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J'ai failli devenir immigrant clandestin à Beyrouth !


Entre 2011 et 2016, j'ai occupé le poste de chef la commission d'amitié maroco-libanaise à la chambre des représentants Marocain, et avant cette période j’ai toujours eu des liens avec nombre d'amis libanais issus de courants politiques et communautés différents, des relations humaines profondes, c'est ce qui m’a rapproché du cas libanais, qui a constitué l'un de mes intérêts politiques et intellectuels depuis plus de deux décennies.



Par Adil Ben Hamza / alalam.ma

Il y a une vingtaine d'années, ma passion pour le journalisme m'a conduit en Syrie dans un séminaire de formation pour jeunes journalistes organisée dans la capitale, Damas, par l’Union de la jeunesse arabe en coopération avec l'Union arabe de radiodiffusion, et la Ligue arabe. Le séminaire a réuni des jeunes du Maroc, d’Algérie, du Yémen, de Syrie, du Koweït, du Liban et de Bahreïn.

 

Le cycle a duré dix jours et c'était un « sommet arabe » en modèle réduit, mais aussi l'occasion pour que chaque délégation passe en revue plus de détails sur son pays, nous étions dans la délégation marocaine plus courageux pour parler de la situation politique dans notre pays, et quand nous critiquions notre réalité politique et la démocratie au Maroc.

 

Le reste des délégations ont été surpris par notre courage pour nous exprimer, non pas parce qu'il y avait des propos illégaux, mais parce que nous étions à Damas invités d’un système excessivement sensible à la critique des systèmes existants même s'il n'avait aucune affinité pour ceux-ci.

 

Dans ce contexte nous pensions que nos propos entaient sous la coupe de l’autocritique, le reste des participants a eu l'occasion de découvrir les distances que le Maroc a prises sur la route de la démocratie, longue et noueuse, et nous sentions qu'ils sont dans un état d’admiration proche de l'envie.


La séance a été l'occasion de se rapprocher des relations Syro-libanaise, notamment avec la délégation libanaise qui était présente et comprenait deux courants, le premier est un partisan sans réserve de la Syrie et de sa présence au Liban. Le deuxième courant qui représentait un point de vue différent ne pouvait supporter la moindre sympathie pour la Syrie et considérait sa présence sur le sol libanais comme une sorte d'occupation... Personnellement j'étais enclin au point de vue de la seconde, ce qui était en fait une conviction, pas juste une opinion.
 

Les détenteurs de cette conviction étaient prudents, et n'expriment pas leurs position en public, excepté quand nous étions seuls ou en groupes étroits hors du contrôle du Baas.

Cela m’avait donné plus d'enthousiasme pour visiter le Liban et de m’enquérir de la crédibilité de ces opinions sur le terrain.


Après notre arrivée à Damas, j'ai appelé une amie marocaine mariée à un Libanais à Beyrouth, et qui m'a toujours invité à visiter la ville. je lui avait promis d’honorer cette invitation dès que possible, quand les circonstances le permettent. D’ailleurs à chaque fois qu'elle venait au Maroc, elle ne faisait que me le rappeler.

 

J'étais donc à Damas, et j'ai décidé de leur dire que j’étais à proximité et que je serais heureux si je pouvais les rencontrais à Damas. La réaction n’a pas tardé : "Chou hal haki Ya zalami ? Tu es à Damas et tu ne viens pas à Beyrouth ??" J'ai répondu au couple d’amis que je n'ai pas de visa pour entrer sur le territoire libanais, et à Damas il n'y avait pas d'ambassade du Liban, comme illustration des relations ambiguës entre Damas et Beyrouth, ou plutôt une preuve patente de l’hégémonie syrienne flagrante. Ils ont donc proposé d’intervenir pour que je puisse passer par un checkpoint militaire. J'ai compris plus tard que c'est une voie empruntée par les personnalités politiques et partisanes, les sécuritaires, et l’armée sans contrôle aux frontières, mais aussi tous ceux qui peuvent avoir un appui dans cet appareil.

Je me suis excusé tout de suite avec tact, disant qu'il m'était impossible d'être sur les terres
d’un pays étranger de cette manière, et de me mettre dans une situation d’immigrant clandestin.
Mon ami libanais s’était esclaffé… Je lui ai promis de rechercher à Damas un moyen légal pour passer la frontière.


Abdul Hadi Al-Huwaij, un ami libyen distingué , était à cette époque, secrétaire général de l'Union de la jeunesse arabe à Damas où il résidait pour cette fonction. Il a, par la suite, été ministre de la jeunesse et de l'immigration vers la fin du régime du colonel Kadhafi. Il a également occupé, ces dernières années, le poste de ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement installé par le parlement de Tobrouk dirigé par Aqila Saleh. Il a toujours été un homme de consensus et un amoureux de la Libye.


Il avait un vaste réseau de relations à Damas et à Beyrouth. je lui ai donc parlé au sujet du visa libanais, et il a promis de s’en occuper. Il a appelé le secrétaire général du Conseil supérieur syro-libanais. Ce dernier contacte le Directeur Général de la Sûreté et le ministre libanais de l'Intérieur qui a donné des instructions pour m’octroyer un visa exceptionnel pour visiter le Liban pendant un mois.


Al-Hawij m’a donc appelé pour fixer un rendez-vous dans un café du mont Qasioun surplombant Damas, que les Syriens préfèrent appeler « Sham », ce qui comprend la ville de Damas et la campagne avoisinante. Il m'a apporté la nouvelle du visa, et que je devais trouver un fax au checkpoint, qui est le poste frontière qui sépare la vallée du Bekaa de la Syrie.
 

J'étais content de cette nouvelle et je suis rapidement retourné à la résidence de jeunes dans le beau quartier de Mezzeh à Damas pour récupérer mes bagages et me dirigez vers la station de taxi pour regagner Beyrouth par la route... C'était la première fois que je traversait les frontières terrestres d'un pays arabe à l'autre.

 

L'image de la frontière dans mon esprit était liée au chef-d'œuvre de Ghassan Kanafani "Les hommes au soleil" et le cri d’Abu al-Khayzaran "Pourquoi n'ont-ils pas brisé le mur du réservoir ?", où sont morts dans le réservoir d'eau vide, un groupe d'immigrants clandestins Palestiniens qui voulaient entrer au Koweït en raison de l’incompétence de la police des frontières dans un désert désolé, et sous température étouffante.
 

J'étais entre Damas et Beyrouth avec en tête le fil du roman de Ghassan Kanafani, qui a donné encore plus de réalisme à la scène du conducteur qui mettait un keffieh sur la tête en parlant aux passagers en dialecte syrien, c'était un voyage spécial qui a creusé sa place dans ma mémoire.

Au poste frontière, j’ai été reçu en privé, et j'étais le seul des passagers du taxi qui devait descendre de la voiture pour les procédures de sécurité. Après mon retour à la voiture et la reprise du trajet je découvrait que les passagers du taxi venaient tout juste de découvrir que je ne suis ni syrien ni libanais, et mon silence avait aidé a ne pas dévoiler mon identité.

 

Le chauffeur m'a demandé : « De quel pays es-tu? » Je lui ai répondu que je venais du Maroc, il a répondu avec un soupir "Al-Maghriiiib". J'ai acquiescé, et il a dit : « Oui les Hommes ! », alors j'ai dit comment cela ? Il a rétorqué : « Je me suis battu avec eux côte à côte à Quneitra dans le Golan, je n'ai pas vu de guerriers d'une telle férocité, alors il a raconté et les autres passagers se sont réfugiés dans un profond silence. « Un bataillon marocain parlait berbère (c'est-à-dire tamazight) et c'est leur communication dans cette langue qui a sauvé notre bataillon des attaques israéliennes, comme les Israéliens étaient incapables de comprendre le tamazight.

 

Leurs écoutes radio de nos forces au front étaient sans résultat », j'ai dit au chauffeur que mon oncle était l'un des soldats marocains parlant le tamazight qui ont combattu à Quneitra dans le Golan, et que son récit nous a déjà été raconté par mon oncle il y a des années. il s'est alorsNous nous sommes demandé au même instant, si le destin nous avait réuni ?
Vingt ans se sont passées depuis que mon oncle était là et aujourd'hui moi sur la route entre
Damas et Beyrouth ?
 

Après notre arrivée à la première ville de la Bekaa, qui est Balad Chtaura », j'ai demandé au chauffeur de s'arrêter juste parce que je m’arrêterai dans cette ville qui était le lieu de rendez-vous du programmé par mon amie marocaine et son mari libanais.
 

Abu Walid, le chauffeur de taxi, était désolé parce que je ne terminerai pas le voyage avec lui à Beyrouth. Il m'a donc transmis ses salutations à mon oncle, et je lui ai promis que je le ferais, même si mon oncle nous avait quitté depuis des années... je ne voulais pas rajouter une autre tristesse à cet instant.




Lundi 21 Mars 2022

Mustapha Bourakkadi
Journaliste sans la prétention de détenir la science infuse... ma seule ambition est de rapporter... En savoir plus sur cet auteur

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Mercredi 18 Mai 2022 - 09:38 L'exemple tunisien

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