C’est le cas en 2030 : le Maroc et l’Espagne veulent tous les deux, avec des arguments sérieux, se porter candidats.
Les informations les plus folles et les comportements les plus hystériques se sont multipliés depuis, et Sebta, une enclave espagnole en Afrique, est devenue le nouveau drapeau du nationalisme ibérique. Sebta n’est pas une colonie selon les critères historiques de la colonisation.
Elle n’est pas non plus européenne sur le plan géographique. C’est un vestige de la chute des empires musulmans en Andalousie et cela a longtemps été une source de difficultés pour le développement économique de la région nord du Maroc.
Son statut de zone franche a, en effet, empêché tous les investissements dans la région. Même les touristes marocains, en partance pour l’Espagne, privilégiaient le port de Sebta au port de Tanger. Il fallait inverser cette tendance.
Le Maroc l’a fait au cours des vingt dernières années. Il a d’abord fermé les postes douaniers, investi dans les infrastructures routières, développé le port de Tanger Med, dont le chiffre d’affaires dépasse de très loin celui du port d’Algésiras, et ouvert un certain nombre d’usines dans tout l’arrière-pays.
On pensait que c’était suffisant ; c’était sans compter sur le retard accumulé, de ce côté de la Méditerranée, depuis 70 ans.
L’écart de développement entre le Nord et le Sud global est encore, et pour longtemps, énorme.
Les pays européens, contrairement aux apparences, ne veulent pas d’un Maroc prospère en mesure de les concurrencer. Ils donnent souvent d’une main ce qu’ils reprennent de l’autre. Ils ouvrent leurs marchés, mais très vite ils rajoutent des règlements pour rendre cette ouverture caduque.
Le Maroc en souffre, mais sa responsabilité est également engagée. Son bilan social est largement déficitaire, tant sur l’éducation que sur la santé. Les inégalités y sont importantes et elles se creusent.
Les réformes engagées au niveau de l’éducation ne produiront des effets qu’en 2031, à condition de généraliser la réforme des écoles pionnières.
La construction des CHU régionaux et la généralisation de l’AMO ne seront efficaces que si le personnel médical est motivé par des conditions de travail à la hauteur. La justice aussi contribue à freiner le développement ; elle attend sa réforme.
Il n’empêche : le Maroc a fait le bon choix de l’ancrage dans la chaîne de production mondiale.
Cette dernière a octroyé des dons, des crédits et participé à la mise à niveau de l’économie espagnole et au renforcement de ses institutions. Ce coup de pouce, l’Espagne le refuse au Maroc.
L’exemple du football est édifiant. Elle a « permis » au Maroc de faire partie des candidats à l’organisation du Mondial, mais refuse qu’il « postule » à l’organisation de la finale. Toute la communauté sportive, médiatique et politique espagnole est mobilisée à cet effet, non pas pour soutenir Madrid, ce qui est parfaitement légitime, mais pour dénigrer le Maroc.
Certains d’entre eux brandissent l’arme du chantage et la menace de retrait de l’Espagne s’ils n’obtiennent pas satisfaction. On est tombé bien bas.
Encore une fois, la candidature de Madrid est légitime et dispose d’arguments incontestables.
Le Maroc a choisi de faire du football un axe de développement pour sa jeunesse. Il a beaucoup investi :
1.Dans les infrastructures. Le stade Hassan II, en construction dans la région de Casablanca, est un bijou d’architecture, une merveille technologique, avec un système de climatisation unique au monde. C’est de plus une réalisation entièrement marocaine, ce qui permet de promouvoir l’entreprise nationale afin de lui ouvrir, à l’avenir, les portes des chantiers internationaux.
Ce sera également le stade le plus grand d’Afrique et d’Europe réunis. Il disposera, à l’ouverture prévue fin 2028 (date des votes), de 10 000 places VIP, dont 800 VVIP, une aubaine pour les sponsors qui galèrent pour offrir des places à leurs prestigieux clients.
2.Dans le sport, avec l’éclosion du football marocain dans toutes les catégories, hommes et femmes (U-17, U-20, U-23 et équipe première), y compris en futsal.
Le Maroc est champion du monde U-20, demi-finaliste et quart de finaliste des deux dernières Coupes du monde, et médaille de bronze des Jeux olympiques.
Il a en face de lui l’équipe championne du monde, l’Espagne, et le Portugal, deux équipes que l’équipe nationale marocaine a éliminées en 2022 au Qatar, faut-il le rappeler ?
On lui a longtemps reproché de profiter des centres de formation européens. Il est en train de renverser la tendance. Onze joueurs sur les vingt-neuf convoqués au prochain rassemblement de l’équipe nationale sont issus de l’Académie Mohammed VI ou de clubs comme le Wydad, le Raja ou Berkane.
Contrairement à toutes les théories stupides développées ici et là, l’enclave de Sebta n’a pas fait l’objet d’une « Marche verte bis » le 30 juillet dernier. Ceux qui ont voulu traverser la frontière ne voulaient pas en faire une ville marocaine ; au contraire, ils avaient pour projet d’accéder à l’Europe fantasmée, avec ses hôpitaux, ses écoles et ses emplois lucratifs.
Les cicatrices auront du mal à se refermer, en Espagne, mais au Maroc aussi. C’est dur de voir autant de jeunes désespérés de leur propre pays.
Mais ce n’est pas en développant un discours de haine qu’une solution émergera, bien au contraire. Le Maroc fait des efforts ; il a juste besoin qu’on le respecte et qu’on respecte ses efforts. Il ne demande pas de faveur, mais de la mémoire.
Par Bargach Larbi.












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