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La chine doit-elle inquiéter l'occident ?


Pour beaucoup d’observateurs, si la Chine inquiète, elle doit être contenue. Mais on considère aujourd’hui, que nul besoin de céder à l’alarmisme : les signes de son déclin indiquent déjà qu’elle ne sera jamais la puissance mondiale dominante. Pendant des siècles, la Chine est restée refermée sur elle-même. C’est un grand peuple d’Extrême-Orient, à la mémoire aussi longue que son histoire est ancienne. Aujourd’hui, c’est un pays dont les prouesses économiques et technologiques, tout comme le mode opératoire opaque de ses élites, ne cessent d’inquiéter le monde.



Par Gabriel Banon

La chine doit-elle inquiéter l'occident ?

C’était la perception que l’on avait du Japon à la fin du siècle dernier : les best-sellers se multipliaient alors pour annoncer le déclassement de l’Occident et le triomphe du Japon. Une génération plus tard, l’archipel n’a plus qu’une seule ambition : gérer son déclin. C’est là un enseignement à tirer pour ceux qui estiment inéluctable l’avènement de la Chine au rang de première puissance mondiale.

Doit-on se soumettre ou lui faire la guerre ?  Mao Zedong considérait la Chine comme un dragon de papier aux forces limitées, avec un attrait faible et un déclin déjà engagé.  La puissance d’un pays commence avec la démographie. Après quelques mois de flottement, le gouvernement chinois a admis en mai 2021 une chute de la natalité sans précédent depuis 1949, en dépit de la fin de la politique de « l’enfant unique ».

La Chine a commencé à se dépeupler, dix ans après sa population active a, elle aussi, officiellement amorcé sa décrue. D’ici 2030, l’Inde la dépassera et elle devrait passer sous la barre du milliard d’habitants avant la fin du siècle. 
 

La chute de la population et son vieillissement, que tentent de dissimuler les chiffres officiels, annoncent des problèmes socio-économiques qui risquent de compromettre le « rêve chinois » de Xi Jinping. La crise démographique est plus profonde qu’anticipée : elle a de lourdes implications sociales, économiques et géopolitiques. Cependant l’économie du pays ne va pas s’effondrer, mais continuer à se développer fortement et les revenus vont eux aussi continuer à grimper. Le pays va cependant muter et transformer son économie pour s’adapter à ce changement démographique. En tant qu’usine du monde, comment la mutation de la Chine va-t-elle influer sur les économies de ses partenaires économiques ?
 

La Chine avait connu un « super » baby-boom dans les années 1960 avec un taux de fécondité dépassant 6. Il est de 1,7 aujourd’hui. Avant même le ralentissement démographique, c’est le vieillissement de la population qui va poser un problème. La part des plus de 64 ans était de 10 % en 2000. Elle est de 17 % aujourd’hui et sera de 25 % en 2030. La structure démographique chinoise a ainsi une vingtaine d’années de retard sur celle des pays industriels. Elle change de niveau et se confrontera à des populations croissantes et plus jeunes, tout particulièrement en Afrique.
 

La croissance chinoise était fondée sur une population active abondante, bon marché ; prête à rejoindre les grands pôles industriels de la côte Pacifique avec des effets en chaîne : construction de logements, émergence d’une classe moyenne consommatrice, développement d’infrastructures notamment dans les transports, l’éducation, la santé. Ce modèle adapté à la démographie d’un pays post baby-boom, n’est finalement pas si différent que cela des « trente glorieuses ». Il trouve aujourd’hui ses limites.
 

La Chine ne cesse d’évoquer la nécessité de faire évoluer son modèle en l’orientant vers des secteurs plus en amont, regardant davantage vers les industries d’avenir que vers celles du passé, avec plus de « design » que d’assemblage et plus d’ingénieurs que de petites mains. La Chine n’est déjà plus, la terre idéale des délocalisations pour les industries de main-d’œuvre. Elle cherche, aujourd’hui, à étendre sa domination dans certaines industries d’avenir, au-delà même des panneaux solaires, des batteries électriques et des réseaux de communication qui demandent moins de main-d’œuvre et plus de savoir, de recherche et de connaissance.
 

On peut, aujourd’hui, se poser la question : le rôle de la Chine dans l’économie mondiale, va-t-il passer du statut d’exportateur de déflation à celui d’inflationniste, à l’avenir ? Le défi n’est pas seulement sectoriel mais aussi macroéconomique. Les bas salaires chinois ont contribué à peser sur les salaires des pays industriels et sur le prix des biens importés. Ces temps semblent, aujourd’hui, révolus. La pression sur les salaires devrait se relâcher même si d’autres pays à bas salaires en Asie du Sud ou en Afrique, pourraient prendre le relais.
 

La colossale épargne des ménages chinois accumulée par les « boomers », a non seulement permis de financer l’économie du pays, mais aussi les économies étrangères et, tout particulièrement, les déficits publics des États-Unis. Les ménages chinois ont ainsi contribué à maintenir les taux d’intérêt à un niveau bas. L’épargne étant liée à la structure démographique, il faut donc aussi s’attendre à des évolutions dans ce domaine, ce qui influera certainement sur la finance mondiale.
 

Une population vieillissante et, à terme déclinante, est généralement considérée comme un facteur de déclin. Le Japon, premier pays industriel à connaître un ralentissement démographique, est aussi le premier à s’être effacé comme puissance économique. La politique nationaliste, voire expansionniste de Xi Jinping, a rendu la stratégie chinoise plus indéchiffrable qu’avant. On est toujours perplexe sur la finalité des « routes de la soie » qui visent à favoriser le transport ferroviaire et maritime entre la Chine et la partie occidentale du continent eurasiatique.   


Il faut se rappeler que les grands projets militaro-économico-industriels de l’URSS ont tellement épuisé le pays qu’il a fini par sombrer. Les projets pharaoniques finissent mal, en général, surtout quand ils reposent sur une population vieillissante.




Samedi 11 Décembre 2021

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