Maroc Telecom avance, oui, mais sur une ligne de crête plus étroite. L’institution maintient son avis de conservation. Un choix qui, en langage de marché, traduit moins un manque d’intérêt qu’un appel à la mesure.
L’exercice 2025 en est l’illustration la plus concrète. Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 36,68 milliards de dirhams, globalement stable par rapport à 2024. L’EBITDA s’établit à 18,49 milliards, en recul de 3,6%, pour une marge de 50,4%. Quant au résultat net part du groupe récurrent, il atteint 5,65 milliards de dirhams, en baisse de 4,9%. Des niveaux encore élevés, mais légèrement en dessous des attentes initiales d’AGR.
C’est peut-être sur le dividende que le décalage se fait le plus sentir. Fixé à 4 dirhams par action, il reste en retrait par rapport aux 4,81 dirhams anticipés. Dans un marché où le rendement compte, ce type d’ajustement n’est jamais anodin. D’ailleurs, le titre a reculé de 14,6% sur douze mois à la mi-mars 2026, à contre-courant d’un MASI en progression de 2,3%.
Mais réduire l’analyse à cette contre-performance serait passer à côté de l’essentiel. Car Maroc Telecom est engagé dans un cycle d’investissement structurant. Fibre, 5G, infrastructures data… autant de chantiers indispensables pour accompagner les ambitions du Maroc, notamment à travers la stratégie Digital Morocco 2030 et les échéances internationales à venir.
Ce virage se lit déjà dans les comptes. L’augmentation des amortissements, conséquence directe des investissements, pèse sur la rentabilité à court terme. Le taux de distribution s’établit à 50% sur le résultat publié et à 62% sur une base récurrente, en deçà des 70% précédemment anticipés par AGR. Le message est clair : il faut financer la croissance de demain, quitte à modérer la générosité immédiate.
Sur le marché domestique, les tensions persistent. Les revenus au Maroc reculent de 2,4% à 18,69 milliards de dirhams. Le mobile, en particulier, enregistre une baisse de 4,7%, dans un environnement marqué par une régulation stricte, une concurrence accrue et la transformation des usages. La voix décline, la data s’impose.
Et c’est précisément là que se dessine une issue. La data mobile progresse de 5,1%, tandis que la data fixe augmente de 4,4%, portée par une croissance de 35% du parc FTTH. Lentement mais sûrement, Maroc Telecom réoriente son modèle. Moins dépendant des usages traditionnels, plus ancré dans les services numériques.
À l’international, le groupe continue de s’appuyer sur ses filiales africaines, qui génèrent 19,15 milliards de dirhams de revenus en 2025, en hausse de 2,4%. Dans un contexte parfois contraignant, ces marchés offrent des relais de croissance appréciables, notamment grâce au mobile money et à l’essor de l’internet.
Ce double ancrage Maroc et Afrique permet au groupe de préserver des marges solides. Avec une marge d’EBE de 50,4%, Maroc Telecom reste au-dessus du seuil symbolique des 50%, malgré un léger retrait par rapport à sa moyenne historique.
Pour les années à venir, AGR ajuste ses projections. Le ratio capex devrait atteindre en moyenne 23% du chiffre d’affaires sur 2026 et 2027. La marge d’EBE est attendue autour de 50%, et le taux de distribution autour de 65%. Une nouvelle équation s’installe : investir davantage, accepter une rentabilité légèrement inférieure, maintenir un rendement équilibré.
Les prévisions tablent sur un chiffre d’affaires de 37,19 milliards de dirhams en 2026, puis 38,21 milliards en 2027. Le résultat net récurrent remonterait à 6,04 puis 6,11 milliards de dirhams. Le dividende, lui, évoluerait progressivement à 4,46 dirhams puis 4,60 dirhams, soit un rendement moyen proche de 4,8%.
Au fond, Maroc Telecom ne décroche pas. Il se transforme. Et dans cette phase charnière, le marché ne cherche plus une promesse de croissance rapide, mais une trajectoire crédible. C’est sans doute pour cela qu’AGR reste à l’équilibre : ni euphorique, ni inquiet. Simplement lucide.












L'accueil




