L'ODJ Média

lodj






La CAN ou la gouvernance par le silence


Par Aziz Boucetta.

Iwa, on ne dit rien plus rien ? Cela fait plus d’un mois aujourd’hui que le rideau est tombé sur la CAN, cette CAN que le Maroc tout entier attendait et à laquelle il s’est donné, tout entier aussi.

Et pas une déclaration, un bilan, une évaluation, des débats sur ce qui a été fait et ce qu’il reste à faire… rien, et pourtant, cette CAN aura été un franc et réel succès du et pour le Maroc, la finale en ayant été une péripétie, certes douloureuse mais péripétie quand même.



Cette CAN aura, en effet, beaucoup apporté au Maroc, et en particulier cette fierté nationale retrouvée et l’appropriation par chacun d’un travail général, de l’œuvre commune.

Et si la déception finale n’en fut que plus douloureuse, elle aura montré ce nouveau trait de caractère collectif.

Les Marocains, public et officiels, ont montré de la sincérité dans leur engagement, de la sincérité dans leurs investissements, de la sincérité dans leur mobilisation… quoi de plus normal qu’ils aient de la sincérité dans le bilan, voire de la sincérité tout court.

Las… Rien n’est dit, rien n’est expliqué, rien ni débattu, comme si on avait subi la pire des défaites dans les pires des conditions… comme si nous avions failli quelque part… comme si nous devions avoir honte d’avoir bien fait les choses, d’avoir vu grand et fait grand.

Derrière ce succès, car c’est un succès, le président, Fouzi Lekjaâ demeure invisible, rien n’est dit sur les coulisses de ce grand événement, rien n’est su ni même semble-t-il décidé pour le maintien ou non du sélectionneur national (à trois mois du Mondial !), rien n’est révélé sur les suites des recours du Maroc face aux instances sportives ou judiciaires…

Que des bribes d’informations, des on-dit et des non-dits, des rumeurs, le tout parfois mollement démenti dans un flagrant manque de respect pour un public et une opinion publique qui ont fait leur part de travail et qui sont aujourd’hui si noblement snobés par les dirigeants, et cela ne vaut pas seulement pour le sport.

Ne méritions-nous pas mieux comme comportement des autorités publiques, puisque cette CAN aura, finalement, été organisée par le Maroc, par les Marocains ?

La CAN ou la gouvernance par le silence
L’organisation d’une compétition aboutie ne se prolonge-t-elle pas dans l’après-compétition, et son évaluation ne relève-t-elle pas dans la gestion de cet après-compétition ? Oui certes, on sait… on sait que la victoire a cent pères et la défaite est orpheline.

Mais avons-nous été défaits ? C’est en tous les cas le sentiment qu’on laisse infuser et qui diffuse, un sentiment de mauvais perdant.

Pour quelle raison agit-on ainsi ? On l’ignore, mais ce n’est pas ce que nous pourrions attendre d’un pays qui nous a habitués, nous ses citoyens, depuis quelques années, à nous sentir plus sûrs de nous, plus confiants, malgré les problèmes et les doutes, plus exigeants aussi et plus impatiens surtout.

Pour quelle raison laisse-t-on ainsi gâcher ce qui a été une si belle fête du football national, et même du national tout court, vu l’audience télé cumulée de la compétition et l’ambiance festive tout au long de ce mois de tournoi ?

Un mois s’est écoulé après un mois d’effervescence collective, de ferveur commune.

Et au lendemain même du baisser de rideau, rien, absolument rien. Comme si cette CAN n’avait jamais été organisée sur nos terres. L’attitude est tellement étrange et anormale qu’elle doit bien avoir une raison, qu’il doit bien y avoir une explication…

Et quelle que soit cette raison, cette explication, il faudra admettre qu’elle ne correspond plus au Maroc d’aujourd’hui, qu’elle ne peut plus exister dans ce Maroc nouveau.

Nous réagissons selon d’anciens codes et de vieilles habitudes, des comportements surannés, alors même que l’opinion publique est formée de gens adaptés à leur monde. Le monde est ultra-connecté, ultrabranché, friand et demandeur d’informations, et l’opinion publique aussi.

L’attitude publique est en ce sens déphasée… et ce n’est pas nouveau ! En effet, à chaque intervalle décennal, nous avons connu, au Maroc, cette mésentente entre pouvoirs publics et leurs anciennes habitudes et l’opinion publique qui, elle, évolue et vit dans et avec son monde.

En 2003, c’était l’affaire dite des « musiciens satanistes » (sic) et le tollé suscité auprès des jeunes par leur arrestation et leur procès, et c’est grâce au roi et à sa grâce que l’affaire a trouvé une issue heureuse ; en 2011, ce sont encore une fois les jeunes du Mouvement du 20 février qui ont secoué le cocotier, et encore une fois, seule l’intervention royale a mis fin à la contestation, à travers le fameux discours du 9 mars 2011 ; et en octobre 2025, ce sont encore et toujours les jeunes qui ont enflammé la rue, et comme toujours, l’intervention par étapes du roi a calmé les esprits, en ouvrant la voie des candidatures aux jeunes.

Et à chaque fois, pour tous ces événements, les jeunes ont initié le mouvement d’humeur et ils ont été rejoints par leurs aînés.

Et c’est face à cette société, à ces jeunes, qu’après la CAN, après tous ces milliards engloutis, après tout ce qui a été construit, après tout ce qui a été dit sur nous et contre nous, que la population marocaine se voit opposer un silence épais, un silence coupable, un silence incompréhensible.

Combien de temps faudra-t-il encore à nos dirigeants pour comprendre et admettre que le Maroc nouveau ne peut continuer à être géré à l’ancienne, par le silence ?

Car quand on oppose le silence à l’effervescence, il devient mépris et donc source et cause de colère. Le Maroc d’aujourd’hui n’est pas le Maroc de demain.

Cela ne vaut pas que pour les infrastructures mais aussi pour la gouvernance et le mode de gouvernance. Espérons que cela change et que nos dirigeants, nos responsables, accepteront dans le très proche avenir d’affronter ou au moins de communiquer et d’expliquer.

Car une population, ce n’est pas fait juste pour voter ou pour remplir des stades…

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Samedi 28 Février 2026

La rédaction

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo