les « libère » de leurs frayeurs.

Car en face du gouvernement qui dirige, il y a une population qui vit, produit, consomme, s’interroge, s’inquiète…

… une population à laquelle il sera pourtant gentiment demandé dans six mois d’aller aux bureaux de vote. Il serait légitime de s’interroger sur le sens du vote en faveur de quelqu’un qui ne vous dira plus rien, jusqu’à la prochaine élection !

C’est quand même étrange, et affligeant, tout cela…

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Lundi 16 Mars 2026

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