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L’Atlantisme pacifique, une idée à creuser


Le Maroc est un pays du Nouveau Sud, ou Sud Global, situé dans la partie nord de l’océan atlantique. Le pays prend de plus en plus conscience des atouts que lui apporte sa longue façade océanique, et en premier son ouverture sur le grand large et sur le continent américain. La compréhension de l’intérêt de l’atlantique pour le Maroc remonte à quelques années, mais s’améliore et s’affine avec le temps et les évolutions géostratégiques.



Par Aziz Boucetta

Le think tank marocain Policy Center for the New South s’intéresse à la question atlantique depuis une douzaine d‘années, organisant une fois par an ses Atlantic Dialogues à Marrakech, lesquels font traditionnellement intervenir des décideurs, des diplomates, d’anciens chefs d’Etat ou de diplomatie, des universitaires, chercheurs, dirigeants d’ONG.

Et tout ce monde échange ses idées et ses visions sur ce que devrait être cet espace atlantique qui représente 46% de la population africaine et génère 55% du PIB du continent, mais seulement 9% des échanges intrarégionaux afro-atlantiques (contre 15% pour la rive latino-américaine et 66% pour la côte atlantique européenne).

Par ailleurs, l’espace atlantique présente des disparités manifestes entre les trois zones qui le composent : une aire euro-atlantique nord développée, organisée et intégrée, une aire latino-américaine atlantique en émergence sous l’égide du Brésil, et une aire afro-atlantique confrontée à des contraintes structurelles sur le plan économique et sécuritaire.

Ce sont toutes ces aires qu’il s’agit de rapprocher pour s’écouter, échanger et s’engager sur des valeurs communes, ainsi que le précise le président du PCNS Karim el Aynaoui. Mais comment faire parler des gens que tout sépare, la distance, l’histoire, l’économie, les valeurs, les préoccupations, les modes d’expression, les obsessions et les possibilités ?

C’est bien là tout l’enjeu de ces Atlantic Dialogues et c’est bien là l’un des principaux objectifs du Processus de Rabat sur les États Africains Atlantiques (PEAA) dont les jalons ont été posés en 2009, avant une léthargie de 12 ans et sa reprise en 2022. Mais la tâche s’annonce ardue, alors même que les inévitables résistances d’un Nord plus organisé ne sont pas encore apparues, ainsi qu’il est sorti des débats à Marrakech.

Il existe cependant un atout majeur pour cet espace atlantique, comme l’affirme encore Karim el Aynaoui, en l’occurrence sa non-conflictualité. C’est déjà un pas, dans le monde perturbé, tourmenté et incertain qui est celui de cette décennie, et cela peut effectivement créer des opportunités d’échange entre les trois continents que borde l’Atlantique, en vue de définir les valeurs communes à chaque espace puis celles partagées ou partageables par...

l’ensemble des pays américains, Nord et Sud, européens et africains. Les demandes des uns peuvent alors rencontrer les possibilités des autres et les besoins de tous peuvent être satisfaits avec le concours de chacun, il faut juste de l’organisation et vouloir, savoir et pouvoir créer une alternative à l’espace indopacifique en gestation avancée.

 

Et l’un des défis est de faire converger les deux parties de l’océan, un Nord développé, organisé et intégré avec un Sud qui est exactement l’inverse. Un dialogue entre deux anciens chefs d’Etat, le Nigérian Olusegun Obasanjo et l’Equatorien Luis Osvaldo Hurtado Larrea montre l’étendue des divergences et la profondeur des écarts entre Amérique du Sud et Afrique, la première plongée dans la pauvreté et la précarité et la seconde tourmentée par l’insécurité dans tous ses aspects.

Le Maroc est l’un des pays les plus aptes à porter cette stratégie atlantiste, pour plusieurs raisons. La première, déclinée par Karim el Aynaoui est que « le pays est ouvert, stable, raisonnable et fiable dans ses engagements », ce qui n’est effectivement pas le cas de tous les Etats bordant cet espace. La seconde raison tient au fait que l’initiative afro-atlantiste du Maroc remonte à 2009 et que le royaume figure parmi les pionniers dans cette vision.

La troisième raison est l’engagement du Maroc à se doter d’une infrastructure portuaire atlantique devant à terme servir de hub africain à l’Europe et aux Etats d’Amérique et de hub européen et américain aux Etats africains, et cela conduit à la dernière raison, qui est celle de la stratégie royale afro-atlantiste, consistant à offrir une façade atlantique aux Etats sahéliens enclavés.

La vision est donc royale, l’initiative réglementaire et l’action diplomatique relèvent du ministère des Affaires étrangères qui s’y attelle et la réflexion et la conceptualisation des choses revient entre autres au PCNS qui a le mérite de réunir des décideurs de tous bords et de tous pays, de les faire discuter leurs idées, au besoin les disputer.

Il reste cependant, ou tout de même, à jeter les passerelles entre le monde l’université et de la réflexion et celui de la politique, de la diplomatie et de l’entreprise, au Maroc et ailleurs. Et, pour davantage de réalisme pour ce projet, ce « New Deal » pour l’Afrique comme le qualifie l’ambassadeur Youssef Amrani, il serait préférable de ne pas fonder beaucoup d’espoirs sur l’engagement de la partie nord de l’atlantique pour rapprocher sa partie sud. Afrique et Amérique latine doivent œuvrer de concert, selon leurs propres besoins et leurs attentes, à aller l’une vers l’autre.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost



Mercredi 3 Janvier 2024


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