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Les attentes de 2026 : vivement une alternance démocratique !


Par Abdeslam Seddiki

La nouvelle année 2026 commence sous de meilleurs auspices que la précédente et est porteuse de beaucoup d’espoir pour notre pays. On soulignera pour ce début d’exercice une série de facteurs structurants qui nourrissent cet optimisme.

D’abord, les pluies bénéfiques qui ont abondamment arrosé l’ensemble du territoire national ont considérablement amélioré le taux de remplissage des barrages, atteignant un niveau inédit depuis le début de la décennie et augurant d’une année agricole exceptionnelle. Ensuite, l’organisation réussie de la Coupe d’Afrique des Nations en cours a mis notre pays au centre de l’actualité africaine et internationale en mettant en lumière l’hospitalité du peuple marocain ainsi que les capacités organisationnelles du Royaume.

Quelle que soit l’issue sportive de cette compétition, le Maroc en sortira gagnant. Enfin, l’année 2026 marquera la fin du mandat de l’actuel gouvernement, les nouvelles élections législatives étant prévues pour le mois de septembre prochain.

Des élections que nous appelons de nos vœux à s’inscrire dans cette dynamique positive que connaît notre pays. C’est justement cette problématique qui fera l’objet principal de notre présente chronique.

Nous estimons que les prochaines élections doivent déboucher sur une carte politique reflétant l’opinion publique réelle et répondant aux multiples attentes du peuple marocain, et particulièrement de sa jeunesse.

Notre pays a, en effet, accumulé des acquis considérables depuis la mise en place de « l’alternance consensuelle » et plus encore depuis l’accession du nouveau Roi au trône. En un quart de siècle de règne, le Maroc a connu des transformations profondes sur les plans politique, économique, et social. Ces évolutions sont manifestes pour quiconque accepte de les voir.

Certes, conformément aux lois d’évolution historique, tout processus de développement génère de nouvelles contradictions et ne suit jamais une trajectoire strictement linéaire. Ce qui explique la persistance d’un certain nombre de problématiques. Et c‘est précisément là qu’intervient le politique.



Mettre à niveau le politique.

Une analyse fine de la formation sociale marocaine fondée sur l’articulation des différentes instances économique, politique et idéologico-culturelle met en exergue une inadéquation manifeste entre l’instance économique et l’instance politique, au point que cette dernière pourrait constituer un facteur de blocage à la poursuite du développement économique.

Le fossé entre les deux instances s’est élargi avec l’actuel gouvernement qui a pratiquement mis en veille la problématique politique et démocratique.

Ce qui est « normal » de la part d’un gouvernement dirigé par des hommes d’affaires, porteurs d’une conception utilitariste du politique : une politique au service du capital et non plus du citoyen.

Ce qui nous amène à défendre une autre option plus utile pour notre pays et notre peuple. 

Elle consiste à préparer les conditions d’une véritable alternance du pouvoir avec une majorité de la gauche plurielle, plus à même de mettre en œuvre les Orientations Royales, de répondre aux attentes du peuple travailleur et de sa jeunesse, et de remettre le pays sur les rails du progrès social en parallèle du développement économique.

Un nouveau souffle démocratique.

L’on se souvient de l’élan d’enthousiasme qu’a suscité l’alternance dite consensuelle, laquelle a permis, pour la première fois dans l’histoire du Maroc - à l’exception de la parenthèse du gouvernement Abdellah Ibrahim (1958-1960) - à la gauche de diriger un gouvernement en la personne de Feu Abderrahmane Youssoufi. 

Le moment est venu de passer d’une alternance consensuelle à une « alternance démocratique » par les urnes, conformément à la constitution de 2011 qui diffère du texte en vigueur en 1998.

En effet, la constitution actuelle n’est pas antinomique au renforcement du processus démocratique.

C’est son application qui pose problème, à l’instar de plusieurs autres textes de loi faisant l’objet de violations systématiques, dans un climat de totale impunité. L’article premier du texte fondamental stipule : « Le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale. 

Le régime constitutionnel du Royaume est fondé sur la séparation, l’équilibre et la collaboration des pouvoirs, ainsi que sur la démocratie citoyenne et participative, et les principes de bonne gouvernance et de la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. » 

Tous les ingrédients sont réunis pour bâtir un Etat moderne et démocratique. Il faut simplement prendre la peine de relire le texte constitutionnel de temps à autre.  Et de veiller à son application.

Le Maroc a besoin d’un nouveau souffle démocratique pour redonner un élan réel à la vie politique et sortir du bricolage ambiant. Cela suppose un renouvellement des règles du jeu politique garantissant à la fois l’égalité des chances et la transparence.  A cette fin, l’ensemble des parties prenantes sont interpellées.

L’administration, en premier lieu, porte une responsabilité majeure dans le déroulement de l’opération.

Omniprésente, omnisciente et dotée de moyens considérables, elle dispose de toutes les capacités pour agir. Encore faut-il qu’elle le fasse dans une stricte impartialité et dans un traitement égal de tous les protagonistes. Ce qui, dans la pratique, n’est pas toujours le cas.

Les partis politiques ensuite. Ils sont appelés à se doter de critères clairs pour la sélection de leurs candidats, fondés sur une charte d’éthique. Malheureusement, des réticences persistent à ce niveau.

Car ce qui compte pour certains partis, et en premier lieu ceux situés à droite de l’échiquier politique, c’est d’avoir un candidat disposant d’un réseau relationnel étendu – y compris avec des milieux douteux, pour ne pas dire mafieux – et d’un compte bancaire bien garni. Ces milieux ne comptent que sur l’argent et sont prêts à payer le prix qu’il faudra !

Le citoyen enfin. Il doit exercer pleinement ses droits de citoyen en s’inscrivant sur les listes électorales et en participant massivement au vote. Qu’il se dise que le changement est possible : il s’effectue à travers les urnes. Le boudage fait le jeu des ennemis de la démocratie.

L’union de la gauche, voie de salut.

La gauche, généralement reconnue pour son intégrité et sa probité, n’a d’autre choix pour faire face aux forces de l’argent que de s’appuyer sur le militantisme et la mobilisation de la jeunesse.

À condition, toutefois, de sortir de sa dispersion chronique. L’expérience montre de par le monde qu’à chaque fois que la gauche s’unit elle pèse davantage dans le jeu politique.

C’est ce qui fait défaut à la gauche marocaine. Des tentatives sont en cours. On espère qu'elles aboutissent, dans l’intérêt de notre pays et de notre peuple.

Mais avant cela, des clarifications sont nécessaires. Il faut s’entendre sur un certain nombre de choix et sur la finalité des élections.  Entre une gauche de gouvernement et une gauche de contestation qui refuse par principe toute participation à la gestion des affaires du pays, il y a un grand fossé.

Il est temps pour cette gauche « radicale », de faire sa mue et de procéder à une véritable perestroïka si elle veut réellement être efficace et servir les intérêts des couches sociales qu’elle est censée représenter. 

C’est à cette condition, et à cette condition seulement, que la gauche marocaine pourra transformer le mécontentement populaire en victoire électorale.

L’union d’une gauche responsable et plurielle provoquerait une véritable onde de choc dans le paysage politique marocain. Le changement démocratique est possible.

Par Abdeslam Seddiki



Mardi 13 Janvier 2026


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