La première confusion concerne la notion même de compétence.
Cette faculté appartient exclusivement aux individus biologiques, humains et animaux, qui apprennent par l’action, l’erreur, l’émotion et la relation.
Les systèmes d’intelligence artificielle, quels que soient leur niveau ou leur sophistication, ne mettent jamais une connaissance en pratique : ils exécutent des traitements.
Une seconde confusion concerne la création et l’interprétation. La création est un acte premier. Elle engage l’intention, l’imagination et la responsabilité du sens produit. L’interprétation vient toujours après la création : elle consiste à donner du sens à ce qui a été produit.
Les systèmes d’IA ne créent pas ; ils recombinent des formes existantes à partir de données passées.
Ce qui est perçu comme création n’est qu’une simulation statistique de productions humaines antérieures. L’interprétation véritable, ancrée dans une conscience et un vécu, reste l’apanage des individus vivants.
Il est également fondamental de rappeler que l’intelligence artificielle n’existe pas indépendamment de l’humain.
Derrière chaque système d’IA se trouve une manière de penser, une vision du monde, des valeurs et des priorités traduites en code informatique.
L’IA n’est pas neutre ; elle est le reflet programmé de ses concepteurs.
Cette confusion est renforcée par un usage imprécis des termes liés au numérique. Le numérique est un phénomène global qui transforme en profondeur les sociétés, les économies et les cultures. La numérisation, en revanche, relève de la science des ordinateurs.
Quant à l’ordinateur, il demeure une machine fondamentalement bête : il exécute des instructions sans compréhension, sans intention et sans finalité propre.
Enfin, quels que soient leur puissance de calcul et leur niveau de sophistication, les machines restent enfermées dans le registre du syntaxique. Elles manipulent des symboles, des structures formelles et des probabilités.
La sémantique, c’est-à-dire le sens vécu, contextualisé et interprété, n’est jamais comprise par la machine. Elle est simulée, parfois de manière convaincante, mais jamais vécue. Le sens n’émerge pas du calcul ; il naît de l’expérience humaine.
En définitive, l’enjeu n’est pas de nier l’utilité ni la puissance des systèmes d’intelligence artificielle.
Confondre calcul et intelligence, simulation et compréhension, outil et sujet conduit à des erreurs majeures en matière d’éducation, de gouvernance et de souveraineté cognitive.
Plus que jamais, l’intelligence artificielle doit être pensée pour ce qu’elle est : un outil puissant conçu par l’humain, et non une intelligence autonome capable de remplacer la pensée, la création et le sens.
Par Dr Az-Eddine Bennani












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