Mais, derrière cette mise en scène, sans doute sincère, une interrogation persiste.
S’agit-il d’un tournant historique ou d’une simple convergence opportuniste dictée par les développements géopolitiques récents ?
Pour y voir clair, replongeons dans une histoire lourde de méfiance. Dès 1963, la Guerre des Sables voit l’Égypte de Gamal Abdel Nasser s’aligner sur l’Algérie, voire la pousser contre le Maroc, au nom d’un panarabisme tiers-mondiste qui stigmatisait Rabat comme « pion occidental », disaient-ils à l’unisson.
Eux pensaient être du bon côté, celui des « révolutionnaires bolcheviques »... L’objectif était bien évidemment de déstabiliser la monarchie et, pourquoi pas, de la faire tomber.
La débâcle était sans appel. L’Égypte y laissera des plumes... et un prisonnier de marque : Hosni Moubarak, celui-là même qui deviendra président. Hassan II, en seigneur, le remettra en cadeau à l’Égypte dans un geste seigneurial.
Plus tard, sur le Sahara marocain, Le Caire adopte une ambiguïté prudente mais oh combien floue : ni appui au Polisario, ni soutien franc au Maroc ; une posture d’équilibriste qui, au Maroc, passe pour de la perfidie latente, notamment à l’occasion d’accolades triomphalistes entre Égyptiens et Algériens.
C’est Hosni Moubarak qui viendra supplier Hassan II pour relâcher les prisonniers de guerre que Boumédiène a perdus sur le terrain à Amgala, avec l’illustre Chengriha dans la liste...L'Egypte semblait donc souffler le chaud et le froid dans l'affaire.
Le sommet récent marque sans doute un pivot.
Vingt-deux accords signés pour accélérer les échanges et les porter à des niveaux inespérés encore quelques jours auparavant. Mais le clou de la rencontre est bien l’alignement égyptien sur la Résolution 2797 de l’ONU, validant l’autonomie proposée par le Royaume comme seul cadre viable.
Rabat, en diplomate discret, banalise ce soutien, comme s’il allait de soi. Ce n’est pas gratuit : il reflète une recomposition arabe avec, possiblement, la fin des clivages idéologiques des années 1960 et la primauté du pragmatisme. Les menaces iraniennes, et peut-être même turques, peuvent bien y être pour quelque chose.
L’Égypte de Sissi, par ce rapprochement, gagne un allié stable : le Royaume chérifien, un contrepoids arabe véritablement diversifié et cohérent dans tout ce qu’il entreprend.
Économiquement, pourtant, le tableau est contrasté. Les accords d’Agadir de 2006, liant déjà Maroc, Égypte et Jordanie en zone de libre-échange, n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Les échanges ont progressé, mais restent timides tout de même, à cause d’une bureaucratie persistante.
Pire, une crise avait éclaté sur les voitures produites au Maroc, bloquées par des taxes protectionnistes. L’Égypte ne les avait pas considérées comme suffisamment marocaines, ravivant les frustrations du Royaume.
Ces vingt-deux nouveaux engagements viennent donc booster la machine, avec des investissements croisés pour ancrer le Maroc en Afrique de l’Est et ouvrir à l’Égypte des portes vers l’Ouest.
L’argument clé est clair : les chiffres l’emportent sur les rancunes. Ce pendant, les précédentes crises, pas très espacées, prouvent la fragilité de la situation tout de même, jusqu’à preuve du contraire.
Il faut rester confiant dans une réconciliation durable, même si les imaginaires populaires récents freinent ce développement.
Géopolitiquement, Alger réagira vivement, forçant Le Caire à son habituelle ambiguïté. L'Egypte acceptera t elle un dictat algérien au nom de l'histoire commune... Il n’est pas exclu de voir l’Égypte dépêcher un émissaire pour dire aux Algériens ce qu’ils aiment entendre, afin d’atténuer la déception.
Et il y a également les aléas internes et les remaniements fréquents en Égypte, qui créent des instabilités menaçant le tout. L’Histoire arabe enseigne que les alliances sont extrêmement volatiles.
Oui, une ère pragmatique s’est bien amorcée, conditionnée à la convergence économique, au-delà des accords d’Agadir. Elle pousse à la stabilité régionale et au triomphe du calcul sur l’idéologie.
Osons espérer qu’il ne s’agisse pas d’une réconciliation émotive, mais plutôt d’une normalisation stratégique certaine, mettant le passé en parenthèses au service du présent et de 150 millions d'humains au moins.
Les accords devront aussi survivre aux tempêtes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et constituer un socle pouvant séduire le reste des pays de la région, vers un véritable continuum économique en respect de celui géographique et démographique.
Alors marocains et égyptiens, apaisés et confiants, écouteront ensemble Oum Kaltoum chanter aghadan alqak...et se délecteront d'un bon thé à l'ombre d'une pyramide ou de la Tour Hassan...
PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM












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