Dans les couloirs feutrés de la Chambre des représentants, lundi dernier, le secrétaire d’État chargé de l’Habitat, Adib Benbrahim, a lâché une phrase qui a fait l’effet d’une bombe contrôlée : « Il y a effectivement une hausse des loyers, que ce soit à l’achat ou à la location ». Pas d’euphémismes. Pas de langue de bois. Simplement un constat partagé par des milliers de familles marocaines.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la simple montée des prix : il s’agit d’un déséquilibre structurel entre une demande effrénée et une offre qui peine à suivre dans les grandes métropoles comme Casablanca, Rabat, Marrakech ou Tanger. Ces villes continuent d’attirer populations actives, étudiants, investisseurs – grâce à leur concentration d’emplois, d’infrastructures modernes et de services publics – mais peinent à répondre aux besoins logistiques et fonciers de cette affluence.
À Rabat, par exemple, opérateurs et promoteurs pointent une flambée continue des loyers et du neuf depuis 2020, une dynamique qui met à rude épreuve les budgets des ménages moyens, souvent contraints de s’éloigner vers la périphérie pour se loger.
Ce déséquilibre est accentué par la rareté du foncier urbain, qui pèse sur le coût de construction et, par ricochet, sur les prix de vente et de location. Dans certaines grandes villes, le simple fait de trouver un appartement à un prix raisonnable relève presque de l’exception.
À cela s’ajoute un phénomène qui inquiète les pouvoirs publics : des pratiques spéculatives bien réelles. Des investisseurs achètent des biens non pas pour habiter ou pour louer long terme, mais pour les revendre rapidement ou les exploiter dans l’économie du short-term rental via les plateformes numériques. Une tendance qui réduit encore l’offre résidentielle classique et fait grimper les références de prix, au détriment des ménages.
Dans certaines villes côtières et touristiques, cette pression est encore plus visible. À Tanger, par exemple, près de 3 540 logements sont actifs sur des plateformes comme Airbnb, générant des revenus d’environ 136 000 MAD par an en moyenne pour les hôtes – ce qui incite bon nombre de propriétaires à convertir leurs biens en hébergements touristiques plutôt qu’en logements à long terme.
Ce phénomène n’est pas sans conséquence sur l’accès au logement. Il est aujourd’hui courant d’entendre des témoignages de jeunes actifs ou de familles expliquant qu’un appartement de base dans une grande ville peut coûter plusieurs milliers de dirhams par mois, loin des revenus du travailleur moyen, souvent contraint de dépenser une part disproportionnée de son salaire pour se loger.
Face à cette équation complexe, l’Exécutif marocain prépare plusieurs volets d’intervention. Le premier vise à encercler plus strictement la location de courte durée, en particulier là où elle empiète sur des zones résidentielles non prévues pour le tourisme, en s’appuyant sur les documents d’urbanisme en vigueur.
Plus ambitieux encore : un nouveau modèle locatif, actuellement à l’étude, qui pourrait permettre de réduire les loyers d’environ 20 % par rapport au marché classique. L’idée ? Qu’une partie du loyer versé soit assimilée à une forme d’épargne ou d’apport, ouvrant potentiellement la porte à une accession à la propriété à terme, sans effort d’épargne supplémentaire. Les premiers résultats de cette réflexion sont attendus d’ici fin mars 2026.
Ce dispositif s’adresse en priorité à la classe moyenne, souvent la plus étouffée par les coûts actuels. Il se veut une réponse à la double réalité de nombreux citoyens : trop riches pour les aides sociales classiques, trop pauvres pour accéder à la propriété dans un marché qui s’envole.
En filigrane de ce débat, une question essentielle demeure : les mesures envisagées suffiront-elles à contenir une crise devenue l’une des principales préoccupations des ménages urbains ? Une chose est sûre : si rien n’est fait, l’écart entre l’offre et la demande risque de continuer à se creuser, creusant aussi les inégalités. Les prochaines semaines, et surtout les propositions finales attendues en mars, seront décisives pour évaluer la portée réelle de ces initiatives.












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