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L'Istiqlal pourra-t-il redevenir ce qu'il fut ?


Il est l’un des plus vieux partis dans le monde ; cela a ses avantages, en matière de prestige, d’histoire et d’appareil, mais cela a aussi ses inconvénients, en l’occurrence la difficulté à s’adapter aux différentes relèves générationnelles et aux mutations sociales. Aujourd’hui, le parti créé en 1943 (ou 1934, selon les versions, les humeurs et les approches historiques) siège au gouvernement aux côtés de deux autres formations au passé… neutre, pour rester correct.



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Par Aziz Boucetta

Jusqu’en 2012, le parti a fonctionné d’une manière plutôt normale, dans le sens où les notables fassis qui avaient fait sa gloire étaient continuellement aux commandes, malgré le long règne de Mhamed Boucetta, notable non fassi mais notable quand même et assimilé fassi selon la logique d’une complexe alchimie sociologique. Abbas el Fassi lui succède en 1998 et se maintient en poste jusqu’en 2012, au terme d’un passage à la primature, qu’une mauvaise fortune a brisé contre la vague du mouvement du 20 février.

Puis arrive le sulfureux Hamid Chabat, l’homme de tous les combats et les coups bas, le chef qui noue des alliances improbables, lâche la proie pour l’ombre, fait de l’esbrouffe une politique et de la politique un viatique ; lors de la course à la chefferie du parti en 2012, il prend le dessus sur Abdelouahed el Fassi, fils de son père Allal mais peu combatif. Avec Hamid Chabat et ses amis, l’Istiqlal descend de plusieurs rangs sur l’échelle de la morale politique et de l’éthique partisane.

En 2017, se tient le congrès général qui est le théâtre d’une lutte épique entre le clan des notables fassis et des nostalgiques du « grand Istiqlal », emmenés par Nizar Baraka, et celui des caciques sahraouis rangés sous la bannière de la famille Ould Rachid. Les seconds aident le premier à faire le coup de poing, puis à défaire le système Chabat. Depuis, plus rien… ah si, l’entrée de l’Istiqlal au gouvernement, par la porte arrière puisqu’il est le troisième d’une majorité à trois, derrière deux partis estampillés administration, sans idéologie connue ni réalisations reconnues.

Aujourd’hui, il y a péril en la demeure istiqlalienne. Le fameux et légendaire Comité exécutif, qui avait jadis connu les Douiri, Kadiri, Khalifa, Louafa, Ghellab, Bennani Smirès, el Fassi et d’autres n’est plus que l’ombre hésitante de lui-même ; le Conseil national ne conseille plus personne et le secrétaire général Baraka doit gérer un parti, naguère puissant, conquérant et peuplé de grands noms, mais aujourd’hui réduit à une guilde d’ambitions plus ou moins avouées, plus ou moins légitimes.

En attendant le congrès, en retard de plus de deux ans…

 

Et en attendant ou en préparant le congrès, Nizar Baraka pourrait entreprendre des actions qui marqueraient son passage à la tête du parti de ses aïeux. Se démarquer...

de cette majorité en défiant son chef qui fonctionne plus selon une logique entrepreneuriale et clientéliste qu’idéologique et politique est une option, au risque de devoir quitter le navire. Hamid Chabat l’avait fait, pour d’autres raisons, en 2013, et Nizar Baraka peut tout aussi bien le décider aujourd’hui. Une seconde option serait de s’ouvrir résolument sur la société civile en attirant à lui les nombreuses potentialités qui hésitent encore à venir, effrayées par la réaction virulente prévisible de ceux qui ne veulent toujours pas partir.

Le parti de l’Istiqlal n’a rien à gagner aujourd’hui et demain de postures sociétales et idéologiques surannées, car héritées d’un passé qui ne reflète plus le présent et l’avenir du pays. La société marocaine a changé, muté, et bien que toujours attachée à sa Tradition, elle ne se sent plus représentée par un parti qui avance les yeux rivés sur le passé.

Il appartient à Nizar Baraka de se souvenir que son parti a été précurseur, audacieux et même téméraire en dénonçant l’occupation sous le feu des baïonnettes françaises… de se souvenir que ses prédécesseurs avaient manifesté le courage de dire non à bien des reprises. Un chef de parti ne doit pas seulement penser à entrer au gouvernement, mais aussi et surtout à entrer dans l’Histoire. Hamid Chabat était sorti des deux, Nizar Baraka peut entrer dans les deux.

Si Nizar Baraka a l’audace de vouloir imposer ses idées au gouvernement, même en prenant le risque d’en sortir et s’il a le courage de croiser le fer contre le clan Ould Rachid, même en s’exposant à la possibilité de ne pas être réélu, il entrera dans l’histoire du parti.

Aujourd’hui, près d’un siècle après la fondation de l’Istiqlal, les générations d’électeurs inconditionnels du parti ont disparu et le vote réflexe d’antan n’existe plus. Il s’agit dès lors de lutter pour rester dans les esprits, ou pour les marquer, même avec le risque de perdre le combat pour la modernité, de l’ouverture, de l’audace et de l’innovation. Aller aux élections de 2026 en restant dans la majorité actuelle, en maintenant les positions actuelles, en conservant le profil bas dans le gouvernement et en interne, serait un poids dur à porter, et le parti s’en trouverait encore plus désidéologisé qu’il ne l’est déjà.

Les autres partis du mouvement national sont soit en léthargie, soit de petite taille : il appartient donc à Nizar Baraka et à l’Istiqlal, qui fut une véritable école de pensée et un modèle pour les autres partis, de ruer dans les brancards, de manifester leur mauvaise humeur, de revoir leurs alliances et de repeupler les rangs du parti de gens talentueux et désireux de servir l’idéal politique. Bon courage, car il faut du courage.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 



Vendredi 12 Janvier 2024


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