L'ODJ Média

lodj






Les PME face aux impératifs d’une croissance durable.


Par Abdeslam Seddiki.

Le rapport que vient de publier la CEPA (Commission économique pour l’Afrique) sur le renforcement de la résilience climatique en Afrique du Nord est d’une grande actualité et mérite d’être analysé et médité*.

Il s’adresse bien sûr en premier lieu aux décideurs des pays concernés en ciblant tout particulièrement les PME qui constituent plus de 90% du tissu productif. Ayant tiré profit des contributions du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), des rapports de la Banque Mondiale et d’autres institutions, et après avoir dressé un diagnostic sur chacun des pays inclus dans le groupe Afrique du Nord, la CEPA a élaboré une feuille de route en vue d’aider les PME à mieux s’adapter aux changements climatiques.

Les effets des changements climatiques peuvent être répartis entre tendances à long terme et chocs à court terme. Les tendances observées concernent les effets progressifs sur la disponibilité de l’eau, les températures et la dégradation des sols, tandis que les chocs recensés correspondent à des phénomènes climatiques extrêmes, tels que les inondations survenues en 2023 en Libye ou celles survenues au Maroc cette année.

Les tendances comme les chocs ont des effets économiques importants : les premières appellent des mesures d’adaptation, tandis que les seconds exigent des capacités de résilience.
Alors que les pays de l’Afrique du Nord sont extrêmement exposés aux risques climatiques, le modèle de développement en cours est caractérisé par une forte consommation de ressources et n’est pas durable.

Les entreprises doivent s’adapter en investissant dans les énergies renouvelables, les technologies efficientes et les pratiques durables. Elles doivent intégrer les considérations environnementales dans leurs activités, contribuant ainsi l’édification d’un avenir durable et résilient.



Dépasser la logique du profit.

Bien sûr, le défi que représentent les changements climatiques n’est pas le même pour tous les pays d’Afrique du Nord.

Bien qu’ils soient exposés aux mêmes menaces, leurs niveaux de développement et leurs structures économiques diffèrent.

Les pays dont l’économie moins diversifiée (Algérie, Libye), et les pays faiblement développés (Soudan, Mauritanie) sont les plus exposés. Et ce sont ces pays là qui n’ont rien fait jusqu’à présent pour intégrer la durabilité dans leur modèle de développement.

Aujourd’hui, le principal défi consiste à passer d’une approche à court terme, axée sur les profits, à des objectifs à long terme favorisant la stabilité des écosystèmes et la durabilité économique.

Cette transition suppose de remodeler les structures des entreprises et les cadres juridiques afin d’obtenir de meilleurs résultats.

Un aspect essentiel de cette transformation consiste à modifier les caractéristiques fondamentales des entreprises en les alignant sur ces objectifs plus larges, de manière à promouvoir la gouvernance d’entreprise durable. (ESG : Environmental, Social, and Governance.)

Le développement durable des entreprises va au-delà de leur responsabilité sociale ; il exige une transformation fondamentale des modèles d’entreprise afin de les aligner sur des systèmes économiques durables.

Il suppose un équilibre entre la direction et la gestion, de manière à obtenir des résultats à la fois à court et à long termes, tout en assurant la reddition de comptes au sein de l’entreprise et au-delà.

Une durabilité encore marginale.

La gouvernance d’entreprise durable est encore peu développée et peu diffusée en Afrique du Nord.

Le niveau moyen de responsabilité des entreprises concernant les critères ESG dans les économies nord-africaines reste faible. Seuls trois pays -Egypte, Maroc et Tunisie- ont une réglementions à ce sujet.

Dans l’ensemble, les pays de l’Afrique du Nord représentent de faibles performances en matière de durabilité. Les données établies par la Banque Mondiale classent ces pays au bas de l’échelle : 

- Maroc (-0,5), l’Égypte (-0,45) et la Tunisie (-0,18) présentent des scores inférieurs à ceux de pays plus performants tels que la Grèce (0,54), l’Ouzbékistan (0,52) et la Turquie (0,38).

L’incertitude entourant les changements climatiques, l’ampleur et la probabilité inconnues des chocs, ainsi que l’absence de préparation des sociétés face à des scénarios extrêmes, soulignent l’urgence de mettre en œuvre des stratégies efficaces d’atténuation des changements climatiques afin de prévenir des menaces existentielles pour les populations humaines et la biodiversité.

Il est absolument essentiel de concevoir une mesure alternative du bien-être afin de définir un nouvel objectif holistique pour les entreprises, qui englobe une amélioration sociale et environnementale plus générale.

La responsabilité environnementale et sociale d’une entreprise étant étroitement liée à son rôle dans la société, la redéfinition de ce rôle ne peut se faire indépendamment d’un objectif collectif. Il est donc impératif que la transformation de la gouvernance d’entreprise soit aussi efficace que possible du point de vue du bien-être collectif durable.

Cette transformation doit s’inscrire dans une nouvelle vision et un nouveau modèle économique.  Les indicateurs du PIB et du profit ne sauraient à eux seuls constituer des éléments de mesure du bien-être.

Une nouvelle vision de développement.

Pour faire face aux problèmes qu’affronte l’Afrique du Nord, tels que la dégradation des ressources en eau et des sols, la perte de biodiversité et l’utilisation relativement peu efficace des matériaux pour contribuer au bien-être, il devient urgent que la sous-région définisse une nouvelle vision du développement, conforme aux limites planétaires.

A cette fin, l’étude propose un certain nombre de recommandations dont notamment :

- Définir une vision collective au service d’un bien-être durable. Il convient de définir collectivement une nouvelle vision pour l’avenir, qui inclurait une mesure du bien-être ainsi que de nouveaux « objectifs de bien-être » alignés sur les « limites planétaires locales ».

-Sensibiliser davantage les acteurs économiques. Les entreprises et les citoyens manquent souvent d’informations sur les changements climatiques et ont donc besoin d’acquérir des connaissances générales et spécifiques (sectorielles, géographiques, etc.) sur ce phénomène et ses conséquences.

- Favoriser l’émergence d’un système de mesure de l’impact environnemental. Mesurer l’impact environnemental des entreprises est essentiel pour favoriser la durabilité. Il est essentiel de développer des méthodologies et des outils permettant d’évaluer en permanence l’impact des entreprises sur des dimensions aussi importantes que l’eau, les sols, la biodiversité et la pollution.

- Mettre en place des incitations commerciales pour promouvoir la durabilité, tant du côté de la demande que de celui de l’offre.

- Fixer le cap pour les entreprises. Chaque gouvernement doit établir une feuille de route avec des objectifs clairs pour parvenir à une transition durable. Cette feuille de route doit permettre aux entreprises de planifier et de prendre des décisions en ce qui concerne l’investissement, la production et d’autres activités. Les entreprises ont besoin d’une orientation claire et doivent bien comprendre l’évolution de l’économie.

- Accélérer la diffusion et l’adoption de pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. Il est important d’adopter dès le départ des pratiques exemplaires pour la conception des politiques de divulgation environnementale et d’aligner leur contenu sur les conditions locales ou sur les limites planétaires locales.

Il va sans dire que l’État joue un rôle essentiel en apportant un soutien public à l’élaboration, à l’adoption et à la diffusion de ces méthodologies et outils au sein de l’économie, en particulier pour aider les petites été moyennes entreprises qui peuvent manquer des compétences et des ressources nécessaires.

D’où la nécessité d’adopter la planification écologique.
                                                                          
*« Le rôle des petites et moyennes entreprises dans le renforcement de la résilience climatique en Afrique du Nord », publié par la Commission économique pour l’Afrique, Bureau sous-régional en Afrique du Nord, février 2026.

Par Abdeslam Seddiki.



Mardi 10 Mars 2026

La rédaction

Dans la même rubrique :
< >

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo