Dans les couloirs du Parlement à Rabat, début 2026, le ton était grave mais déterminé. Nabil Dakhch, député de la majorité, a mis en lumière une réalité que partagent de nombreux citoyens et professionnels du tourisme : la prolifération non contrôlée de locations saisonnières dans des centres urbains et zones touristiques très demandés. Ce phénomène, favorisé par des plateformes numériques qui relaient des offres sans supervision stricte, a créé un sentiment d’injustice concurrentielle vis-à-vis des hôtels et établissements classés, tout en déstabilisant l’expérience des visiteurs.
Face à cette alerte, Fatim-Zahra Ammor a expliqué que l’hébergement touristique dont la location saisonnière fait partie représente un maillon essentiel de l’économie marocaine, attirant des voyageurs du monde entier et générant des retombées pour les économies locales. « Notre ambition est de garantir des services sûrs, de qualité et respectueux des standards internationaux », a-t-elle souligné devant les députés.
Sur le plan juridique, l’ossature principale reste la loi n° 80.14 relative aux établissements touristiques, publiée au Bulletin officiel et complétée depuis 2023 par un décret d’application (n° 2.23.441), qui étend son champ à la location touristique via plateformes numériques comme Airbnb ou Booking. Cette législation exige notamment une autorisation préalable, des normes de sécurité et d’hygiène, une assurance valide ainsi que la déclaration électronique des clients.
Mais ce qui était jusque-là théorique doit désormais devenir opérationnel et contrôlable, affirme Ammor. C’est pourquoi le gouvernement s’emploie aujourd’hui à réviser la loi n° 11.16, qui encadre les agences de voyage et les intermédiaires, afin d’y intégrer explicitement les plateformes numériques et les acteurs du numérique. Il s’agit de mettre fin aux zones grises qui permettent l’exercice informel de cette activité, notamment en période de forte affluence touristique.
Cette réforme vise aussi à assurer une concurrence équitable : une villa ou un appartement qui accueille des touristes doit satisfaire aux mêmes normes qu’un hôtel ou un riad traditionnel. L’enjeu est double : protéger les consommateurs contre des prestations de qualité variable, tout en évitant que des opérateurs informels tirent profit d’une absence de règles.
Un autre volet important concerne la transparence fiscale. Depuis 2023, les autorités fiscales ont durci le ton sur la déclaration des revenus générés par la location saisonnière, rappelant que ces revenus doivent être déclarés chaque année sous peine de sanctions financières significatives. Cette approche contribue à intégrer pleinement ce segment dans l’économie formelle, tout en améliorant la collecte des recettes publiques.
Pour les acteurs du secteur, cette transition n’est pas sans défis. Certains petits propriétaires, qui louaient de manière occasionnelle sans se conformer aux obligations, craignent des charges administratives supplémentaires ou des coûts de mise en conformité difficiles à supporter. D’autres, au contraire, y voient une opportunité de valoriser leurs biens sur un marché plus structuré et attractif, où les touristes disposent d’informations fiables et comparables.
Alors que le tourisme marocain affiche une dynamique enviable avec plus de 7,2 millions de visiteurs enregistrés durant les cinq premiers mois de 2025, cette réforme est perçue comme un passage obligé pour consolider la réputation du pays et garantir une expérience touristique harmonieuse pour tous.
La mise en place d’un cadre réglementaire modernisé pour la location saisonnière au Maroc n’est plus une option : c’est une nécessité pour renforcer la compétitivité du pays, protéger les consommateurs et assurer une concurrence équitable. Si les réformes en cours sont ambitieuses, leur succès dépendra de la capacité du gouvernement à allier rigueur réglementaire, accompagnement des acteurs et sensibilisation du public. Dans une industrie où l’hospitalité est une valeur fondatrice, structurer l’offre sans étouffer l’initiative privée reste un exercice délicat mais essentiel.












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