Un retour brutal après deux décennies de silence
C'est une maladie que les pédiatres marocains pensaient reléguée aux livres d'histoire de la médecine. Pourtant, la diphtérie vient de refaire une apparition remarquée et tragique dans le Royaume. Récemment, le ministère de la Santé et de la Protection sociale a confirmé l'apparition de deux foyers familiaux limités dans la région de Souss-Massa. L'alerte a été donnée suite à l'admission de cas suspects au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) d'Agadir, marqués par le décès tragique de deux enfants. Une situation d'autant plus alarmante qu'aucun cas de cette infection bactérienne n'avait été signalé sur le territoire national depuis plus de vingt ans.
La baisse de la couverture vaccinale pointée du doigt
Comment une maladie autrefois maîtrisée peut-elle ressurgir en 2026 ? Pour les experts en santé publique, le constat est clair : le recul de l'immunité collective est le principal coupable. Bien que l'immunisation contre la diphtérie fasse partie du calendrier vaccinal des enfants au Maroc depuis plusieurs décennies, des failles dans la couverture vaccinale ont permis à la bactérie de circuler à nouveau. Le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques de santé, rappelle d'ailleurs qu'un seul cas suffit à confirmer une évolution de la situation épidémiologique. Les retards de vaccination, parfois exacerbés par les perturbations des systèmes de santé ces dernières années, créent des poches de vulnérabilité où des maladies comme la diphtérie, la coqueluche ou la rougeole peuvent s'engouffrer.
Comment reconnaître cette infection redoutable ?
Pour endiguer la propagation, la détection rapide est primordiale. La diphtérie est une infection bactérienne hautement contagieuse causée par le bacille Corynebacterium diphtheriae. Elle se transmet principalement par voie aérienne, via les gouttelettes de salive expulsées lors de toux ou d'éternuements. La maladie se manifeste généralement par une angine sévère, de la fièvre, des maux de gorge et un gonflement du cou. Son signe clinique le plus distinctif est l'apparition de "fausses membranes" grisâtres au fond de la gorge, qui peuvent obstruer les voies respiratoires et provoquer l'asphyxie. De plus, la bactérie produit une toxine redoutable capable d'attaquer le cœur et le système nerveux, rendant l'infection potentiellement mortelle sans traitement rapide.
Une mobilisation sanitaire d'urgence pour circonscrire les foyers
Face à cette menace, les autorités sanitaires marocaines ont immédiatement déclenché un protocole de riposte épidémiologique. Les mesures se concentrent sur l'isolement strict des patients infectés au sein des structures hospitalières, notamment au CHU d'Agadir, et l'administration d'antibiotiques et de sérum antidiphtérique. Parallèlement, une vaste opération de "contact tracing" (recherche des cas contacts) est menée dans les foyers familiaux et l'entourage des malades dans la région de Souss-Massa. Le ministère de la Santé insiste sur l'urgence d'une mise à jour des carnets de vaccination pour tous les enfants et adultes non protégés, rappelant que le vaccin reste la seule arme véritablement efficace pour empêcher la propagation de cette maladie oubliée.












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