L"affaire Ceuta n’est pas le problème mais le révélateur.
Elle constitue désormais le troisième sommet d’un triangle social que le Maroc ne peut plus traiter par des réponses fragmentées : d’un côté, les NEET, ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation ; de l’autre, une génération Z connectée au monde, impatiente et de moins en moins disposée à attendre ; au troisième sommet, Ceuta, devenue dans certains imaginaires une porte de sortie immédiate vers l’Europe.
Ces trois réalités ne sont ni indépendantes ni accidentelles. Elles s’alimentent mutuellement jusqu’à former un engrenage.
Le jeune qui quitte prématurément l’école, sans qualification adaptée, risque de rejoindre les rangs des NEET. Le NEET, privé de revenu, de statut social et de perspective identifiable, finit par éprouver un sentiment d’inutilité, parfois même d’invisibilité. La génération Z, quant à elle, voit défiler chaque jour sur son téléphone des images de réussite rapide, de mobilité, de consommation et de liberté. Elle compare en permanence sa situation à celle d’autres jeunes, au Maroc comme à l’étranger.
Dans cet environnement, Ceuta devient moins une destination géographique qu’un raccourci mental : partir pour ne plus attendre.
Mais réduire ce phénomène à une simple question migratoire serait une grave erreur d’analyse. On peut renforcer la surveillance des frontières, multiplier les contrôles et démanteler les réseaux de passeurs. Ces mesures sont nécessaires. Elles ne supprimeront pourtant ni le chômage, ni le décrochage scolaire, ni le sentiment de déclassement.
De la même manière, dénoncer les réseaux sociaux, les rumeurs numériques ou les appels à la migration collective ne suffit pas. Ces instruments amplifient les frustrations, les manipulent parfois, mais ils ne les inventent pas. Derrière chaque vidéo virale et chaque fausse promesse de passage facile existe un terrain social qui rend le message crédible.
La véritable bataille se situe donc bien avant la frontière.
Elle se joue dans les écoles où certains élèves cessent progressivement de croire à l’utilité des études. Elle se joue dans les centres de formation qui ne débouchent pas toujours sur des emplois. Elle se joue dans les quartiers périphériques, les petites villes et les territoires où les jeunes voient peu de possibilités d’évolution. Elle se joue aussi dans les familles, confrontées à la vie chère, au chômage des enfants diplômés et à la difficulté croissante de financer l’autonomie des nouvelles générations.
Le prochain gouvernement aura donc un programme particulièrement chargé. Mais surtout, il devra comprendre que le triangle NEET–génération Z–Ceuta ne peut plus être traité par des ministères travaillant chacun dans son couloir.
Ce dossier concerne simultanément l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, l’investissement, la culture, le logement, le transport, le numérique, le sport, la sécurité et la politique territoriale. Il exige une stratégie interministérielle clairement pilotée, dotée d’objectifs mesurables et de responsabilités politiques identifiables.
La première urgence consiste à empêcher la production continue de nouveaux NEET. Cela suppose une école moins organisée autour de la sélection par l’échec, une orientation plus précoce et des formations réellement adaptées aux besoins économiques des territoires. Tous les jeunes ne suivront pas le même parcours académique. Mais aucun ne devrait quitter le système sans compétence, sans accompagnement et sans seconde chance.
La deuxième urgence consiste à offrir une issue concrète à ceux qui sont déjà sortis des radars. Il ne suffit pas de créer une succession de programmes aux appellations changeantes. Le vrai indicateur de réussite doit être simple : combien de jeunes quittent réellement le statut de NEET chaque année pour accéder à une formation qualifiante, à un emploi, à un projet entrepreneurial viable ou à une activité durable ?
Le prochain gouvernement devra publier ces résultats, région par région. Il devra dire combien de jeunes ont été contactés, formés, insérés, puis maintenus en activité après six mois ou un an. Sans transparence, les programmes publics deviennent trop facilement des catalogues d’intentions.
La troisième urgence consiste à parler à la génération Z dans son propre langage : celui des résultats visibles, des délais courts, de la transparence et de la participation. Cette génération ne rejette pas nécessairement son pays. Elle rejette surtout l’impression que l’avenir dépend davantage des relations, du lieu de naissance ou du hasard que de l’effort et du mérite.
Elle ne se satisfait plus des annonces dont les effets sont renvoyés à la fin du mandat. Elle juge presque immédiatement. Elle observe la qualité des services publics, les comportements des responsables, les possibilités offertes à ses proches et la manière dont les institutions répondent à ses préoccupations.
Il faudra enfin déconstruire le mirage de Ceuta, mais sans nier les difficultés marocaines.
L’Europe n’est ni un eldorado automatique ni une solution individuelle sans risques. Le passage de la frontière ne garantit ni l’emploi, ni le logement, ni la dignité. Mais ce discours ne pourra convaincre que si le Maroc propose parallèlement une perspective intérieure crédible.
On ne retient pas une jeunesse uniquement en lui expliquant que l’ailleurs est difficile. On la retient en rendant l’ici possible.
Cela signifie créer de la richesse avant de la distribuer, mais aussi mieux répartir les opportunités produites. Cela signifie encourager l’investissement, l’industrie, les petites et moyennes entreprises et l’innovation, tout en veillant à ce que la croissance débouche réellement sur des emplois accessibles aux jeunes.
Le Maroc social ne pourra progresser durablement sans un Maroc productif. Mais le Maroc productif perdra sa légitimité si la croissance laisse à l’écart une grande partie de sa jeunesse.
Le prochain gouvernement devra donc concilier deux impératifs souvent artificiellement opposés : la création de richesse et la justice sociale. Il ne s’agit pas de choisir entre l’entreprise et la protection sociale, entre l’investissement et l’égalité des chances. Il s’agit de créer davantage de valeur pour financer une politique sociale efficace, tout en garantissant que cette valeur ne reste pas concentrée entre quelques territoires, secteurs ou catégories.
Ceuta ne se réglera pas seulement à Ceuta. Elle se réglera dans les écoles, les entreprises, les centres de formation, les communes et les familles.
La frontière ne sera véritablement apaisée que lorsque l’horizon intérieur redeviendra plus attractif que la fuite.
Derrière chaque tentative de départ se trouve une question adressée au pays et à ses dirigeants : quelle place me proposez-vous ici ?
Le prochain gouvernement aura peu de temps pour y répondre. Car la génération Z n’attend plus les bilans de fin de mandat. Elle veut des preuves, des portes ouvertes et des chemins possibles.
Le triangle est désormais clairement identifié. Reste à ne pas transformer ses trois sommets en trois angles morts supplémentaires de l’action publique.
Ces trois réalités ne sont ni indépendantes ni accidentelles. Elles s’alimentent mutuellement jusqu’à former un engrenage.
Le jeune qui quitte prématurément l’école, sans qualification adaptée, risque de rejoindre les rangs des NEET. Le NEET, privé de revenu, de statut social et de perspective identifiable, finit par éprouver un sentiment d’inutilité, parfois même d’invisibilité. La génération Z, quant à elle, voit défiler chaque jour sur son téléphone des images de réussite rapide, de mobilité, de consommation et de liberté. Elle compare en permanence sa situation à celle d’autres jeunes, au Maroc comme à l’étranger.
Dans cet environnement, Ceuta devient moins une destination géographique qu’un raccourci mental : partir pour ne plus attendre.
Mais réduire ce phénomène à une simple question migratoire serait une grave erreur d’analyse. On peut renforcer la surveillance des frontières, multiplier les contrôles et démanteler les réseaux de passeurs. Ces mesures sont nécessaires. Elles ne supprimeront pourtant ni le chômage, ni le décrochage scolaire, ni le sentiment de déclassement.
De la même manière, dénoncer les réseaux sociaux, les rumeurs numériques ou les appels à la migration collective ne suffit pas. Ces instruments amplifient les frustrations, les manipulent parfois, mais ils ne les inventent pas. Derrière chaque vidéo virale et chaque fausse promesse de passage facile existe un terrain social qui rend le message crédible.
La véritable bataille se situe donc bien avant la frontière.
Elle se joue dans les écoles où certains élèves cessent progressivement de croire à l’utilité des études. Elle se joue dans les centres de formation qui ne débouchent pas toujours sur des emplois. Elle se joue dans les quartiers périphériques, les petites villes et les territoires où les jeunes voient peu de possibilités d’évolution. Elle se joue aussi dans les familles, confrontées à la vie chère, au chômage des enfants diplômés et à la difficulté croissante de financer l’autonomie des nouvelles générations.
Le prochain gouvernement aura donc un programme particulièrement chargé. Mais surtout, il devra comprendre que le triangle NEET–génération Z–Ceuta ne peut plus être traité par des ministères travaillant chacun dans son couloir.
Ce dossier concerne simultanément l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, l’investissement, la culture, le logement, le transport, le numérique, le sport, la sécurité et la politique territoriale. Il exige une stratégie interministérielle clairement pilotée, dotée d’objectifs mesurables et de responsabilités politiques identifiables.
La première urgence consiste à empêcher la production continue de nouveaux NEET. Cela suppose une école moins organisée autour de la sélection par l’échec, une orientation plus précoce et des formations réellement adaptées aux besoins économiques des territoires. Tous les jeunes ne suivront pas le même parcours académique. Mais aucun ne devrait quitter le système sans compétence, sans accompagnement et sans seconde chance.
La deuxième urgence consiste à offrir une issue concrète à ceux qui sont déjà sortis des radars. Il ne suffit pas de créer une succession de programmes aux appellations changeantes. Le vrai indicateur de réussite doit être simple : combien de jeunes quittent réellement le statut de NEET chaque année pour accéder à une formation qualifiante, à un emploi, à un projet entrepreneurial viable ou à une activité durable ?
Le prochain gouvernement devra publier ces résultats, région par région. Il devra dire combien de jeunes ont été contactés, formés, insérés, puis maintenus en activité après six mois ou un an. Sans transparence, les programmes publics deviennent trop facilement des catalogues d’intentions.
La troisième urgence consiste à parler à la génération Z dans son propre langage : celui des résultats visibles, des délais courts, de la transparence et de la participation. Cette génération ne rejette pas nécessairement son pays. Elle rejette surtout l’impression que l’avenir dépend davantage des relations, du lieu de naissance ou du hasard que de l’effort et du mérite.
Elle ne se satisfait plus des annonces dont les effets sont renvoyés à la fin du mandat. Elle juge presque immédiatement. Elle observe la qualité des services publics, les comportements des responsables, les possibilités offertes à ses proches et la manière dont les institutions répondent à ses préoccupations.
Il faudra enfin déconstruire le mirage de Ceuta, mais sans nier les difficultés marocaines.
L’Europe n’est ni un eldorado automatique ni une solution individuelle sans risques. Le passage de la frontière ne garantit ni l’emploi, ni le logement, ni la dignité. Mais ce discours ne pourra convaincre que si le Maroc propose parallèlement une perspective intérieure crédible.
On ne retient pas une jeunesse uniquement en lui expliquant que l’ailleurs est difficile. On la retient en rendant l’ici possible.
Cela signifie créer de la richesse avant de la distribuer, mais aussi mieux répartir les opportunités produites. Cela signifie encourager l’investissement, l’industrie, les petites et moyennes entreprises et l’innovation, tout en veillant à ce que la croissance débouche réellement sur des emplois accessibles aux jeunes.
Le Maroc social ne pourra progresser durablement sans un Maroc productif. Mais le Maroc productif perdra sa légitimité si la croissance laisse à l’écart une grande partie de sa jeunesse.
Le prochain gouvernement devra donc concilier deux impératifs souvent artificiellement opposés : la création de richesse et la justice sociale. Il ne s’agit pas de choisir entre l’entreprise et la protection sociale, entre l’investissement et l’égalité des chances. Il s’agit de créer davantage de valeur pour financer une politique sociale efficace, tout en garantissant que cette valeur ne reste pas concentrée entre quelques territoires, secteurs ou catégories.
Ceuta ne se réglera pas seulement à Ceuta. Elle se réglera dans les écoles, les entreprises, les centres de formation, les communes et les familles.
La frontière ne sera véritablement apaisée que lorsque l’horizon intérieur redeviendra plus attractif que la fuite.
Derrière chaque tentative de départ se trouve une question adressée au pays et à ses dirigeants : quelle place me proposez-vous ici ?
Le prochain gouvernement aura peu de temps pour y répondre. Car la génération Z n’attend plus les bilans de fin de mandat. Elle veut des preuves, des portes ouvertes et des chemins possibles.
Le triangle est désormais clairement identifié. Reste à ne pas transformer ses trois sommets en trois angles morts supplémentaires de l’action publique.












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