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Le revirement d’Alger sur le Sahara marocain : aveu diplomatique ou repositionnement stratégique maladroit ?


Par Aziz Daouda : Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique.



La récente déclaration du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, n’est pas passée inaperçue. Le ton est Solennel, le rythme haché et l'accent appuyé. Le moment semble grave.

En affirmant d'emblée que l’objectif de son pays a toujours été de favoriser des négociations entre « les parties concernées », à savoir selon lui le Maroc et le Polisario, tout en présentant l’Algérie comme un simple voisin et observateur aux côtés de la Mauritanie, Attaf tente manifestement de redéfinir le rôle de son pays dans le dossier du Sahara.

Ce propos, certainement destiné à l’opinion publique algérienne, contredit la réalité. L’Algérie participe bel et bien en tant que partie, au même titre que la Mauritanie. Cette posture soulève de nombreuses interrogations, tant elle apparaît en contradiction la suite du discours et plus encore avec plusieurs décennies d’implication politique, militaire, diplomatique et logistique de l’Algérie dans ce conflit régional artificiel. Une implication difficile à nier tant les preuves sont tangibles.

Depuis les années 1970, l’Algérie a été le principal soutien, par certains aspects unique appui, du Polisario. Le mouvement séparatiste a bénéficié, sur le territoire algérien, d’un sanctuaire politique et militaire à Tindouf, d'une terre de repli, d’un soutien financier, d’un armement conséquent ainsi que d’un appui diplomatique constant dans les organisations internationales. Le chef du Polisario ne se gêne d’ailleurs pas à se déplacer à bord d’un avion arborant l’écusson officiel de l’Algérie. Même les ministres du gouvernement ne se déplacent pas ainsi...

Pendant longtemps, Alger a présenté cette implication comme un simple soutien au «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». Pourtant, les faits historiques témoignent d’un engagement bien plus profond. Les affrontements d’Amgala en 1976 en constituent un épisode révélateur. Le Maroc avait alors capturé des militaires algériens, dont le célèbrissime Chengriha, engagés directement aux côtés des combattants du Polisario, provoquant une grave tension entre les deux pays. La question demeure: que faisaient-ils à Amgala ? Hassan II en fera cadeau.

Dans ce contexte, la tentative actuelle de réduire l’Algérie à un rôle d’«observateur» apparaît difficilement crédible. Aucun observateur sérieux du dossier n'ignore que le Polisario dépend exclusivement de l’appui algérien pour sa survie politique et militaire.

Le contexte international a profondément évolué et l'Algérie en prend douloureusement conscience. Si cette déclaration intervient aujourd’hui, ce n’est probablement pas par hasard. Le rapport de force diplomatique évolue en faveur du Maroc.
La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020 a constitué un tournant majeur. Depuis, plusieurs pays influents ont adopté des positions de plus en plus proches du plan marocain d’autonomie, considéré par un nombre croissant de capitales comme la solution la plus réaliste et pragmatique.

Dans ce contexte, Alger semble désespérément chercher à se désengager d’un conflit devenu coûteux sur les plans diplomatique et économique. La multiplication des crises régionales au Sahel, auxquelles l’Algérie est souvent associée, les tensions avec plusieurs partenaires internationaux ainsi que les difficultés économiques internes, fragilisent davantage sa posture. L’Algérie traverse en effet une crise intérieure persistante, marquée par une situation sociale et économique délicate. Malgré ses importantes ressources gazières, le pays peine à transformer cette rente en développement durable. Inflation, pénuries périodiques, chômage des jeunes et perte de confiance dans les institutions alimentent un malaise profond. Si la guerre en Ukraine avait temporairement renforcé son levier énergétique vis-à-vis de l’Europe, cette marge de manœuvre s’est réduite avec la diversification des approvisionnements européens.

Dans ce contexte, le maintien d’un conflit gelé depuis près d’un demi-siècle représente un coût politique et financier de plus en plus difficile à assumer. Le Maroc lui, engrange des succès économiques et diplomatiques, notamment dans ses provinces du Sud.
La question de Tindouf devient sensible, irritante et particulièrement embrassante pour Alger. Les camps demeurent l’un des aspects les plus gênant du dossier. Depuis des années, plusieurs voix internationales réclament un recensement précis des populations qui y vivent, une demande régulièrement soutenue par le Maroc et systématiquement refusée par l’Algérie. Tindouf est un séquestre au vu du droit. Les populations qui y sont ne jouissent aucunement des droits de réfugiés.

De plus il est largement admis qu’une partie importante des populations des camps ne sont pas originaires du Sahara marocain, mais proviennent d’autres régions du Sahel et d'Algérie. L’absence persistante de recensement officiel alimente les interrogations sur la réalité démographique et sécuritaire de ces camps.

Pour Alger, cette question est d’autant plus délicate que le contexte sécuritaire au Sahel s’est fortement dégradé, avec la prolifération des groupes armés, des trafics transfrontaliers et des réseaux terroristes. Certains l’accusent même d’un rôle trouble dans certaines dynamiques régionales, notamment à la lumière des récents événements au Mali. Des éléments du Polisario y ont participé.
L’évolution récente du discours algérien peut être interprétée comme une tentative de préparer l’après-Polisario. En cherchant à se repositionner comme simple «observateur», Alger semble vouloir réduire sa responsabilité directe dans un conflit dont l’issue diplomatique paraît définitivement défavorable aux thèses séparatistes.

De son côté, le Maroc, serein et certain, continue de promouvoir son plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution unique et définitive. Ce projet gagne du terrain sur la scène internationale, porté par une diplomatie active et l’ouverture de nombreux consulats à Laâyoune et Dakhla.

Le Royaume considère désormais que toute solution réaliste devra s’inscrire dans ce cadre, excluant de facto l’option référendaire, devenue impraticable sur le terrain.

La déclaration d’Ahmed Attaf marque peut-être moins une rupture qu'une transition ou un ajustement imposé du discours officiel algérien face à une réalité géopolitique en mutation.

Après des décennies d’affrontement autour du Sahara, l’Algérie semble prendre acte du fait que le statu quo devient de plus en plus difficile à soutenir. Reste à savoir si cette évolution débouchera sur une réelle désescalade régionale ou s’il ne s’agit que d’une manœuvre tactique visant à préserver les apparences; Alger semblant privilégier jusqu’ici une stratégie d’ajournement.

Une chose paraît néanmoins acquise : le dossier du Sahara entre dans une nouvelle phase, où les rapports de force internationaux, les impératifs sécuritaires régionaux et les contraintes économiques internes pèseront davantage que les héritages idéologiques de la guerre froid



Vendredi 29 Mai 2026

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