L'ODJ Média

lodj






Maroc-Sénégal : A quoi joue M. Sonko ?


Par Aziz Boucetta.

Il est quand même particulièrement gênant d’entendre le premier ministre sénégalais Ousmane Sonko parler de « 55 Etats en Afrique », et il est même difficile de croire qu’il ait dit cela, eu égard aux relations très spéciales qui unissent le Maroc et le Sénégal !

Cela a pourtant été le cas voici quelques jours à Dakar, à l’occasion d’une conférence continentale, en présence du président de la Fédération sénégalaise de football. Compter 55 Etats en Afrique n’est pas chose anodine et M. Sonko le sait ; on ne peut penser à une brève étourderie ou une soudaine maladresse, il l’a dit à escient.



Ousmane Sonko est le premier ministre du Sénégal.

Il devait être président, mais suite à un feuilleton judiciaire du temps de l’ancien chef de l’Etat Macky Sall, il avait été déclaré inéligible, ce qui lui avait fait rater l’élection, et un peu ses nerfs aussi semble-t-il.

Il avait préalablement fondé PASTEF (Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) mais, inéligible donc, il avait poussé son alter ego, ami et commensal Bassirou Diomaye Faye pour occuper le fauteuil de la présidence, lui-même devant devenir son premier ministre. Ce qui fut fait.

Le Sénégal avait alors gagné l’estime du monde et la considération des Justes. Il est le seul (ou l’un des très rares) pays où, depuis son indépendance en 1960, les anciens présidents ont toujours quitté leurs fonctions à leur terme, sans violence, en dépit parfois de menues et plus ou moins brèves résistances.

Le duel à distance entre l’ancien président Macky Sall et l’actuel premier ministre Ousmane Sonko s’était achevé sur une spectaculaire décision de la Cour suprême du Sénégal, désavouant le président sortant. Bassiro Diomaye Faye fut élu président et nomma Sonko à la primature.

Tout allait bien, le pays devenait un producteur et exportateur de pétrole, les autres Etats le respectaient et… vraiment, tout allait bien.

Puis, avec le temps, les nuages sont arrivés et s’amoncelaient dans le ciel dakarois.

Maroc-Sénégal : A quoi joue M. Sonko ?
Hors la situation financière préoccupante du pays, rien de bien grave pourtant, et le tandem à la tête de l’Etat gérait… jusqu’à cette CAN qui allait bousculer les choses, faisant apparaître des dérives que l’on attendait difficilement du public sénégalais.

Inutile de revenir sur la finale, ses soubresauts, les énervements des joueurs, les dérives de certains membres des équipes des deux camps et la violence de certains supporters sénégalais.

Mais sitôt le trophée brandi sur la pelouse de Rabat, les doutes ont commencé : attitude distante du prince Moulay Rachid, suivi par les présidents de la FIFA Gianni Infantino et de la CAF Patrice Motseppe, déclarations ultérieures irritées des deux derniers, une décision curieuse du jury disciplinaire de la CAF, puis une décision brutale du jury d’appel de la même institution, retirant le titre au Sénégal au profit du Maroc, sur tapis vert.

Dans l’intervalle, les déclarations d’officiels sénégalais ont fait craquer le vernis.

Le gouvernement a dit :

« Décision grossièrement injuste » de la CAN », « le Sénégal demeurera résolu, vigilant et inflexible dans la défense des droits de sa sélection nationale et dans la restauration de l’honneur du sport africain » et « les autorités sénégalaises demandent qu’une enquête internationale indépendante soit diligentée afin de faire toute la lumière sur des soupçons de corruption entourant cette décision »… le président de la Fédération de football du Sénégal a parlé d’ « aberration juridique »… le collectif de défense des Sénégalais a évoqué  « une atteinte grave aux principes fondamentaux du droit sportif »,  « une violation des droits de la défense » et « une injustice sportive majeure ».

Face à cela, et en y ajoutant même des allusions sur l’arbitraire de la détention des supporters violents du Sénégal, le Maroc officiel n’a rien dit, rien répondu, rien affirmé, se contentant d’user de ses droits.

Public et médias ont même reproché leur silence aux officiels marocains, un silence qu’on peut comprendre maintenant.

M. Sonko n’a pas condamné les agissements de ces supporters (et pourtant les images n’étaient pas belles), n’a pas su garder le sang-froid du responsable qu’il est, prenant le risque d’impliquer la politique dans le sport et le football.

Tout cela peut-être compréhensible. Mais pas cette attaque directe contre le Maroc et sa souveraineté !

Là, les choses vont loin car dire « 55 Etats en Afrique » peut se révéler être une maladresse ou une bourde, mais Ousmane Sonko connaît ses dossiers, et si même c’en était une, l’élégance et le sérieux diplomatiques auraient voulu qu’il s’en excuse ou qu’il rectifie. Rien de tout cela n’a été fait, donc il confirme.

Cela porte un nom, et M. Sonko (dont le pays a ouvert un consulat à Dakhla en 2021) le sait parfaitement, et ce nom est « populisme ».

Question : jusqu’où est prêt à aller Ousmane Sonko pour plaire et surtout pas déplaire à son opinion publique ? Il sait qu’en parlant de 55 pays, il indispose fortement les Marocains, Etat et population, car au Maroc, aussi, il existe une population qu’il faut ménager.

Si M. Sonko a un problème avec la CAF ou même avec l’Etat marocain (on pourrait se demander pourquoi d’ailleurs), il ne devrait pas s’aliéner la population marocaine qui, elle, n’aime pas trop – pas du tout même – qu’on lui parle de la RASD, car ce machin indéfini et non identifié serait le 55ème Etat.

Que cherche M. Sonko, si tant est qu’il ait bien pensé sa manœuvre ? Et pourquoi le président Bassirou Diomaye Faye n’a-t-il pas rectifié le propos de son premier ministre ?

Le Maroc et le Sénégal sont liés depuis des siècles, sur les plan humain, commercial, économique, financier, sécuritaire et religieux, on le sait.

Mettre cela en péril pour ne pas déplaire à ses fans est pour le moins léger et inconsistant, indigne de la stature de M. Sonko.

Le Maroc, sur le plan géoéconomique, dépend du Sénégal, et inversement, mais entre deux pays aussi proches, le terme dépendance n’a pas lieu d’être.

M. Sonko, qui a pourtant présidé une grosse délégation gouvernementale au Maroc au lendemain de la CAN et qui a eu des mots très apaisants à cette occasion, veut-il vraiment en arriver à l’épreuve de force, où le Maroc manifesterait son agacement et où le Sénégal exprimerait son mécontentement face à cet agacement ?

Franchement, ce n’est pas d’un niveau très politique très élevé ! M. Sonko ne serait-il, en définitive, qu’un énième homme politique les yeux rivés sur les sondages et urnes ? Ce serait décevant, très décevant.

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Mardi 14 Avril 2026

La rédaction

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo