Une CAN qui déborde du stade et échappe à ses détracteurs
La 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations n’était pas censée être celle de tous les records. À écouter ses détracteurs habituels, la CAN devait rester un tournoi régional, bruyant, imparfait, parfois désorganisé, souvent caricaturé. Le terrain, lui, raconte une autre histoire. Brutale. Chiffrée. Difficile à contester.
BeIN Sports, diffuseur historique de la compétition, a enregistré les meilleures audiences de son histoire lors de la demi-finale Maroc–Nigeria. Les estimations évoquent près de 200 millions de téléspectateurs cumulés. Ce chiffre, à lui seul, interroge. Il dépasse de loin les cercles traditionnels des amateurs de football africain. Il inclut des publics qui, jusqu’ici, regardaient la CAN de loin, parfois avec condescendance, souvent avec indifférence.
Le Maroc, pays hôte, est évidemment au centre de cette exposition. Mais réduire cette vague à un simple effet de patriotisme serait une lecture paresseuse. Le phénomène est plus large. Il touche l’Afrique dans sa diversité, ses diasporas, et une jeunesse mondiale qui consomme le sport comme un objet culturel total, pas comme un simple résultat de match.
La CAN 2025, au Maroc, agit comme un révélateur. Elle montre ce que le football africain est devenu, mais aussi ce qu’il n’a pas encore pleinement assumé.
BeIN Sports, diffuseur historique de la compétition, a enregistré les meilleures audiences de son histoire lors de la demi-finale Maroc–Nigeria. Les estimations évoquent près de 200 millions de téléspectateurs cumulés. Ce chiffre, à lui seul, interroge. Il dépasse de loin les cercles traditionnels des amateurs de football africain. Il inclut des publics qui, jusqu’ici, regardaient la CAN de loin, parfois avec condescendance, souvent avec indifférence.
Le Maroc, pays hôte, est évidemment au centre de cette exposition. Mais réduire cette vague à un simple effet de patriotisme serait une lecture paresseuse. Le phénomène est plus large. Il touche l’Afrique dans sa diversité, ses diasporas, et une jeunesse mondiale qui consomme le sport comme un objet culturel total, pas comme un simple résultat de match.
La CAN 2025, au Maroc, agit comme un révélateur. Elle montre ce que le football africain est devenu, mais aussi ce qu’il n’a pas encore pleinement assumé.
Diasporas africaines : le moteur invisible de l’audience mondiale
Ce sont elles qui ont fait exploser les compteurs. Les diasporas africaines, longtemps cantonnées au rôle de publics périphériques, se sont réapproprié la CAN avec une intensité nouvelle. Elles ne regardent plus seulement les matchs. Elles se déplacent. Elles occupent les stades. Elles organisent des projections collectives. Elles transforment chaque rencontre en événement social.
À Paris, Londres, Bruxelles, Montréal ou Milan, les cafés et les bars sont pleins. Les salles de cinéma s’y mettent. Le Rex, à Paris, annonce la diffusion de la finale. Un symbole fort. La CAN n’est plus confinée aux écrans domestiques ou aux chaînes spécialisées. Elle investit l’espace public.
Ce mouvement est porté par une génération bien précise : celle des binationaux, des enfants d’immigrés, des Afro-descendants qui ne veulent plus choisir entre deux appartenances. Pour eux, la CAN devient un moment de transmission, presque un rituel. On y emmène les enfants. On y raconte des histoires familiales. On y affirme des racines sans renoncer à une identité européenne ou nord-américaine.
Le Maroc, de par sa position géographique, historique et culturelle, joue ici un rôle singulier. Il est à la fois africain, méditerranéen, arabe, amazigh, ouvert sur l’Atlantique et l’Europe. Cette pluralité, souvent instrumentalisée dans les discours politiques, trouve dans la CAN une expression populaire, spontanée, parfois désordonnée, mais terriblement efficace.
À Paris, Londres, Bruxelles, Montréal ou Milan, les cafés et les bars sont pleins. Les salles de cinéma s’y mettent. Le Rex, à Paris, annonce la diffusion de la finale. Un symbole fort. La CAN n’est plus confinée aux écrans domestiques ou aux chaînes spécialisées. Elle investit l’espace public.
Ce mouvement est porté par une génération bien précise : celle des binationaux, des enfants d’immigrés, des Afro-descendants qui ne veulent plus choisir entre deux appartenances. Pour eux, la CAN devient un moment de transmission, presque un rituel. On y emmène les enfants. On y raconte des histoires familiales. On y affirme des racines sans renoncer à une identité européenne ou nord-américaine.
Le Maroc, de par sa position géographique, historique et culturelle, joue ici un rôle singulier. Il est à la fois africain, méditerranéen, arabe, amazigh, ouvert sur l’Atlantique et l’Europe. Cette pluralité, souvent instrumentalisée dans les discours politiques, trouve dans la CAN une expression populaire, spontanée, parfois désordonnée, mais terriblement efficace.
La CAN comme scène mondiale des identités culturelles
Ce qui frappe, au-delà des scores et des statistiques, ce sont les images. Elles circulent en continu sur Instagram, TikTok, X ou YouTube. Des supporters drapés dans des drapeaux africains, mais vêtus de tenues hybrides. Des maillots de football portés avec des djellabas, des boubous, des vestes de créateurs. Des crampons posés sur des tapis berbères.
Le média culturel Ancré résume bien cette mutation : « Jamais on n’avait vu autant de maillots de foot sur des tenues traditionnelles, ni autant de symboles africains revendiqués sans complexe dans des espaces mondialisés. » La formule n’est pas exagérée. La CAN est devenue une scène de représentation des identités cosmopolites africaines.
Les créateurs de contenu y jouent un rôle central. Ils filment les tribunes, les coulisses, les rues marocaines. Ils racontent la CAN comme on raconte un festival. Le football reste le cœur, mais autour gravitent la mode, la musique, l’humour, la mémoire.
Les célébrités amplifient ce phénomène. Youssoupha, Burna Boy, Angélique Kidjo, Gad Elmaleh, Jamel Debbouze… Leur présence n’est pas anodine. Elle ancre la CAN dans une culture populaire globale. Même des figures planétaires comme Kylian Mbappé, évoquant ses origines camerounaises, ou Zinédine Zidane, venu voir son fils porter le maillot algérien, participent à cette narration mondiale. Ces images font le tour du monde. Elles disent quelque chose de l’Afrique contemporaine, loin des clichés figés.
Le média culturel Ancré résume bien cette mutation : « Jamais on n’avait vu autant de maillots de foot sur des tenues traditionnelles, ni autant de symboles africains revendiqués sans complexe dans des espaces mondialisés. » La formule n’est pas exagérée. La CAN est devenue une scène de représentation des identités cosmopolites africaines.
Les créateurs de contenu y jouent un rôle central. Ils filment les tribunes, les coulisses, les rues marocaines. Ils racontent la CAN comme on raconte un festival. Le football reste le cœur, mais autour gravitent la mode, la musique, l’humour, la mémoire.
Les célébrités amplifient ce phénomène. Youssoupha, Burna Boy, Angélique Kidjo, Gad Elmaleh, Jamel Debbouze… Leur présence n’est pas anodine. Elle ancre la CAN dans une culture populaire globale. Même des figures planétaires comme Kylian Mbappé, évoquant ses origines camerounaises, ou Zinédine Zidane, venu voir son fils porter le maillot algérien, participent à cette narration mondiale. Ces images font le tour du monde. Elles disent quelque chose de l’Afrique contemporaine, loin des clichés figés.
Le Maroc, gagnant réel et symbolique… mais jusqu’où ?
Et, maintenant. Car l’euphorie ne doit pas tout masquer. Le Maroc bénéficie clairement de cette dynamique. Il gagne en visibilité, en soft power, en crédibilité organisationnelle. Les stades sont pleins. La logistique tient. La sécurité est maîtrisée. L’accueil est salué par de nombreuses délégations étrangères.
Mais une question demeure, insistante : cette réussite est-elle structurelle ou conjoncturelle ? Autrement dit, le Maroc est-il en train de bâtir un modèle durable autour du sport, de la culture et de la diaspora, ou capitalise-t-il simplement sur un moment exceptionnel ?
La CAN 2025 a offert une vitrine. Encore faut-il transformer l’essai. Investir dans les infrastructures de proximité. Soutenir les industries culturelles locales. Accompagner les talents, sportifs ou créatifs, au-delà de l’événement. Sans cela, l’élan risque de retomber, comme tant d’autres avant lui.
Mais, il faut reconnaître aussi que le Maroc n’aborde pas cette CAN en terrain vierge. Le pays a déjà expérimenté les grands événements, du Mondial des clubs aux compétitions continentales. Il s’inscrit aussi dans une vision plus large, celle d’un Maroc ouvert, stable, ancré dans une monarchie constitutionnelle qui mise sur la jeunesse, l’innovation et la diplomatie culturelle.
Mais une question demeure, insistante : cette réussite est-elle structurelle ou conjoncturelle ? Autrement dit, le Maroc est-il en train de bâtir un modèle durable autour du sport, de la culture et de la diaspora, ou capitalise-t-il simplement sur un moment exceptionnel ?
La CAN 2025 a offert une vitrine. Encore faut-il transformer l’essai. Investir dans les infrastructures de proximité. Soutenir les industries culturelles locales. Accompagner les talents, sportifs ou créatifs, au-delà de l’événement. Sans cela, l’élan risque de retomber, comme tant d’autres avant lui.
Mais, il faut reconnaître aussi que le Maroc n’aborde pas cette CAN en terrain vierge. Le pays a déjà expérimenté les grands événements, du Mondial des clubs aux compétitions continentales. Il s’inscrit aussi dans une vision plus large, celle d’un Maroc ouvert, stable, ancré dans une monarchie constitutionnelle qui mise sur la jeunesse, l’innovation et la diplomatie culturelle.
Une Coupe « cool » ? Peut-être. Une Coupe stratégique, sûrement.
La rumeur circule déjà : à partir de 2028, organisée tous les quatre ans, la CAN pourrait devenir « la Coupe la plus cool du monde ». L’expression amuse, séduit, mais mérite d’être interrogée. Cool pour qui ? Selon quels critères ? Et à quel prix ?
Si « cool » signifie inclusive, créative, populaire, connectée aux diasporas, alors oui, la CAN est sur cette trajectoire. Si cela veut dire folklorisée, vidée de ses enjeux sportifs et économiques, alors le danger est réel.
Le défi est là. Pour le Maroc. Pour la CAF. Pour l’Afrique du football. Transformer un succès d’audience en projet durable. Faire de la CAN un levier de développement, pas un simple spectacle consommé puis oublié.
Le Maroc est en finale. Mais sur un autre terrain, plus discret, il joue déjà un match décisif : celui de la cohérence entre ambition, image et réalité.
Si « cool » signifie inclusive, créative, populaire, connectée aux diasporas, alors oui, la CAN est sur cette trajectoire. Si cela veut dire folklorisée, vidée de ses enjeux sportifs et économiques, alors le danger est réel.
Le défi est là. Pour le Maroc. Pour la CAF. Pour l’Afrique du football. Transformer un succès d’audience en projet durable. Faire de la CAN un levier de développement, pas un simple spectacle consommé puis oublié.
Le Maroc est en finale. Mais sur un autre terrain, plus discret, il joue déjà un match décisif : celui de la cohérence entre ambition, image et réalité.












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