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La guerre est mondiale, mais ce n’est pas encore la guerre mondiale


Les guerres qui se déroulent sous nos yeux sont-elles le prélude à une conflagration mondiale ou sont-elles « simplement » des guerres locales avec ramifications mondiales ? La question mérite d’être posée dans le sens où les conflits actuels impactent la population mondiale dans son ensemble avec leurs conséquences énergétiques, économiques, politiques et même ethniques. Partant de ce postulat, on peut donc avancer l’hypothèse que la guerre est mondiale sans être une guerre mondiale. La nuance est importante.



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Par Aziz Boucetta

Une guerre mondiale, telle qu’on l’a connue au 20ème siècle, implique des armées sur plusieurs théâtres d’opération, de manières différentes. Mais le monde était autre, pas aussi imbriqué qu’il l’est aujourd’hui et pas aussi polarisé non plus. Il y avait, en ces époques, peu de pays réellement souverains et dotés de la puissance nécessaire pour défendre et protéger leur souveraineté. Et ces nations étaient alliées, dans les cas des deux guerres mondiales, contre une Allemagne jeune, en formation et en quête d’une place dans le concert des autres nations occidentales.

Dans les années 30 du siècle dernier, le Japon, nation millénaire, œuvrait comme l’Allemagne à élargir son « lebensraum », à la recherche de ressources et d’extensions territoriales. Le reste du monde était sous occupation ou domination occidentale.

Aujourd’hui, depuis quelques années, les règles ont changé et l’usage de la force pour continuer la politique avec d’autres moyens est devenu la règle. La Russie envahit l’Ukraine pour se réaffirmer sur le continent et pour briser le blocus occidental qui l’enserrait à ses yeux de plus en plus étroitement. En Israël, les combattants du Hamas ont voulu, à leur tour, défaire l’emprise d’Israël sur Gaza et, plus tard, sur la Cisjordanie. Dans les deux cas, nous avons en toile de fond un monde occidental injuste, inégalitaire et dominateur.

Dans le Caucase, le coup de force de l’Azerbaïdjan s’est fondé entre autres sur les deux facteurs que sont un affaiblissement russe significatif et une dépendance occidentale accrue aux hydrocarbures azerbaïdjanais. Au Moyen-Orient, l’Occident permet tout à Israël, qui se permet tout en retour. Il n’y a qu’à considérer la couverture sémantique du conflit en Europe et aux Etats-Unis pour en prendre la mesure.

A Taiwan, la protection occidentale, américaine surtout et accessoirement européenne se fonde sur la volonté d’affaiblir la Chine en l’enfermant dans son territoire mais aussi sur la dépendance aux semi-conducteurs taiwanais, dépendance qu’il faudra plusieurs années pour réduire.

En Afrique, le Sahel est passé très près d’une guerre au Niger, voulue par les Français à travers leur proxy de la Cédéao ; il aura fallu une levée de boucliers au Nigéria contre une invasion du Niger et une sage prudence, doublée d’intérêts économiques, des Etats-Unis pour éviter cette guerre. Quant au Yémen, il demeure en guerre d’intensité variable, de même que le Soudan, cette variabilité dépendant des intérêts occidentaux et des rapports de force du moment.

Dans tous les cas, les pays du monde affichent une sorte d’émancipation par rapport...à un Occident affaibli, en proie à des contestations et remises en cause internes. La Russie n’est pas universellement condamnée dans le monde, la Chine suscite par sa résistance économique et par son agressivité technologique aux Occidentaux un attrait en Afrique, en Asie et de plus en plus dans le pré-carré américain qu’est, ou que fut, l’Amérique latine.

Un autre élément primordial est à considérer, les ventes d’armes. Autrefois et jusqu’à ces dernières années, les fournisseurs d’armes étaient essentiellement russes, américains ou ouest-européens. Aujourd’hui, de nouvelles puissances fabricantes d’armes ont émergé, comme la Turquie, l’Iran et la Corée du Nord, et de nouvelles armes se sont imposées sur les théâtres d’opérations, comme les drones.

L’Occident n’est donc plus seul à dominer le commerce d’armes, de même que son système libéral, en recul dans ses propres pays, est surpassé par les offres essentiellement chinoise, russe et indienne.

Cinq guerres donc de haute intensité, chacune avec ses spécificités, ses prolongements et ses diverses conséquences économiques, en Ukraine, dans le Caucase, en Afrique de l’Est, au Moyen-Orient et dans le Golfe persique. La guerre devient mondiale, sur le plan géographique où la quasi-totalité des continents est touchée, d’un point de vue économique avec le renchérissement du prix de l’énergie et donc une violente poussée de l’inflation dans le monde.


 

La guerre aujourd’hui est également technologique et numérique, se prolongeant dans les réseaux et les grands médias internationaux, essentiellement occidentaux. Qualification des belligérants (Hamas terroriste pour les uns, résistant pour les autres), responsabilité dans la guerre (Russie pays agresseur ou Ukraine Etat nazi), contrôle ou orientation des réseaux (blocage des articles accusant Israël)… la lutte d’influence et l’antagonisme sur les réseaux fait rage.

La guerre est, enfin, pourvoyeuse de violence urbaine de type terroriste, et ici, ce sont les pays occidentaux qui sont en première ligne, exposés à toute sorte d’attentats aveugles commis par un (ou des) loup(s) solitaire(s).

Ce que vit le monde aujourd’hui n’est donc pas une guerre mondiale, selon l’acceptation classique de l’expression, mais une guerre qui est mondiale, à travers ses belligérants, la nature de la belligérance, les nouvelles alliances, conjoncturelles et partielles, les moyens employés (armes nouvelles, réseaux sociaux, médias…), les populations atteintes (tous les humains sont plus ou moins impactés par les conséquences).

Et à l’origine de cette guerre à caractère mondiale, fragmentée et multiforme, la lutte pour l’influence entre les Etats-Unis, puissance dominante qui aspire à le demeurer, et la Chine, puissance globale sur le plan économique, qui a compris que l’usage de la force est incontournable, les autres pays ou zones de pays (UE, Turquie, Iran, Arabie Saoudite, Inde, Japon) cherchant un positionnement entre les deux, avec lesquels ils sont également imbriqués.

La guerre mondiale n’est pas, ou pas encore, à l’ordre du jour, mais la guerre dans le monde est devenue une donnée nouvelle qui atteint l’ensemble de l’humanité laquelle est, peut-être, à l’aube d’une vraie guerre mondiale.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 



Lundi 23 Octobre 2023


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