L'ODJ Média

lodj






Médias : grand-messe panafricaine à Bamako


Par Aziz Boucetta.

Que les médias d’Afrique (et aussi un peu d’ailleurs) se regroupent et se réunissent à Bamako pour discuter de la profession, de la communication, de l’information et de la désinformation n’est pas chose anodine.

Le Mali est debout, un peu groggy peut-être mais debout, et il le restera ; c’est ce qu’ont montré ses journalistes et ses dirigeants politiques lors de l’ouverture du Forum panafricain des médias. Le Mali, dignement, très dignement représenté par certains de ses dirigeants, a donné une véritable leçon de panafricanisme au continent et de résilience au monde.



Du premier ministre Abdoulaye Maiga au président de la Maison malienne de la presse Bandiougou Danté, en passant par le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop ou encore le grand professeur sénégalais Martin Faye, en plus des différents autres intervenants, le Forum est l’occasion de rappeler des vérités souvent oubliées sur notre continent et de recréer cet égrégore africain que les médias et gouvernements étrangers, essentiellement occidentaux, ont patiemment et méthodiquement œuvré à effacer.

Revenons au Mali… A lire, regarder ou écouter des informations sur le pays, on a le sentiment que cet Etat a plongé dans la guerre civile, rongé par ses contradictions.

Mais il fallait écouter le très madré chef de la diplomatie ou de l’ultra-diplômé premier ministre pour comprendre ce à quoi peu de gens pensent car peu de gens en parlent :

« Quand on évoque le terrorisme et les terroristes, on ne parle que des exécutants, mais il y a des commanditaires et ce sont eux qui comptent et importent », ont dit en substance les deux dirigeants. Le conflit malien, comme les autres d’ailleurs en Afrique en particulier et dans le monde en général, sont le fait d’un interventionnisme et d’un entrisme occidentaux qui ne sont pas assez analysés, commentés, disséqués.
 

Ce qu’ont expliqué les orateurs est que les malheurs pullulent sur notre continent parce que leurs raisons véritables, leurs soubassements réels sont mal expliqués. Et, citant Camus, le général Maiga le rappelle clairement :

« Mal nommer les choses, c’est rajouter au malheur du monde ». Exact… d’autant plus exact et pertinent que le Pr Martin Faye le martèle à son tour en précisant qu’au Sahel trois fronts sont ouverts et pilonnent les sociétés : le militaire que tout le monde observe, l’économique qui reste plus discret mais qui est tout aussi meurtrier, et enfin l’informationnel.

La guerre du narratif et l’enchevêtrement des récits orientés sont aussi ravageurs à terme que les combats militaires le sont quand ils se déroulent.


Que le Mali, confronté à l’instabilité créée de toutes pièces que l’on sait, organise cette palabre africaine en dit long sur sa résilience.

Médias : grand-messe panafricaine à Bamako

En recevant les médias africains, il confirme que sa capitale n’est pas le cloaque d’insécurité que les médias occidentaux et plus spécifiquement français annoncent ; et c’est une raison pour tirer la sonnette d’alarme et attirer l’attention sur le fait que les journalistes africains eux-mêmes reprennent ce récit et entretiennent donc ce narratif.

Au final, la colonisation n’est pas terminée, elle a seulement changé de forme et de figure, passant des territoires, entretemps libérés, aux esprits à travers la narration orientée et occidentalo-centrée de l’Histoire et aussi via le vocabulaire utilisé (« junte », « terroristes », « zone de non-droit », « sanctuaire djihadiste »,…).

A écouter lors de ce Forum les uns et les autres parler, argumenter, expliquer, on ne peut s’empêcher de dire que, au final, « grâce » à l’Ukraine et à Gaza, on comprend mieux le sens des médias occidentaux, leurs orientations, leurs intérêts, et leur extraordinaire propension aux « deux poids deux mesures »…

Et de là découle une des grandes idées qui ne manqueront pas de prendre la part du lion dans les recommandations : Africaniser nos récits, africaniser notre Histoire et nos histoires, retrouver nos langues, célébrer nos traditions, et apprendre tous cela aux jeunes générations.

C’est dans ce sens qu’Abdoulaye Diop pose la question : « Qui a peur que les Africains travaillent ensemble, la main de la main ? Qui a donc aussi peur de nous ? ».

La réponse est suggérée dans la question et puise sa profondeur dans l’Histoire des deux derniers siècles. A ce propos, la question de l’Alliance des Etats du Sahel revient dans les discours, cette confédération entre Mali, Burkina Faso et au Niger créée pour dépasser certains effets des frontières héritées de la colonisation française, plutôt qu’à les corriger au sens de les modifier juridiquement.

C’est cette initiative qui a conduit les médias occidentaux aux idées convergentes de régulièrement qualifier un pays comme le Mali d’Etat failli ou fragile ou instable et de repère de terroristes où il serait dangereux de se trouver.

Ce qui se dégage donc de cette journée d’ouverture du Forum et des suivantes est que l’Afrique et les Africains doivent se reprendre et de cesser de lier leur sort à des Etats qui sont à l’origine de leurs malheurs actuels ; pour ce faire, ils doivent se réapproprier leur présent pour bien assurer leur avenir.

Et quelle meilleure chose à faire dans cet objectif que de réviser leur propre Histoire, telle qu’elle leur a été léguée et telle qu’elle est aujourd’hui rapportée ! Quelle meilleure politique adopter que celle de l’intégration régionale et, à terme, continentale !

Réécrire l’Histoire de l’Afrique et de ses différents pays, renouer avec leurs langues pour renforcer leurs cultures, créer des passerelles entre les différentes nations du continent pour avoir plus de poids, voilà ce que doit être le continent africain.
 

Le Mali s’y attelle résolument, en œuvrant à régler ses problèmes du mieux qu’il peut et le plus vite qu’il peut ; le Maroc y est déjà clairement engagé, avec ses différentes initiatives régionales et continentales, il faut le souligner. Le reste appartient au temps et surtout à la bonne conscience des uns et des autres !...

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Vendredi 5 Juin 2026

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo