Le soft power, c’est tout ou rien... sinon c’est dangereux !


Il est des moments où l’on peut penser que le Maroc vit dans une bulle… une bulle appelée Coué. De considérables ambitions de croissance, de grandes perspectives de développement, un ancrage incontestable dans les stratégies mondiales d’environnement (bien évidemment durable), une population jeune et prometteuse, une culture multiséculaire et une histoire ancienne, très ancienne…



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Par Aziz Boucetta

Le tout nous faisant rudement accroire à un soft power intéressant, voire puissant, mais qui en réalité demeure poussif. Car inexploité et brouillon !

Oh, selon le Soft Power Index 2022, le royaume est bien 3ème en Afrique en termes d’influence, et 46ème mondial, mais à scruter les choses dans le détail, nous restons, quand même, à la traîne, par rapport à nos ambitions de pays ayant compté dans le passé, voulant peser dans le présent et désireux de s’imposer dans le futur. Seulement, le Maroc ne se donne pas les moyens de son ambition, des moyens dont il dispose pour l’ambition qu’il se propose.

Or, il n’y a rien de plus dangereux pour un Etat que de vouloir compter dans le concert des nations sans qu’il n’en ait la capacité. Il sort ainsi de la zone qui lui a été affectée mais ne dispose pas de la puissance requise pour exister dans celle qu’il investit, et s’en trouve exclu, sans forcément pouvoir revenir à sa situation première. Il semblerait que le Maroc ait pris ce risque, mais il ne l’a pas (encore ?) perdu.

Que nous manque-t-il ? Une combinaison de hard et de soft power. Pour le premier, nous n’avons pour nous que la ressource naturelle du phosphate, que le Maroc, à travers OCP Group, a appris à utiliser, puis à optimiser, pour se projeter d’abord en Afrique, puis en Amérique latine, nouveau terrain de chasse d’à peu près tout le monde. Et c’est tout. Il reste le soft power qui, lui, est coupablement négligé… et non seulement négligé, mais donnant le sentiment d’être, par nous, surestimé.

Cela fait plusieurs années maintenant que le royaume entreprend de se projeter vers des ailleurs de plus en plus lointains, prenant le risque d’un grand écart en ouvrant des fronts nouveaux alors même que les anciens ne sont pas tout à fait maîtrisés. Ainsi donc de notre implication africaine. Le roi a entrepris une politique ambitieuse sur le continent mais elle tarde à être relayée par les autres institutions (politiques et diplomatiques, économiques et sportives, culturelles et cultuelles), créant un malaise auprès des concurrents que nous rencontrons.

Nous avons certes déployé un savoir-faire, mais nous tardons à le faire savoir, bien que nous disposions de tous les outils pour cela, une élite intellectuelle connue et reconnue, un secteur bancaire robuste, des moyens audiovisuels qui ne demandent qu’à s’étendre sur le continent pour faire entendre notre voix et permettre aux voix africaines de s’adresser aux Africains, une vaste et talentueuse communauté à l’étranger... Mais comme il n’existe pas chez nous de véritable stratégie de déploiement dans le monde (comme les Turcs, les Iraniens, les Israéliens…), le résultat de notre activisme international présente le risque d’aller à contresens de l’objectif affiché, avec autant de périls qu’un traitement médicamenteux entamé mais non achevé…

En conséquence, nous prêtons le flanc à bien des critiques pour défaut de communication et manque de persévérance et, depuis peu, nous sommes même exposés à des attaques venant essentiellement d’Europe et de certains pays de notre continent. Pour l’instant, la guerre non déclarée avec l’Algérie est gagnable et l’offensive déclenchée par la France est gérable, mais les deux semblant avoir fait cause commune contre nous, ils sont à même de chercher, et de trouver, d’autres pays qui les rejoignent, comme cela a été dernièrement le cas de la Tunisie de Kaïs Saïed.

En matière de soft power, nous avons tant à faire sur notre continent, mais nous ne le faisons pas, préférant nous disperser. Le Maroc se fonde ainsi sur sa très riche histoire, mais personne ou presque ne le sait en Afrique… il dispose de structures économiques solides, mais elles se projettent africainement en ordre dispersé… il a construit une diplomatie offensive et engagée, mais elle se révèle souvent plus offensante qu’engageante, pour manque de suivi et d’ouverture sur sa société… il a formé des élites intellectuelles, académiques et scientifiques, mais il les laisse partir vers le vaste monde…

Le Maroc a aujourd’hui besoin d‘une véritable stratégie de déploiement en Afrique, une stratégie inclusive avec des objectifs clairs, réalisables et atteignables, qui ne divergent pas et qui ne dispersent pas nos atouts et nos moyens. Il gagnerait à la concevoir et à en définir les contours et les moyens, à bas bruit, avant de la mettre en œuvre.

Dans le cas contraire, le royaume serait plus prudent de reprendre sa place habituelle de pays très moyen dans ce monde de plus en plus dangereux où les puissants n’aiment pas les intrus.

Rédigé par Aziz Boucetta sur PanoraPost



Mercredi 7 Septembre 2022


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