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Le cas Abdellatif Ouahbi


Par Aziz Boucetta.

Il est encore ministre de la Justice et il fut secrétaire général du PAM durant quelques années ; aujourd’hui, il est chargé d’être le porte-parole officiel diplomatique du gouvernement, puisqu’il s’exprime clairement sur Sebta et Melilla, et qu’il le refait ans réaction du ministère des Affaires étrangères. Cet homme aura passé les cinq dernières années à dire et faire des choses, comme s’il ne relevait que de lui-même. Son bilan est assez intéressant à brosser.



Excellent orateur, toujours provocateur, rarement nuancé, un zeste d’arrogance et de suffisance…

Voilà la nature d’Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice et maire de Taroudant depuis 2021, secrétaire général du PAM de 2020 à 2024.

Il a beaucoup fait comme ministre, très peu, voire rien réalisé en tant que maire de sa ville natale, ainsi qu’il l’a lui-même reconnu dans une récente vidéo où il a admis avoir beaucoup réfléchi ces dernières années pour en arriver à la conclusion que le développement de Taroudant nécessitait de l’argent, qu’il vient d’obtenir.

Me Ouahbi est candidat législatif dans sa bonne ville de Taroudant.
 

A la tête du ministère de la Justice depuis 2021, il a incontestablement essayé de secouer le cocotier. L’histoire retiendra que c’est lui qui a œuvré à réformer les codes de procédure pénale et de procédure civile. Il a également fait adopter la loi sur la profession d’avocat et bien d’autres choses.

Mais le problème d’Abdellatif Ouahbi est… Abdellatif Ouahbi ! Son ego ahurissant lui a permis de réaliser ces réformes mais, dans le même temps, l’aura desservi en le rendant sourd aux conseils, aux contestations et au dialogue. Il n’aura toutefois pas réussi à réformer le code pénal.
 

Abdellatif Ouahbi a été désavoué tour à tour par le Médiateur pour l’affaire de l’examen d’aptitude à la profession d’avocat, puis par la Cour constitutionnelle pour certains articles du code de procédure civile, puis par les barreaux du Maroc pour sa loi sur les avocats, puis enfin par son propre allié président de la Chambre des représentants qui a soumis ce dernier texte à l’appréciation de la Cour constitutionnelle, doutant semble-t-il de sa constitutionalité.

Ce n’est que suite ou grâce à un incroyable imbroglio juridique et à une improbable incertitude réglementaire que ladite loi n’a pas été retoquée par la Cour !

Mais Me Ouahbi quittera ses fonctions (à moins qu’il n’y soit reconduit) avec des tribunaux à l’arrêt ou en très fort ralentissement d’activité en raison de la grève des avocats suite à l’adoption de la loi les concernant.


On retiendra néanmoins du passage de Me Ouahbi au ministère de la Justice cette loi qui introduit les peines alternatives.

Le cas Abdellatif Ouahbi
 

Il s’agit d’une extraordinaire avancée dans la construction de l’Etat de droit, un Etat qui n’emprisonne pas à tour de bras, où la privation de liberté serait l’étape ultime quand elle devient incontournable.

Le problème est que cette loi semble s’ajouter et s’accumuler à d’autres, dans des tiroirs. Le dernier cas est la condamnation à la prison ferme d’une influenceuse à Marrakech.
 

Abdellatif Ouahbi est l’homme des saillies grinçantes et des déclarations à l’emporte-pièce.

On se souviendra de son agressivité à l’égard d’un délégué régional du ministre de la Culture auquel il a crié qu’ « il travaille avec les services et qu’il connaît la couleur de ses chaussettes », ou à ces journalistes qu’il a provoqué en affirmant, menton haut, que « son fils a un père qui lui permet d’étudier au Canada », et d’autres joyeusetés du genre.

Il est également passé à la postérité comme étant ce ministre de la Justice qui a commis une indélicatesse en procédant à un don hautement sous-évalué à un membre de sa famille, sans être inquiété par personne.

Et il ne s’est pas fait de amis parmi ses confrères quand, deux mois après son arrivée au ministère de la Justice, il avait déclaré que « 95% des avocats au Maroc ne déclarent que 10.000 DH par an à l’administration fiscale » ; il y a des vérités qu’il ne faut pas toujours révéler…
 

Mais que lui est-il arrivé pour quitter sa fonction de secrétaire général du PAM, en février 2024 ? Il a laissé planer le suspense jusqu’à la dernière seconde… peut-être parce que lui-même ignorait encore son sort, jusqu’à la dernière seconde.

Dans toute organisation humaine, il est connu qu’on ne change pas une équipe qui gagne ; or, le PAM, après douze ans d’opposition, est entré au gouvernement par la grande porte en 2021, sous la conduite d’Abdellatif Ouahbi.

Pourquoi alors est-il parti, alors même que le PAM n’avait pas de plan B pour lui succéder, d’où cette curieuse troïka qui préside aujourd’hui à sa destinée ?

On dit, on murmure, on chuchote que c’est en raison de l’affaire Naciri/Bioui, le tandem de dirigeants du PAM, arrêtés, jugés et lourdement condamnés, alors même que Me Ouahbi était leur conseil et leur chef de parti (les deux sont, ou étaient, PAM).

On dit aussi que c’est à cause de ses sorties de route verbales et de son caractère provocateur… On dit tellement de choses, le résultat est le même. تعددت الأسباب والإ(ست)قالة  واحدة.

Et au final, que M. Ouahbi soit élu ou non, que retiendra-t-on de son passage au gouvernement, à la tête du département de la Justice ?

Certaines bonnes décisions assurément, comme les peines alternatives, une certaine audace à bien nommer les choses, et une présence médiatique pour expliquer ces mêmes choses ; l’homme est aussi courageux qu’ombrageux, talentueux qu’impétueux, mais son atout principal, le verbe, est aussi sa faiblesse principale, son talon d’Achille.


Et on retiendra aussi, et peut-être même surtout, sa totale inaction en matière de moralisation de la vie publique et politique :

Rien sur la corruption, rien sur l’enrichissement illicite, rien sur le conflit d’intérêt. On retiendra aussi sa loi affaiblissant singulièrement le statut de l’avocat et donc, conséquemment, la force de la défense des citoyens.

On retiendra également son interdiction faite à la société civile d’attaquer en justice des responsables publics soupçonnés de mauvaise gestion, de mauvaise gouvernance, de mauvaises pratiques.
 

Abdellatif Ouahbi aurait pu être une révélation politique, un homme d’Etat en devenir, un « zaïm » pour l’avenir. Son ego en a décidé autrement.
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Mercredi 2 Septembre 2026

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