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Maroc et Canada, une histoire à venir ?


Les grandes étendues blanches et froides, les caribous, les érables et de très placides Canadiens, vivant avec leurs invités migrants dans ce qui ressemble bien à un eldorado ou, au moins, un havre de paix. C’est l’image d’Epinal que se font généralement les gens du Canada… et ils ont raison ! Les Canadiens y croient aussi, mais obnubilés par les très proches et très intrusifs et encombrants Yankees, ils ignorent tout du monde et même ignorent le monde, protégés par des barrières naturelles et aussi par les mêmes Yankees.



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Par Aziz Boucetta

Il y a aujourd’hui un véritable engouement des Marocains pour ce pays. A leurs yeux, il représente la rencontre entre la langue française, (encore) utilisée au Maroc, les civilisation et culture américaines et l’envie d’être bien reçu, bien accueilli, au sein d’une société sereine et apaisée.

De leur côté, les Canadiens ont aussi compris l’intérêt que peuvent représenter pour eux les Marocains. Le plus souvent très instruits, sinon simplement instruits, mais toujours instruits, venant d’une société tout aussi apaisée que la leur, aisément polyglottes, ou au moins « triglottes », ils sont globalement bien perçus comme communauté étrangère au Canada.

 

En 2023, le Canada a décidé d’assouplir pour les Marocains et quelque autres nationalités les procédures d’entrée sur son territoire ; désormais, tout titulaire de visa, une fois ce visa expiré, n’aura plus recours à la même procédure, une simple autorisation de voyage électronique devenant suffisante.

Au moment où les Européens continuent de compliquer leur stupide et vaguement paranoïaque politique de visas, les Canadiens l’assouplissent pour les Marocains. En outre, certaines universités canadiennes subventionnent les études pour les Marocains, quand ces études sont effectuées en langue française.

 

A l’inverse des traditionnels pays d’accueil des migrants marocains, le Canada s’intéresse à ses migrants, étudie leur sociologie, s’implique dans leurs problèmes, s’accommode aisément de leurs traditions, ce qui fait de ce pays une destination privilégiée, malgré le grand froid qui rebute tant de candidats à l’émigration, malgré le système de santé étrangement poussif (sauf pour les pathologies lourdes).

 

Il existe pour autant un certain nombre de problèmes pour les Marocains au Canada, et en premier un racisme naissant, et même plus que naissant, prenant forme. Ce racisme n’est pas dirigé uniquement contre les Marocains, mais contre les étrangers d’une façon générale. Et oui, les gens de peu, cela existe partout, même au Canada !


Mais des gens intelligents, il en existe partout aussi, même au Canada ! Et ce sont ces gens intelligents qui marquent leur intérêt aujourd’hui pour le Maroc, et essaient de mieux le comprendre, car ils ont compris les bienfaits et les avantages que peut leur offrir le royaume, comme pays engagé dans les nouveaux métiers mondiaux ou encore comme facilitateur d’affaires sur le continent africain. Le gouvernement fédéral n’en est pas forcément convaincu, enfermé dans sa bulle américaine, et il a réussi à faire du Canada le seul pays du G7 à ne pas avoir de stratégie ou de...vision africaines !

Mais l’université, plusieurs services administratifs ou même services tout court en ont conscience et travaillent au rapprochement avec le Maroc ; ils gagneraient à amarrer leur pays, et à en convaincre ses dirigeants, aux Américains qui ont lancé en novembre 2023 l’initiative de coopération atlantique.
 

 


Le Maroc, pour sa part, a-t-il engagé les moyens pour se faire mieux connaître par ce pays, puis pour le séduire, politiquement et économiquement ? Oui et non. Oui car il vient d’ouvrir un second consulat à Toronto, après celui de Montréal, l’ambassade est très active pour créer et renforcer des passerelles de discussion et de dialogue, et les liaisons aériennes augmentent d’année en année (deux par jour aujourd’hui, en attendant l’ouverture d’une ligne Marrakech-Montréal).


Non car le manque de moyens financiers est criant ; or, dans ce pays qui ne connaît que le dollar, le travail et le vote, manquer d’argent revient à manquer de tout, et non aussi car l’effort de lobbying marocain, par des Marocains, semble également faire défaut. Ce qui est regrettable au vu de l’intérêt affiché des Canadiens pour le royaume mais qui reste aujourd’hui enfermé dans ce qui ressemble à une logique de siphonnage des talents et compétences marocaines…

 

Pourquoi les Canadiens pourraient-ils plus et mieux s’intéresser au Maroc ? D’abord parce que, membre simultanément de la Francophonie et du Commonwealth, le Canada a des atouts à faire valoir en Afrique et qu’étant riverain de l’Atlantique comme le Maroc qui se propose comme point d’entrée sur le continent, avec son expertise africaine, sa stabilité et sa politique portuaire, il pourrait et devrait s’appuyer sur le Maroc. Ensuite, pour les différentes opportunités, tant économiques que culturelles, que présente le royaume, qui reste pourtant méconnu.


L’activisme affiché du Maroc en Afrique n’a pas atteint les contrées canadiennes, l’affaire du Sahara indiffère totalement les dirigeants canadiens actuels, arc-boutés sur les choix des pays qu’ils qualifient de like-minded (pensant comme eux) comme le Royaume-Uni ou encore l’Australie. Mais à l’inverse des Européens, encore une fois en marge de la marche de l’histoire, les Canadiens sont des prospecteurs, avec une âme de pionniers, qu’il faut intéresser, par le tourisme, par la culture, par la géopolitique à laquelle ils reviennent depuis que les Russes rognent sur leurs territoires du Nord… Les Canadiens sont prospecteurs, donc, mais glacialement frileux !
 

De son côté, se rapprocher du Canada signifie pour le Maroc de mettre plus de moyens, financiers certes mais aussi et surtout humains. Le royaume peut s’appuyer sur sa communauté qui se trouve dans la logique « english and freedom » et qui, à ce titre, peut servir de passerelle de rencontre et d’échanges puis, à partir de ce socle, se projeter vers des relations plus étroites. Nasser Bourita a bien su et pu convaincre le Japon et la Corée du Sud, bien plus éloignés de nous que le Canada, à tous points de vue. Pourquoi pas le Canada ? A quand le Canada ?
 

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost




Mercredi 5 Juin 2024


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