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Le RNI a décidé, ce sera Mohammed Chaouki. Chaou...qui ?


Par Aziz BOUCETTA

Et finalement, après 15 jours d’un suspense très supportable, le RNI, les Marocains et le monde connaissent le nom du successeur d’Aziz Akhannouch à la tête du RNI. Ce sera Mohammed Chaouki (prononcez chaou-ki), et Mohammed Chaouki est l’actuel chef du groupe parlementaire du RNI à la Chambre des représentants. Il a été adoubé par le Bureau politique du parti pour se lancer, seul, dans la course à la succession de M. Akhannouch.



Mohammed Chaouki est considéré comme le protégé de l’encore président du RNI Aziz Akhannouch ; de 2020 à 2024, il a été administrateur d’Afriquia Gaz, l’une des entreprises du groupe Akwa et, bien qu’il ne soit qu’à son premier mandat de député, il s’est hissé à la tête de la cohorte des députés RNI.

Mohammed Chaouki est inconnu du grand public, mais aussi de Google qui donne de lui des informations a minima. On sait en revanche qu’il est diplômé d’al Akhawayne, qu’il a « milité » dans un autre parti avant le RNI, et qu’il est un expert financier connu et reconnu dans son domaine.
 

Cela ne fait pas pour autant de lui un chef de parti expérimenté, et il ne sera chef de parti que par la volonté, la grâce et le bon vouloir du président sortant Aziz Akhannouch… président sortant mais en quelque sorte maintenu, puisque c’est son protégé qui lui succédera. 


De quoi tout cela est-il le nom ?

Le RNI a décidé, ce sera Mohammed Chaouki. Chaou...qui ?
1/ Les ténors et les cadors du parti sont marginalisés. D’autres noms pouvaient prétendre à la présidence du RNI, bien plus anciens, bien plus légitimes, bien plus connaisseurs des arcanes du parti et des coulisses politiques.

Après neuf ans passés à la présidence du RNI, Aziz Akhannouch apporte la preuve qu’il a fait de ce parti « son » parti, qu’il y a placé ses poulains, ses protégés, et qu’au final, il n’a que mépris pour les « historiques » de sa formation.

Il y a de fortes chances qu’avec Mohammed Chaouki, les choses demeurent ainsi, avec un président effectif hors champ et un proxy interne pour le maintenir dedans.

2/ Une candidature unique coupable. Quinze jours après le coup de tonnerre de l’annonce du départ totalement imprévu d’Aziz Akhannouch, nous avons droit à un nom de candidat, un seul nom.

Les anciens et vieux cadres du parti n’ont-ils donc aucune ambition ? Comment peut-on se proclamer homme ou femme politique pour n’avoir aucune ambition ? Où sont-ils plutôt résignés, écrasés ?…

Et puis, à supposer même que ce soit le cas, qu’il n’y ait pas chez les Anciens des ambitions sérieuses, le RNI n’a-t-il donc pas un, deux, trois cadres qui auraient pu concourir, ne serait-ce que pour donner le change et installer une illusion de démocratie interne ? Si le Bureau politique en a décidé autrement, c’est qu’il a aussi décidé de montrer qu’au sein du RNI, l’unanimité prévaut.

Sauf qu’un parti n’est pas une secte, où le gourou est seul et indiscutable, ni un clan, qui met tout le monde d’accord… Le signal envoyé par le politburo du RNI est donc négatif : il n’y a pas de démocratie interne, et c’est voulu !

3/ Retour au statut pré-Akhannouch. Le RNI, depuis sa naissance, fut un parti d’appoint. A l’arrivée d’Aziz Akhannouch à sa tête, il devenu parti coup de poing, parti offensif, agressif, qui a durement travaillé et rudement bataillé pour enlever la pole position aux élections, et donc la présidence du gouvernement.

Il fallait bouter le PJD hors du système institutionnel et le RNI d’Aziz Akhannouch y est parvenu, réussissant ce que le PAM avait échoué à faire en 2016. Sa mission électorale remplie, il en avait une autre : doter le pays de cadres réglementaires et de lois pour avancer.

Cela aussi ayant été fait, pas toujours bien fait mais fait quand même, le RNI peut revenir à son statut historique, faiseur (et tombeur) de majorités. Une sorte de variable d’ajustement où il excelle, apportant des compétences au besoin, les recrutant si besoin, voire les propulsant en son nom dans les gouvernements.


Il est strictement impossible à un nouveau cadre comme Mohammed Chaouki de conduire le RNI là où son illustre prédécesseur l’a mené.

Il lui manque l’expérience politique, la notoriété populaire, les moyens financiers et la logistique.

Là où Aziz Akhannouch pouvait se prévaloir d’amitiés haut placées, M. Chaouki n’a que celle de son chef au parti à afficher ; là où Aziz Akhannouch pouvait s’appuyer sur des fidèles que dix ans au gouvernement, à l’Agriculture, procurent, M. Chaouki ne peut compter que sur un seul et unique mandat de parlementaire.

Là où Aziz Akhannouch pouvait s‘appuyer sur une solide expérience politique et sur son instinct de survie dans des gouvernements hostiles, M. Chaouki a eu « la vie facile », membre du parti dominant et membre du clan dominateur.

Et maintenant, que vont-ils faire ? Les caciques du parti, ceux qui l’ont fait, ceux qui lui ont donné une âme, ceux qui l’ont porté dans les grands et les mauvais moments, doivent être un peu égarés aujourd’hui, décontenancés, dépités.

En 2017, à l’arrivée de M. Akhannouch, ils ont perdu l’histoire de leur parti, accaparée par le nouvel arrivant, et aujourd’hui, voilà qu’ils perdent la main sur le sort de leur formation.

C’est un peu comme si, en 2017, Aziz Akhannouch s’était introduit dans les entrailles du RNI, puis l’a vidé de sa substance et de ses forces vives pour les remplacer enfin par les siens ; le RNI ancien a disparu, le RNI nouveau est arrivé.


M. Akhannouch, grand capitaine d’indutrie, agit en conquérant, en tycoon qui veut tout avoir, tout posséder.

Il a lancé une vaste OPA (Offensive politique d’acquisition) sur le RNI, y a placé ses gens, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, dans les territoires et dans les organes, et ce faisant, il a étouffé toute velléité d’autonomie ou de résurrection des Anciens.

Aujourd’hui, il sera très difficile à M. Chaouki de rééditer l’exploit électoral de son grand prédécesseur.

Sa désignation qui deviendra le 7 février une élection est un signal aux challengers qui se mortifaient d'inquiétude face au puissant RNI : le PAM et l’Istiqlal peuvent maintenant respirer, car ils peuvent désormais espérer ce qu’il leur était interdit du temps de M. Akhannouch.
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Jeudi 29 Janvier 2026

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