Le potentiel marocain est réel. Le pays dispose d’atouts naturels indéniables, avec des ressources solaires et éoliennes parmi les plus compétitives de la région. Cette base énergétique alimente l’intérêt croissant de groupes étrangers, attirés par la perspective d’une production d’hydrogène à faible empreinte carbone destinée principalement aux marchés européens.
Toutefois, la transition entre ambition et réalité économique reste délicate. La filière hydrogène est encore marquée par des coûts élevés, une dépendance technologique forte et des infrastructures insuffisantes. Produire de l’hydrogène vert à grande échelle implique des investissements lourds, bien au-delà de la seule capacité de production électrique renouvelable.
L’un des risques majeurs réside dans la tentation de se positionner uniquement comme fournisseur d’énergie primaire. Une telle orientation limiterait les retombées économiques locales, en particulier en matière d’emploi et de création de valeur industrielle. Sans intégration en aval transformation, stockage, usages industriels l’hydrogène vert pourrait reproduire un schéma déjà observé dans d’autres secteurs : beaucoup d’investissements, peu d’effets d’entraînement.
La question de la demande reste également ouverte. À court terme, le marché international de l’hydrogène vert demeure étroit et fortement dépendant des politiques publiques des pays importateurs. La compétitivité du produit marocain dépendra autant des coûts de production que des mécanismes de soutien à l’étranger, sur lesquels le Maroc n’a qu’une influence limitée.
Sur le plan social, les promesses de création d’emplois doivent être analysées avec prudence. Les projets hydrogène sont par nature capitalistiques et requièrent des compétences hautement spécialisées. Sans stratégie claire de formation et de montée en compétence, les bénéfices pour le marché du travail pourraient rester en deçà des attentes.
L’hydrogène vert représente donc une opportunité stratégique, mais aussi un test de maturité pour la politique industrielle marocaine. Le véritable enjeu n’est plus de multiplier les annonces, mais de structurer une filière économiquement viable, intégrée et créatrice de valeur locale.
À défaut, le Maroc risque de rejoindre la liste des pays riches en potentiel, mais encore pauvres en résultats concrets dans la nouvelle économie de l’énergie.












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