Le Maroc dispose aujourd’hui d’outils statistiques solides pour prendre le pouls de son économie et de sa société. L’indice de confiance des ménages, celui des entreprises, les enquêtes sur l’emploi, l’inflation ou le niveau de vie constituent des boussoles précieuses pour l’action publique. Mais un angle mort persiste, criant, presque paradoxal dans un pays où plus du tiers de la population a moins de 30 ans : la confiance des jeunes Marocains n’est mesurée nulle part, de manière structurée, régulière et lisible.
Or, partout, on en parle. Dans les discours politiques, dans les rapports d’experts, dans les cafés, sur les réseaux sociaux. On évoque une jeunesse « désabusée », « en colère », « désengagée », parfois « résiliente », parfois « entreprenante ». Mais entre impressions, récits médiatiques et chiffres épars, il manque l’essentiel : un indicateur clair, suivi dans le temps, capable de dire où en est réellement la confiance des jeunes dans leur avenir, dans les institutions, dans l’économie et dans la société.
Créer un indice de confiance des jeunes, porté par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), ne serait ni un luxe ni un gadget. Ce serait un acte de lucidité institutionnelle.
La confiance n’est pas un sentiment abstrait. En économie comme en sociologie, elle est un facteur déterminant des comportements : investir ou attendre, s’engager ou se retirer, rester ou partir. Chez les jeunes, la confiance conditionne des choix structurants : poursuite des études, insertion professionnelle, entrepreneuriat, participation civique, rapport à la migration, voire à la contestation. Ignorer cet indicateur, c’est accepter de piloter à vue une partie décisive du futur du pays.
Certes, des données existent. Le HCP publie des chiffres sur le chômage des jeunes, le décrochage scolaire, la précarité de l’emploi ou les inégalités territoriales. Mais ces statistiques décrivent des situations objectives. Elles ne disent rien – ou très peu – du ressenti, de la projection dans l’avenir, du degré d’adhésion ou de distance vis-à-vis du pacte social. Or, l’histoire récente l’a montré : ce décalage entre indicateurs économiques et perception sociale peut devenir explosif.
Un indice de confiance des jeunes permettrait précisément de capter ce signal faible avant qu’il ne devienne un bruit assourdissant.
Concrètement, un tel indice pourrait mesurer, de manière trimestrielle ou semestrielle, plusieurs dimensions clés : la confiance dans l’avenir personnel, la perception des opportunités économiques, la crédibilité des institutions, le sentiment d’équité sociale, la reconnaissance symbolique, mais aussi la confiance dans la capacité du pays à offrir un horizon collectif. Des questions simples, standardisées, comparables dans le temps et entre territoires, comme le fait déjà le HCP pour les ménages et les entreprises.
L’enjeu n’est pas seulement statistique. Il est politique au sens noble. Car mesurer, c’est reconnaître. Ne pas mesurer, c’est invisibiliser. Tant que la confiance des jeunes n’est pas objectivée, elle reste un thème discursif, instrumentalisable à l’infini, sans obligation de résultats. Un indice officiel obligerait, au contraire, à rendre des comptes. Il permettrait d’évaluer l’impact réel des politiques publiques en matière d’éducation, d’emploi, de formation, de culture ou de participation citoyenne.
Il offrirait aussi un outil précieux aux collectivités territoriales, aux acteurs économiques, aux organisations de la société civile, pour adapter leurs actions à des réalités locales souvent très contrastées entre villes, campagnes et périphéries urbaines.
Surtout, il introduirait une rupture salutaire : considérer la jeunesse non plus seulement comme un « problème à gérer » ou un « potentiel à activer », mais comme un baromètre central de la santé démocratique et sociale du pays.
Dans un contexte marqué par des transformations profondes – transition démographique, révolution numérique, mutations du travail, pression migratoire, crises climatiques – la confiance devient une ressource stratégique. Elle ne se décrète pas. Elle se construit, se perd, se reconquiert. Encore faut-il la mesurer.
Le HCP a la légitimité, l’expertise et la crédibilité pour porter un tel chantier. En créant un indice de confiance des jeunes Marocains, il ne ferait pas qu’ajouter une ligne à ses publications. Il enverrait un signal fort : celui d’un État qui accepte de regarder sa jeunesse en face, chiffres à l’appui, sans fard ni complaisance.
À l’heure où tout le monde parle des jeunes, il est urgent de commencer à les écouter… et à les mesurer leurs état d’esprit collectif
Or, partout, on en parle. Dans les discours politiques, dans les rapports d’experts, dans les cafés, sur les réseaux sociaux. On évoque une jeunesse « désabusée », « en colère », « désengagée », parfois « résiliente », parfois « entreprenante ». Mais entre impressions, récits médiatiques et chiffres épars, il manque l’essentiel : un indicateur clair, suivi dans le temps, capable de dire où en est réellement la confiance des jeunes dans leur avenir, dans les institutions, dans l’économie et dans la société.
Créer un indice de confiance des jeunes, porté par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), ne serait ni un luxe ni un gadget. Ce serait un acte de lucidité institutionnelle.
La confiance n’est pas un sentiment abstrait. En économie comme en sociologie, elle est un facteur déterminant des comportements : investir ou attendre, s’engager ou se retirer, rester ou partir. Chez les jeunes, la confiance conditionne des choix structurants : poursuite des études, insertion professionnelle, entrepreneuriat, participation civique, rapport à la migration, voire à la contestation. Ignorer cet indicateur, c’est accepter de piloter à vue une partie décisive du futur du pays.
Certes, des données existent. Le HCP publie des chiffres sur le chômage des jeunes, le décrochage scolaire, la précarité de l’emploi ou les inégalités territoriales. Mais ces statistiques décrivent des situations objectives. Elles ne disent rien – ou très peu – du ressenti, de la projection dans l’avenir, du degré d’adhésion ou de distance vis-à-vis du pacte social. Or, l’histoire récente l’a montré : ce décalage entre indicateurs économiques et perception sociale peut devenir explosif.
Un indice de confiance des jeunes permettrait précisément de capter ce signal faible avant qu’il ne devienne un bruit assourdissant.
Concrètement, un tel indice pourrait mesurer, de manière trimestrielle ou semestrielle, plusieurs dimensions clés : la confiance dans l’avenir personnel, la perception des opportunités économiques, la crédibilité des institutions, le sentiment d’équité sociale, la reconnaissance symbolique, mais aussi la confiance dans la capacité du pays à offrir un horizon collectif. Des questions simples, standardisées, comparables dans le temps et entre territoires, comme le fait déjà le HCP pour les ménages et les entreprises.
L’enjeu n’est pas seulement statistique. Il est politique au sens noble. Car mesurer, c’est reconnaître. Ne pas mesurer, c’est invisibiliser. Tant que la confiance des jeunes n’est pas objectivée, elle reste un thème discursif, instrumentalisable à l’infini, sans obligation de résultats. Un indice officiel obligerait, au contraire, à rendre des comptes. Il permettrait d’évaluer l’impact réel des politiques publiques en matière d’éducation, d’emploi, de formation, de culture ou de participation citoyenne.
Il offrirait aussi un outil précieux aux collectivités territoriales, aux acteurs économiques, aux organisations de la société civile, pour adapter leurs actions à des réalités locales souvent très contrastées entre villes, campagnes et périphéries urbaines.
Surtout, il introduirait une rupture salutaire : considérer la jeunesse non plus seulement comme un « problème à gérer » ou un « potentiel à activer », mais comme un baromètre central de la santé démocratique et sociale du pays.
Dans un contexte marqué par des transformations profondes – transition démographique, révolution numérique, mutations du travail, pression migratoire, crises climatiques – la confiance devient une ressource stratégique. Elle ne se décrète pas. Elle se construit, se perd, se reconquiert. Encore faut-il la mesurer.
Le HCP a la légitimité, l’expertise et la crédibilité pour porter un tel chantier. En créant un indice de confiance des jeunes Marocains, il ne ferait pas qu’ajouter une ligne à ses publications. Il enverrait un signal fort : celui d’un État qui accepte de regarder sa jeunesse en face, chiffres à l’appui, sans fard ni complaisance.
À l’heure où tout le monde parle des jeunes, il est urgent de commencer à les écouter… et à les mesurer leurs état d’esprit collectif
Un tel indice de confiance des jeunes aurait d’abord une vertu essentielle : rendre visible l’évolution d’un état d’esprit collectif dans le temps.
Mesuré régulièrement, il permettrait de suivre les dynamiques de confiance ou de décrochage générationnel, d’identifier les moments de rupture comme les phases de reprise, et d’évaluer concrètement l’impact des réformes, des crises ou des politiques publiques. Il offrirait également un outil de comparaison internationale, en situant la jeunesse marocaine par rapport à celles de pays aux trajectoires économiques et sociales comparables, loin des discours auto-centrés ou des jugements approximatifs. Surtout, il constituerait un instrument d’anticipation : un baromètre capable de détecter les signaux faibles avant qu’ils ne se transforment en fractures durables. En somme, un indice de confiance des jeunes ne servirait pas seulement à mesurer un malaise ou un espoir, mais à éclairer la décision publique, objectiver le débat et replacer la jeunesse au cœur de la lecture stratégique du devenir du Maroc.












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