Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, I Show Speed est un streamer, phénomène mondial qui compte plus de 49 millions d’abonnés sur YouTube, plus de 44 millions sur Instagram et plus de 46 millions sur TikTok. À 16 ans, il était déjà millionnaire, et à 20 ans, sa popularité dépasse les frontières.
Devenu célèbre grâce à ses premières vidéos de gaming dès l’âge de onze ans, il doit surtout son succès à son tempérament explosif et extravagant, aux défis spectaculaires qu’il se lance — comme sauter au-dessus d’une Lamborghini lancée à toute vitesse — et à ses mises en scène parfaitement orchestrées. Sa célébrité a encore grandi lorsqu’il a entrepris un tour du monde en streamant ses voyages en direct sur Twitch et YouTube.
Après les États-Unis, il s’est rendu en Chine, en Amérique latine, puis en Europe. Au fil de ses déplacements, il se fond dans les cultures locales, goûte aux spécialités, échange avec les habitants et découvre notamment le football, sa grande passion. Pour le pays qui l’accueille, sa venue peut se transformer en un formidable outil de promotion touristique. Au Pérou, il s’est même vu décerner le titre de « maire de Lima » pendant une heure.
Depuis quelques semaines, Speed réalise un tour d’Afrique baptisé « Speed does Africa Tour ». Streamée en direct depuis vingt pays, cette tournée de 28 jours, débutée le 29 décembre et qui se termine fin janvier, permet à ses abonnés, notamment américains, de découvrir un continent souvent méconnu. Ses streams au Kenya, en Angola ou au Zimbabwe ont ainsi montré une Afrique loin du misérabilisme, suscitant un réel engouement.
Jusqu’ici, la tournée se déroulait sans incident… jusqu’à son arrivée en Algérie. Comme à son habitude, il a été accueilli par une foule en délire, et a streamé pendant près de 3h45 une visite haute en couleur, parfois digne d’un film parodique. Mais quand on sait que le phénomène qu’il incarne recherche le buzz et les moments atypiques, la marge d’erreur est mince : un live ne peut être interrompu ni censuré.
Le monde entier a donc assisté à une visite d’Alger à toute vitesse. Au programme : une escapade dans la médina où il a goûté une pizza algérienne, reçu la bise du rappeur franco-algérien Fianso (présent parmi les figurants), puis fait une pause chez le barbier le plus célèbre du quartier. On lui a appliqué de l’huile d’argan “100 % algérienne”, réputée pour “faire briller la peau”, il a goûté un couscous, a été accueilli par des youyous et a répondu par des cris de joie.
Puis la visite a pris une tournure plus étrange : des jeunes faisaient des saltos dans un terrain vague, il a été invité à en faire mais a refusé. On lui a offert un ballon de basket tournant sur un stylo, il a dansé dans un patio avec une femme en tenue traditionnelle et des hommes en costume de marin… Décousu, certes, mais le pire restait à venir.
Les organisateurs ont ensuite eu l’idée de mettre en scène un combat de béliers, dans un terrain vague entre deux immeubles délabrés. Sur la toison de l’un, on avait tagué “Messi”, sur l’autre “Speed”. Face à ce spectacle, l’influenceur a quitté les lieux, visiblement gêné et choqué — et il faut vraiment y aller pour surprendre cet homme-là.
Mais ce n’est pas tout. Sur une grande place, il a été confronté au “Van Damme algérien”, Abdelkader de Sidi Bel Abbès, et au “Bruce Lee algérien”. La scène était lunaire, mais surtout d’un grotesque gênant : Van Damme tentait de lui donner des coups de pied entre deux grands écarts, tandis que “Bruce Lee” manipulait un nunchaku. La séquence s’est terminée de la pire façon : le streamer a littéralement soulevé “Bruce Lee” et l’a déposé sur un banc à quelques mètres.
Puis direction une autre place, où on a tenté de l’initier à un simulacre de tbourida. Lors de cette démonstration, un cavalier a tiré à blanc… mais a touché le streamer aux pieds.
Enfin, après un passage rapide devant la grande mosquée d’Alger pour admirer la vue (faute d’artisanat à l’intérieur), il s’est rendu au stade pour assister à un match local. Et là, l’organisation a commis sa plus grosse erreur : arrivé sur la pelouse, il a été pris pour cible par des supporters qui lui ont lancé des projectiles. Il a dû être évacué.
Dans les loges, la scène s’est répétée : nouveaux jets d’objets. On a tenté de le déplacer dans une autre tribune, mais le streamer, choqué et désabusé, a préféré quitter les lieux et couper son live, suivi par plus de 300 000 personnes en direct et regardé ensuite par ses 120 millions d’abonnés.
Comment une visite planifiée et annoncée a-t-elle pu se transformer en un tel fiasco ? Comment saboter ainsi l’une des plus grandes opérations de promotion touristique qu’ait connue l’Algérie ces dernières années ? Et comment ce pays, riche d’un patrimoine immense, a-t-il pu se mettre en avant de cette manière ?
Après son périple algérien, I Show Speed s’est rendu au Maroc pour assister à la finale de la CAN. On espère que son séjour chez nous sera pris au sérieux, afin d’éviter un tel naufrage. Car, au final, “la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a”.












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