Ils avaient tout prévu... Les comptes anonymes, les identités de location, les slogans prêts-à-poster, les faux profils… pages estampillées « marocaines » et même le costume de la jeunesse, avec « GenZ212 » comme enseigne de circonstance… les appels à la révolte en kit et même, semble-t-il, le mode d’emploi pour fabriquer une révolution depuis un canapé, entre deux vidéos TikTok… Il ne manquait qu’un petit détail… les Marocains… Le grand soulèvement annoncé à coups de hashtags devait transformer les écrans en rue et les comptes virtuels en foule bien réelle… Le scénario était simple… prendre des revendications sociales légitimes, les emballer dans quelques faux profils, souffler sur la colère et attendre l’explosion… Sauf que la rue n’a pas suivi le script… La révolution était annoncée sur Internet… Elle est restée… sur Internet…
C’est le vieux procédé de la propagande, avec simplement un nouveau costume… autrefois, on fabriquait des tracts… aujourd’hui, on fabrique des comptes… On multiplie les publications, on donne l’impression d’une mobilisation massive et l’on espère que personne ne regardera derrière le rideau… Mais les Marocains ont regardé… Les éléments apparus sur l’origine et la gestion de certains comptes ont surtout révélé une tentative de se servir du visage de la jeunesse marocaine pour transformer ses revendications légitimes en carburant d’un scénario de confrontation…
Erreur de casting… Le jeune Marocain peut être en colère… Il peut critiquer son gouvernement, réclamer du travail, de la justice, une meilleure école, davantage de dignité et d’égalité des chances… Il peut protester… Il peut même être très sévère… Mais il sait faire la différence entre réformer son pays et travailler contre son pays… C’est précisément ce que les scénaristes de la révolution numérique semblent avoir oublié… Ils ont peut-être compris les réseaux sociaux… Ils n’ont pas compris la société marocaine… Ils ont compris les hashtags... Ils n’ont pas compris la mémoire… Ils ont compris les algorithmes... Ils n’ont pas compris l’Histoire… Ils ont compris comment fabriquer un compte marocain… Ils n’ont pas compris ce que signifie être Marocain…
Car la jeunesse marocaine n’est ni aveugle ni naïve… Elle voit les progrès du pays, mais aussi ses insuffisances... Elle veut davantage de justice, d’emploi, de dignité et d’égalité… Et elle a parfaitement raison de le réclamer… Mais vouloir un Maroc meilleur ne signifie pas vouloir un Maroc à terre… Voilà la nuance que certains voudraient effacer… Le patriotisme n’interdit pas la critique… Au contraire… on peut aimer son pays et dénoncer ses défauts... On peut demander des comptes à ses responsables et rester profondément attaché à sa patrie… Mais il existe une frontière entre la contestation légitime et la manipulation étrangère… Réformer la maison n’est pas l’incendier… Et lorsqu’une main extérieure arrive avec une boîte d’allumettes en expliquant au propriétaire qu’elle veut simplement « l’aider à faire le ménage », il est plutôt sain de regarder ses poches…
Le 9 août a donc produit un résultat assez cruel pour les fabricants de la grande révolution numérique… ils avaient les comptes, mais pas la rue…les slogans, mais pas l’adhésion… le vacarme, mais pas le peuple… On peut fabriquer dix mille faux profils… On ne fabrique pas une conscience collective… On peut remplir les écrans… On ne remplit pas automatiquement les rues… On peut parler au nom de la jeunesse… Mais encore faut-il que la jeunesse vous reconnaisse comme son porte-parole… Et c’est là que le scénario s’est effondré…
La jeunesse marocaine n’a pas besoin d’un compte anonyme pour lui apprendre à être en colère… Elle n’a pas besoin d’un slogan importé pour lui expliquer ses problèmes… Elle n’a surtout pas besoin d’un étranger pour lui apprendre à aimer son pays… Elle peut critiquer le Maroc… Elle peut protester au Maroc… Elle peut exiger davantage du Maroc… Mais elle ne laissera pas quelqu’un d’autre transformer sa colère en arme contre le Maroc…
Voilà la véritable leçon du 9 août… Ce ne fut pas simplement une journée sans mobilisation… Ce fut une journée où la rue s’est montrée plus sage que les écrans… Et dans cette bataille entre les faux profils et le vrai Maroc, les scénaristes ont découvert une vérité qu’aucun algorithme ne pourra pirater… Le Maroc n’est pas un hashtag… Les Marocains ne sont pas des comptes fictifs… Leurs revendications ne sont pas une marchandise politique… Et leur patriotisme n’est pas un logiciel que l’on peut pirater… Ils peuvent se disputer entre eux, critiquer leurs gouvernants, réclamer des réformes, manifester et exiger davantage… C’est leur droit… C’est même leur responsabilité… Mais lorsqu’une main étrangère vient avec des allumettes, les Marocains savent encore reconnaître l’odeur de l’essence…
Le 9 août, ils avaient les comptes… Ils avaient les slogans… Ils avaient les faux profils… Ils avaient même, paraît-il, la révolution… Il leur manquait simplement le peuple… Et le peuple leur a rappelé ceci : « Nous pouvons être en colère pour le Maroc… Nous pouvons nous battre pour le Maroc… Nous pouvons exiger davantage du Maroc… Mais nous ne vendrons jamais le Maroc à ceux qui rêvent de le voir brûler. »... Car on peut vouloir rénover sa maison… On peut changer ses fenêtres… On peut même en refaire entièrement les murs… Mais on ne remet jamais les clés à celui qui attend derrière la porte avec une boîte d’allumettes… Le Maroc aux Marocains… Ils avaient les comptes, mais pas le Maroc… Wa Assalamou Alaikoum wa Rahmatou Allah.












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