Jeudi 2 et vendredi 3 avril, une délégation française d’une trentaine d’entreprises, conduite par le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Nicolas Forissier, pose ses valises à Rabat et Casablanca. Officiellement, il s’agit d’accompagner les projets liés à la Coupe du monde 2030. Officieusement, c’est un signal clair : la France veut peser dans l’un des plus grands chantiers économiques à venir dans la région.
Car derrière l’événement sportif, c’est une transformation structurelle qui se dessine. Le Mondial 2030 agit comme un catalyseur. Infrastructures, mobilité, équipements, services… tout est à construire, ou à accélérer. Et dans ce contexte, la coopération franco-marocaine prend une dimension nouvelle, presque industrielle.
À Rabat, la rencontre entre Nicolas Forissier et Fouzi Lekjaa, figure centrale du dispositif marocain, illustre bien cette double lecture. Le chantier est à la fois sportif et budgétaire. Il s’agit d’organiser une compétition mondiale, certes, mais surtout de structurer des investissements durables. La mise en place d’un comité franco-marocain de soutien vient formaliser cette ambition. On ne parle plus seulement d’événementiel, mais d’un partenariat technique et stratégique à long terme.
À Casablanca, les choses deviennent concrètes. Le lancement d’un projet soutenu par le FASEP un mécanisme français d’appui aux études et au secteur privé vise à accompagner la gestion d’un portefeuille de projets liés au Mondial. Derrière cette terminologie un peu technocratique, une réalité simple : mieux préparer, mieux planifier, éviter les retards et les surcoûts. Une exigence devenue presque incontournable après les expériences internationales récentes.
Mais réduire cette visite au seul Mondial serait une erreur d’analyse. Le programme inclut aussi des échanges avec plusieurs membres du gouvernement marocain, notamment dans l’industrie et l’agriculture. Deux secteurs clés, souvent moins visibles, mais déterminants pour la souveraineté économique.
La visite du site de Safran à Casablanca en est une illustration frappante. Le groupe français n’est pas un nouvel arrivant. Il incarne une coopération industrielle installée, où le Maroc gagne en compétences et en intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Ce type de partenariat, discret mais structurant, est souvent plus impactant que les grands effets d’annonce.
Même logique dans l’agroalimentaire. Le passage par un institut de formation aux métiers de la boulangerie et de la pâtisserie, en présence d’interprofessions françaises, peut sembler anecdotique. Il ne l’est pas. Dans un contexte marqué par la volatilité des prix agricoles et les tensions internationales, la montée en compétence locale devient un enjeu stratégique. Le Maroc, importateur de céréales, cherche à renforcer sa résilience. La formation est l’un des leviers.
Au fond, cette visite dit quelque chose de plus large. Elle traduit une convergence d’intérêts. Le Maroc accélère ses grands projets, la France cherche à repositionner son offre à l’international. Entre les deux, un terrain d’entente : l’investissement productif et la coopération industrielle.
Reste une question, presque en filigrane : cette dynamique profitera-t-elle pleinement au tissu économique local ? Tout l’enjeu est là. Transformer un événement mondial en levier durable. Sur ce point, le Maroc a déjà montré, ces dernières années, une capacité certaine à tirer parti des grands rendez-vous.
La suite se jouera dans l’exécution. Et, parfois, dans les détails.












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