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Industrie du câblage au Maroc : à qui profite la déstabilisation ?


Par Aziz Daouda.

Que se passe-t-il dans l’industrie du câblage au Maroc ? Pourquoi voit-on émerger, de manière récurrente, des mouvements de revendication dont une grande partie semble reposer davantage sur l’exagération, la désinformation, voire le mensonge que sur des faits établis ? La question mérite d’être posée avec sérieux. Derrière certaines agitations sociales se joue davantage qu’un simple conflit de travail : c’est tout un pan de l’appareil industriel qui risque d’être fragilisé.



Le secteur constitue l’un des piliers de l’industrie exportatrice.

Il emploie des dizaines de milliers de salariés, irrigue plusieurs bassins d’emploi et participe fortement à l’attractivité du Royaume auprès des investisseurs étrangers, particulièrement dans l’écosystème automobile.

Dans un contexte international marqué par une concurrence féroce, par la relocalisation et par la recherche de coûts compétitifs, la stabilité sociale et la crédibilité du climat des affaires sont des facteurs décisifs.

C’est pour cette raison que les campagnes de dénigrement, les accusations infondées et les revendications artificiellement gonflées ne peuvent être prises à la légère. Il ne s’agit évidemment pas de nier les droits des travailleurs ni de contester la légitimité du dialogue social.

Dans toute industrie, et plus encore dans des secteurs à forte intensité de main‑d’œuvre, les salariés doivent pouvoir faire entendre leurs revendications, défendre leurs intérêts et exiger le respect strict de la législation du travail.

C’est une exigence de justice sociale et une condition de paix durable dans l’entreprise. Mais il y a une différence fondamentale entre la défense sincère des droits et la fabrication délibérée de tensions à partir d’allégations mensongères, de procès d’intention ou de récits déconnectés de la réalité des usines.

Il faut aussi le dire clairement :

La plupart des entreprises du câblage ne se contentent pas d’appliquer les textes en vigueur. Beaucoup vont au‑delà de leurs obligations légales pour stabiliser leurs effectifs, améliorer les conditions de travail, offrir des avantages sociaux, motiver les équipes et fidéliser une main‑d’œuvre qualifiée essentielle à leur compétitivité.

Dans un secteur où la qualité, les délais et la rigueur organisationnelle sont déterminants, aucun investisseur n’a intérêt à entretenir la défiance ou à maltraiter ses salariés.

Les entreprises savent que la performance dépend de la motivation et de l’engagement de leurs collaborateurs. Dès lors, une interrogation s’impose : qui a intérêt à souffler sur les braises ?

Qui profite de la propagation de rumeurs, de contre‑vérités et d’accusations excessives susceptibles de semer le doute chez les salariés, d’altérer l’image du secteur et d’inquiéter les donneurs d’ordre ?

Lorsqu’une agitation sociale ne repose pas sur des faits solides mais sur des récits montés en épingle, On peut se demander si certains acteurs n’obéissent pas à des agendas obscurs : politiques, idéologiques, corporatistes ou tout simplement opportunistes.

Déstabiliser une entreprise ou jeter le discrédit sur tout un secteur peut servir des intérêts sans relation avec le bien‑être des salariés.

L’histoire économique du Maroc devrait servir de leçon.

Il suffit de se souvenir de ce qui s’est produit dans le textile, notamment à Salé, il y a trois décennies.

À l’époque, des tensions sociales mal gérées, des surenchères permanentes et des comportements irresponsables ont contribué à casser la dynamique d’un secteur pourtant créateur d’emplois et de richesse.

À force de pressions et de conflits instrumentalisés, nombre d’investisseurs ont fini par faire le choix de déplacer leur activité vers d’autres régions du monde plus stables, moins exposées aux turbulences.

Le résultat est connu : des usines fermées, des emplois perdus, des familles fragilisées et des territoires durablement affaiblis. Faut‑il aujourd’hui reproduire la même erreur avec l’industrie du câblage ?

Faut‑il laisser se diffuser l’idée que le Maroc serait devenu un terrain de confrontation permanente, où l’on invente des crises au lieu de résoudre les vrais problèmes, où l’on remplace le dialogue par la suspicion et où l’on met en danger des milliers d’emplois pour satisfaire des calculs qui échappent au plus grand nombre ? Ce serait une faute grave.

Le Maroc a construit, au fil des années, une réputation industrielle solide.

Dans l’automobile, l’aéronautique, l’offshoring ou l’agro‑industrie. Le pays a démontré qu’il pouvait offrir à la fois une main‑d’œuvre compétente, des infrastructures performantes, une proximité logistique avec l’Europe et un cadre institutionnel attractif. Mais cette crédibilité reste fragile.

Elle ne se décrète pas ; elle se consolide jour après jour, par la confiance, par la stabilité et par la capacité à régler les différends de manière responsable.

Toute tentative de sabotage moral d’un secteur stratégique finit tôt ou tard par produire des dégâts bien réels. Cela ne signifie pas qu’il faille faire taire toute voix critique. Au contraire, les entreprises doivent rester ouvertes à la concertation, aux audits, à l’écoute des salariés et à l’amélioration continue des conditions de travail.

Les syndicats sérieux ont un rôle utile lorsqu’ils défendent les droits avec responsabilité, sur la base de faits vérifiables et dans une logique de construction plutôt que de destruction.

Mais ceux qui travestissent la réalité, attisent la colère par des contre‑vérités et cherchent à transformer chaque difficulté en crise majeure prennent une lourde responsabilité devant les travailleurs eux‑mêmes.

Car ce sont toujours les salariés qui paient le prix final de la désindustrialisation : perte d’emploi, précarité, baisse du pouvoir d’achat et disparition de perspectives pour toute une génération. La question centrale est donc simple : voulons‑nous protéger l’outil industriel national ou l’exposer à des manœuvres de déstabilisation ?

Voulons‑nous renforcer la confiance entre employeurs et salariés ou laisser prospérer une culture du soupçon permanent ? Défendre les droits des travailleurs est un impératif.

Détruire, par calcul ou par irresponsabilité, des filières entières qui font vivre des milliers de familles est une faute économique et sociale. Le Maroc ne peut pas se permettre de revivre le scénario du textile. L’industrie du câblage est un acquis stratégique qu’il faut préserver, moderniser et accompagner.

Cela suppose de distinguer les revendications légitimes des manipulations, les faits des rumeurs, le dialogue social des entreprises de démolition. Cela suppose aussi d’avoir le courage de poser la vraie question : à qui profite le désordre ?

Car lorsqu’on met des bâtons dans les roues d’un secteur aussi vital, ce n’est jamais l’intérêt des travailleurs qui triomphe, mais celui de ceux qui prospèrent sur la confusion, la peur et l’affaiblissement de l’économie nationale. La responsabilité de l’Etat à défendre les acquis de l’économie nationale est donc bien mise à l’épreuve.

Par Aziz Daouda/Bluwr.com



Lundi 13 Juillet 2026

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