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IA : le véritable pétrole du Maroc dort-il dans les bases de données de ses administrations ?


Rédigé par La rédaction le Mercredi 19 Août 2026



Pendant plusieurs années, la compétition mondiale dans l’intelligence artificielle a été racontée comme une bataille de puissance de calcul.

Qui possède les meilleures puces ?
Qui construit le plus grand data center ?
Qui dispose du meilleur modèle ?

La Chine rappelle aujourd’hui qu’il existe une quatrième ressource stratégique : les données.

Dans une étude publiée le 18 août, l’U.S.-China Economic and Security Review Commission analyse la politique chinoise visant à transformer la donnée en véritable facteur de production, au même titre que le capital, le travail, la terre ou la technologie. Pékin encourage notamment administrations locales et entreprises publiques à organiser, valoriser et exploiter de gigantesques ensembles de données.

Les chiffres donnent une idée de l’échelle.

Selon le rapport, les autorités locales et provinciales chinoises avaient publié, en 2025, près de 478.000 jeux de données sur 257 plateformes. Des applications sont développées dans l’agriculture, la santé, les transports, la logistique ou encore les services aux entreprises.

Pour le Maroc, la leçon mérite réflexion.

Nous avons probablement déjà une quantité considérable de « pétrole numérique ».

Elle se trouve dans les bases de la santé.
De la fiscalité.
De l’agriculture.
De l’éducation.
Des transports.
Des douanes.
De l’énergie.
Des collectivités locales.
Des banques et des télécommunications.

Le problème est que cette richesse est souvent dispersée entre institutions, organisée selon des formats différents et difficile à croiser.

La question n’est évidemment pas d’ouvrir indistinctement les données personnelles des Marocains. Ce serait irresponsable.

Il faut au contraire construire une doctrine où confidentialité, anonymisation, sécurité et souveraineté constituent des conditions préalables.

Mais entre « tout ouvrir » et « tout enfermer », il existe un immense espace économique.

Un jeu de données anonymisé sur les maladies peut contribuer à améliorer la recherche médicale.
Des données agricoles peuvent permettre de prévoir les rendements ou optimiser l’irrigation.
Les données de mobilité peuvent améliorer les transports.
Les données administratives peuvent détecter des fraudes ou simplifier les démarches.
Et les données linguistiques marocaines pourraient permettre de construire de bien meilleurs modèles en arabe marocain et dans les langues nationales.

Le Maroc parle beaucoup de souveraineté numérique. Mais posséder des serveurs ne suffit pas.

La véritable souveraineté consiste aussi à savoir transformer notre patrimoine informationnel en connaissance et en valeur économique sans perdre le contrôle sur celui-ci.

La Chine l’a compris : les données ne sont plus seulement des traces laissées par l’activité.

Elles deviennent une infrastructure économique. Le Maroc doit maintenant se poser une question simple.

Nous construisons des data centers. Mais savons-nous vraiment ce que nous voulons mettre dedans ?





Mercredi 19 Août 2026

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