Il existe des moments où les grandes théories économiques s’effacent devant la réalité du quotidien. Il suffit de passer les portes d’un hôpital public aux premières heures du matin, de franchir le seuil d’une salle de classe surchargée ou de voir des jeunes diplômés patienter sur les terrasses de cafés pour mesurer la température sociale d’un pays.
Le service public n’est pas un simple ajustement budgétaire ; il est le ciment qui tient la nation, le contrat invisible garantissant que chaque citoyen.ne, quel que soit son lieu de naissance ou son niveau de revenu, a droit à la dignité.
C’est dans cette perspective que le quatrième pilier du programme du Parti de l’Istiqlal, consacré au renforcement des rôles du service public dans le cadre de l’État social, mérite une attention particulière.
Le choix de placer le service public au cœur de l’État social est loin d’être anodin. Il traduit une conviction essentielle : les politiques sociales ne peuvent produire leurs effets que si elles disposent de services publics solides, accessibles et capables de répondre concrètement aux attentes des citoyens.
L’école publique, un choix de société
L’ambition de renforcer l’école publique constitue donc une orientation qu’il convient de saluer. Mais le véritable défi se situe désormais dans la capacité à transformer cette ambition en résultats perceptibles dans les salles de classe.
La question n’est plus seulement celle des infrastructures ou des moyens mobilisés. Elle est également celle de la qualité des apprentissages, de l’accompagnement des élèves, de la lutte contre le décrochage scolaire, de la valorisation du métier d’enseignant et de l’adaptation de l’enseignement aux transformations de la société.
Il serait également pertinent d’aller plus loin dans la réflexion sur les territoires. Une école publique performante à Casablanca ne doit pas être l’exception que l’on oppose à une école rurale moins bien dotée. La réussite de l’État social passera nécessairement par une réduction des disparités territoriales.
C’est probablement là que le chantier mérite d’être encore approfondi : comment garantir à chaque enfant, où qu’il vive, un même droit à une éducation de qualité ?
L’hôpital public, le visage le plus concret de l’État
Le renforcement du service public de santé s’inscrit naturellement dans la logique de l’État social. Mais ici encore, les infrastructures ne peuvent constituer à elles seules la réponse.
Derrière chaque hôpital, il y a des femmes et des hommes : médecins, infirmiers, techniciens, agents administratifs. Il y a également un patient qui attend, une famille qui s’inquiète, un rendez-vous qui doit être obtenu et une prise en charge qui doit être assurée.
La réussite de la réforme dépendra donc autant des investissements que de la gouvernance, des ressources humaines, de l’organisation des parcours de soins et de la qualité de l’accueil.
Une piste mérite notamment d’être davantage mise en avant : l’évaluation régulière du service public à partir de l’expérience réelle de l’usager. Car derrière les statistiques se trouve toujours une réalité humaine.
L’État social doit être mesuré non seulement par les budgets qu’il consacre à la santé, mais par le temps d’attente du patient, la disponibilité du médecin, l’accès aux soins et, surtout, par le sentiment de dignité que le citoyen conserve lorsqu’il franchit les portes d’un établissement public.
La jeunesse ne demande pas seulement des opportunités, elle demande une perspective
Le Maroc dispose d’une jeunesse nombreuse, ambitieuse et de plus en plus qualifiée. Mais entre la formation et l'emploi subsiste encore un passage difficile pour de nombreux jeunes.
L'enjeu est donc de dépasser une conception quantitative de l'emploi. Créer des postes est indispensable, mais encore faut-il créer des emplois durables, qualifiants et adaptés aux transformations de l'économie.
C'est ici qu'une articulation plus forte entre l'école, l'université, la formation professionnelle et les besoins des entreprises pourrait constituer un levier important.
Le programme gagnerait également à accorder une place encore plus visible à l'entrepreneuriat des jeunes, aux petites et moyennes entreprises, à l'économie numérique, aux métiers émergents et aux opportunités offertes par les nouvelles chaînes de valeur.
Et pourquoi ne pas aller plus loin en imaginant, à l'échelle de chaque région, une véritable cartographie des métiers d'avenir ? Identifier les secteurs qui recrutent, adapter les formations et accompagner les jeunes jusqu'à leur insertion permettrait de donner à la politique de l'emploi une dimension beaucoup plus territoriale.
Le service public doit aussi devenir plus efficace
C'est probablement l'un des points qui mériteraient d'être davantage approfondis dans la mise en œuvre du projet : simplification des procédures, digitalisation, responsabilisation des gestionnaires, évaluation des performances et amélioration de la relation avec l'usager.
Car l'État social ne peut être un État lourd et lent. Il doit être un État protecteur, mais également un État efficace.
La protection sociale et la qualité du service public sont d'ailleurs les deux faces d'une même ambition. L'une protège le citoyen contre les risques de la vie ; l'autre lui garantit que cette protection se traduit réellement dans son quotidien.
Une ambition qui mérite maintenant le temps de l'exécution
L'enjeu dépasse finalement le seul cadre électoral. Il touche au modèle de société que nous souhaitons construire.
L'école publique doit préparer les citoyens de demain. L'hôpital public doit garantir que la maladie ne devienne pas une injustice supplémentaire. Et la politique de l'emploi doit permettre à la jeunesse de ne pas considérer l'avenir comme une attente interminable.
Les orientations proposées vont dans cette direction. Elles gagneraient désormais à être accompagnées d'une feuille de route particulièrement précise : des objectifs mesurables, des échéances claires, des mécanismes d'évaluation et une responsabilité clairement identifiée.
C'est à ce niveau que se jouera la crédibilité de toute politique publique.
Car les citoyens ne jugent plus uniquement les programmes sur leurs intentions. Ils les jugent sur leur capacité à changer leur quotidien.
Et c'est peut-être là toute la force de l'idée d'État social : faire en sorte que l'action publique ne soit pas seulement visible dans les textes et les budgets, mais perceptible dans la vie de chaque citoyen.
L'école, l'hôpital et l'emploi ne sont donc pas trois dossiers parmi d'autres. Ils constituent les trois portes par lesquelles l'État rencontre concrètement le citoyen.
À condition de poursuivre l'effort, d'améliorer ce qui doit l'être et surtout de maintenir le cap sur l'efficacité, ce choix de remettre le service public au cœur de l'État social peut devenir l'un des marqueurs les plus importants d'un projet politique tourné vers la cohésion, l'équité et la confiance.












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