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Maroc-Israël, éléments de réflexion sur une décision inattendue


Par Aziz Boucetta.

L’information est tombée hier en milieu de soirée, et a surpris tous les Marocains ; « irrité » serait un mot plus exact, et « indigné » peut-être encore plus. Le Maroc et Israël, sous l’égide américaine toujours, ont décidé de relever leur niveau de représentation mutuelle au rang d’ambassadeur, et de reprendre les vols commerciaux.

Il est vrai que dans le contexte actuel, recréer du lien diplomatique, économique et commercial est assez étrange, et le fait de ne pas l’annoncer est encore plus surprenant. Mais l’Etat a ses raisons que la raison ignore souvent et où les sentiments sont toujours absents, ou différents , ou différés ! Et ce serait une erreur d’apprécier une décision d’Etat avec une logique émotionnelle d’humain.



Mais réfléchissons… sachant qu’en l’absence d’éléments de réflexion précisément, il reste la supputation :

1/ Le timing. Il est évident que cette décision et cette annonce précipitée par les Américains et surtout les Israéliens servent les agendas électoraux de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, en sérieuse difficulté, et donc à la recherche de tout succès diplomatique possible.

Le second voudrait également et en plus s’attirer les faveurs d’une communauté israélienne d’origine marocaine qu’on dit attachée au royaume.

Mais la logique du timing fonctionne aussi pour le Maroc, et à plus d’un titre. Après la crise de Sebta et face au double jeu d’une Espagne adoptant la « loi sahraouie » et appelant l’Europe à sa rescousse, et face aussi à une Europe incertaine dans ses relations avec le Maroc, Rabat a choisi.

Ce n’est peut-être pas le choix le plus évident, et encore moins le plus facile, et certainement pas le plus populaire, mais la diplomatie marocaine n’avait pas… le choix.
 

La vertu, quant à elle, n’est pas la qualité première que recherchent les Etats ; et les responsables étrangers qui en ont fait montre ont surtout fait des calculs politiques, comme Cyril Ramaphosa, Pedro Sanchez ou d’autres encore.
 

Il faut aussi admettre le double fait qu’en matière de relations internationales et surtout en période  d’inflexion de l’histoire du monde, ce qui est le cas aujourd’hui, les grands exercent des pressions sur les petits et les moyens (dont nous sommes), et que lesdits moyens n’ont pas la puissance nécessaire pour y résister.

L’Assemblée générale des Nations Unies est imminente et les réunions de la 4ème Commission se préparent, avec Sebta en ligne de mire, et le vote du Conseil de sécurité interviendra fin octobre, alors même que les choses n’ont pas vraiment avancé depuis l’adoption de la résolution 2797 en octobre 2025.

Le calendrier international s'impose aux intérêts du Maroc, qui fait avec...

Alors, reprendre langue avec Israël sur insistance américaine est de la realpolitik, peu justifiable certes, pas populaire certainement, mais le Maroc doit affronter la brutalité feutrée des relations avec ses « alliés » et on ne peut que supposer, et au moins espérer, qu’il saura en tirer des bénéfices et des garanties…
 

2/ Un Etat n’a pas d’états d’âme. Oui, on l’a constaté, et il les a remplacés par des calculs, des prévisions, des projections, et encore des calculs. Un être humain réagit à ses émotions et agit en conséquence, à l’inverse d’un Etat, ;et un Etat responsable ne détermine pas son intérêt en fonction de gains immédiats de popularité, mais sur la base de projections à moyen et long terme de prospérité et de sécurité.

Les individus qui réagissent émotionnellement oublient vite et ils seront les premiers à reprocher à leur Etat, à court terme, de ne pas avoir fait ce qui à long terme aurait (peut-être) amélioré leur existence.
 

Ce qu’on peut regretter est l’absence d’un minimum d’explications, même si ces explications seraient difficiles. Mais ainsi est la tâche et les contraintes d’un homme politique, et Nasser Bourita est un homme politique, doublé d’un grand diplomate. Il devrait trouver les mots pour expliquer cette décision.
 

3/ Rabat va aussi à Moscou. Au moment où Nasser Bourita rencontre Américains et Israéliens à New York, le Directeur général du ministère Fouad Yazourh se trouvait à… Moscou.

Il y a rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie. Il est sans doute permis de penser que les deux délégations, et surtout leurs deux chefs, ont évoqué la décision marocaine concernant ses liens avec Israël.

En diplomatie, et fort de son expérience séculaire, le Maroc compense son manque de puissance par un équilibre strict dans ses relations internationales, et surtout avec les grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Chine et la Russie, par ailleurs membres du Conseil de sécurité.

Dans ce monde tourmenté qui est aujourd’hui le nôtre, chacun en fonction de sa force et de ses moyens conduit une politique qui sert ses intérêts. Le Maroc aussi et personne ne peut le lui reprocher, jusques-y compris au sein du monde arabe et islamique.
 

4/ C’est Nasser Bourita qui signe, et non le chef du gouvernement. Il y a très peu de chances que la chose ait été proposée à Aziz Akhannouch et qu’il l’ait refusée… La présence de M. Bourita à New York et la signature de cet accord de relèvement du niveau de représentation diplomatique interviennent en pleine campagne électorale, à un moment où le gouvernement sortant sort et où le prochain n’est même pas encore connu.

Au vu de ce qu’avait subi Saadeddine Elotmani et le PJD en 2020 après l’Accord tripartite de décembre 2020 et considérant les immenses défis et challenges qui attendent le futur exécutif, celui-ci aurait été très sérieusement malmené au sein de l’opinion publique si cette signature avait eu lieu après son installation.

Or, un nouveau gouvernement a besoin d’avoir la confiance de la population, ce qui n’est déjà pas vraiment gagné quand on regarde cette campagne électorale, et encore moins s’il devait être là quand on se rabiboche avec les Israéliens de Netanyahou…
 

5/ Elections législatives et futur gouvernement. La gestion des relations diplomatiques et la situation interne sont liées et l’Etat le sait. La question est de savoir si la conscience de cette réalité sera prise en compte dans la formation du futur gouvernement. Les élections sont certes libres et transparentes mais une fois passées et le chef du gouvernement désigné, la composition de la majorité et le choix des futurs alliés et surtout des ministres à venir seront cruciaux.

Il sera très difficile au gouvernement marocain de résister à la colère compréhensible des Marocains en reproduisant les comportements et les faits et gestes de plusieurs ministres sortants, chef compris…


Et les Marocains passeront vite à autre chose si un gouvernement « acceptable » est mis en place après le 23 septembre, avec un chef de gouvernement « acceptable » aussi.

Maroc-Israël, éléments de réflexion sur une décision inattendue

Connaissant l’administration Trump et sa logique de fonctionnement, la décision marocaine de reprendre avec les Israéliens est le fruit d’un deal.

Ce serait mal connaître les dirigeants marocains que considérer qu’ils ont accepté cela sans promesse ou garantie quelconque sur des sujets divers, autrement dit sans dealer eux-mêmes.

Il faut juste attendre pour savoir ce qui a motivé cette prise de risque populaire ou, ce qui revient au même, cette décision impopulaire de la diplomatie marocaine. Attendons de voir, puisque de toutes les façons et conformément à cette longue habitude de silence, rien ne sera expliqué.
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Vendredi 18 Septembre 2026

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