Depuis quelques mois, les autorités marocaines ont engagé une réorientation importante de la politique d’habitat, centrée sur les campagnes. Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, l’a clairement affirmé lors de sa présentation devant la Chambre des représentants : l’approche change, car le monde rural ne peut plus être laissé en marge des efforts de développement. Cette prise de position se veut à la fois sociale, économique et territoriale.
Cette année, un programme de soutien inédit à la construction dans les zones rurales a été lancé. Sa pierre angulaire : la simplification des procédures d’obtention d’autorisation de construire. Là où il fallait auparavant un terrain de 10 000 m² pour bâtir, la condition a été réduite à 2 500 m². Une transformation significative, même si certains professionnels estiment que ce seuil reste ambitieux pour certaines petites exploitations rurales.
L’un des aspects les plus visibles de cette politique repose sur la modernisation du cadre législatif et réglementaire. Les réformes du système de planification urbaine notamment les lois relatives à l’urbanisme et aux lotissements donnent désormais plus de marge de manœuvre aux responsables locaux pour intégrer des projets d’habitat mieux adaptés à leur territoire. Aujourd’hui, 84 % des communes rurales disposent d’un document d’urbanisme validé, un bond considérable par rapport à la situation d’il y a quelques années.
Le programme distingue trois types d’habitats : d’abord, des logements standards, proches des modèles urbains ; ensuite, des maisons rurales, pensées avec des matériaux locaux adaptés aux conditions climatiques ; enfin, une catégorie destinée à remplacer progressivement les habitations précaires, souvent dangereuses et dépourvues d’infrastructures.
Sur le terrain, les chiffres parlent d’eux‑mêmes. À ce jour, 135 plans de développement rural ont été approuvés. Ils couvrent environ 3 144 douars sur près de 99 000 hectares, touchant une population estimée à 1,4 million d’habitants. Une seconde phase visera 494 douars supplémentaires, soit 30 000 hectares et quelque 285 000 personnes. Ces données, issues des publications officielles de l’État en 2025, confirment un engagement fort même si la mise en œuvre opérationnelle reste à accélérer selon plusieurs acteurs du secteur.
Pour Driss Effina, professeur d’économie et président du Centre indépendant des études stratégiques, « le développement de l’habitat rural est indispensable pour assurer un meilleur équilibre territorial et lutter contre l’exode vers les villes ». Il rappelle que la population rurale représente encore une part notable de la population nationale et que son maintien dans des conditions décentes est un enjeu de cohésion sociale. Cette analyse est partagée par plusieurs urbanistes qui soulignent la nécessité d’un développement intégrant l’emploi, la mobilité et les services publics.
La ministre El Mansouri a insisté sur un point crucial : l’habitat rural ne se limite pas à des constructions isolées. L’objectif est de bâtir des logements intégrés, dotés d’accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’assainissement et aux communications. Selon les informations disponibles, des incitations fiscales, comme des exonérations de TVA pour l’auto‑construction de maisons de petite superficie, sont également prévues pour encourager les familles à investir dans leurs propres logements.
Cependant, malgré ces avancées, les défis restent nombreux. La mise en cohérence des politiques publiques territoriales, la disponibilité du foncier, la formation des artisans locaux et la coordination inter‑institutionnelle figurent parmi les principaux chantiers à mener pour que cette vision devienne réalité.
L’habitat rural se trouve aujourd’hui au centre d’une politique publique renouvelée. Derrière les plans et les chiffres, c’est une ambition concrète : offrir aux campagnes marocaines les moyens de se développer, d’attirer et de retenir leurs populations. Un tournant prometteur encore fragile mais porteur d’espoir pour des milliers de familles à travers le Royaume.












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