Dans le même temps, les formes familiales élargies reculent fortement, passant de 35,2 % à 19,8 %, tout comme les ménages multigénérationnels, en baisse de 29 % à 16,8 %. Cette contraction s’accompagne d’un affaiblissement des proximités résidentielles : moins d’un chef de ménage sur deux vit aujourd’hui dans la même localité que ses parents, et les liens géographiques avec la fratrie se distendent également.
Parallèlement, de nouvelles configurations émergent. Les couples sans enfant progressent de 3,4 % à 9,4 %, notamment sous l’effet du vieillissement et des « nids vides ». La monoparentalité s’installe durablement, passant à 8,8 % des ménages, plus fréquente en milieu urbain. À l’inverse, la polygamie cohabitante devient marginale. La taille moyenne des ménages diminue (3,9 personnes en 2024 contre 4,6 en 2014), tandis que la part des femmes chefs de ménage augmente et que le vieillissement s’accélère.
L’enquête met aussi en évidence une recomposition des solidarités familiales. Si le réseau familial déclaré reste large, les liens réellement actifs se réduisent fortement et se concentrent sur la famille immédiate. Les relations avec les cousins, oncles, tantes ou neveux deviennent de plus en plus épisodiques, illustrant un affaiblissement de la parenté élargie au profit du noyau central.
Sur le plan conjugal, le désir de mariage recule, surtout chez les hommes, et l’union intervient plus tardivement : 26,3 ans pour les femmes et 33,3 ans pour les hommes en moyenne. Les mariages entre apparentés diminuent, tandis que la médiation familiale reste fréquente. La fécondité chute à 1,98 enfant par femme, en dessous du seuil de renouvellement des générations, avec de fortes disparités selon le milieu social, l’éducation et l’activité professionnelle.
Le divorce, quant à lui, reste marqué par une forte inégalité de genre et des conditions économiques fragiles, avec une durée moyenne des unions de neuf ans. Après rupture, la majorité des femmes retourne vivre chez leurs parents, soulignant la persistance de solidarités familiales de secours.
Face à l’éloignement géographique, les solidarités se transforment : les aides directes diminuent, tandis que le soutien moral, financier et les échanges numériques deviennent centraux. Les interactions familiales s’adaptent ainsi à la distance, notamment grâce aux outils digitaux.
Enfin, malgré ces recompositions, la famille demeure une institution centrale dans les représentations sociales. Elle reste perçue comme un espace de transmission et de soutien, même si les valeurs traditionnelles coexistent désormais avec des formes plus modernes de partage des rôles. Les inquiétudes autour du relâchement des liens témoignent d’une tension persistante entre continuité et transformation.
Au total, la famille marocaine ne disparaît pas : elle se redéfinit. Plus nucléaire, plus dispersée géographiquement et plus dépendante des liens à distance, elle continue d’incarner un repère essentiel dans une société en profonde mutation.












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