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Nationalisation de La SAMIR : Un vote parlementaire sans lendemain ou un message politique fort ?


Rédigé par La rédaction le Mercredi 17 Juin 2026

Dix ans après l’arrêt de la raffinerie de Mohammedia, le dossier de la SAMIR refuse de disparaître du paysage politique marocain. Le vote intervenu à la Chambre des conseillers relance une question que beaucoup pensaient enterrée : faut-il nationaliser les actifs de la raffinerie et reprendre une activité de raffinage sous contrôle de l’État ? Derrière ce débat se cache une autre interrogation, plus large encore : le Maroc peut-il continuer à dépendre entièrement des marchés internationaux pour son approvisionnement énergétique dans un monde devenu de plus en plus instable ?



La SAMIR revient au cœur du débat sur la souveraineté énergétique

Le vote du 9 juin 2026 à la Commission des finances de la Chambre des conseillers n’a laissé personne indifférent. Deux propositions de loi portées par le groupe de la CDT ont été adoptées malgré l’opposition du gouvernement : l’une porte sur la régulation des prix des hydrocarbures, l’autre sur le transfert des actifs de la SAMIR à l’État marocain.

Dans les faits, le résultat du vote s’explique aussi par une réalité arithmétique. Sur les six membres présents, quatre appartenaient à l’opposition contre deux représentants de la majorité. Les textes ont ainsi obtenu le soutien de conseillers issus notamment de la CDT, de l’UMT, de l’UNTM et du groupe Haraki.

Mais au-delà des calculs parlementaires, ce vote remet brutalement sur la table un sujet que beaucoup de Marocains considèrent comme une blessure économique non cicatrisée.

Car la SAMIR n’est pas une entreprise comme les autres.

Pour toute une génération, elle symbolisait une certaine autonomie énergétique du Royaume. Elle représentait également des milliers d’emplois directs et indirects, un savoir-faire industriel rare et une capacité nationale de raffinage qui permettait au pays de disposer d’un filet de sécurité stratégique.

Depuis son arrêt, le Maroc importe la totalité de ses carburants raffinés. Une situation qui fonctionne relativement bien lorsque les marchés mondiaux sont stables. Mais les crises successives des dernières années — pandémie, guerre en Ukraine, tensions géopolitiques, perturbations logistiques — ont rappelé combien la dépendance énergétique peut rapidement devenir un facteur de vulnérabilité.

C’est précisément sur cette corde sensible que joue la proposition de nationalisation.

Le texte prévoit le transfert à l’État de l’ensemble des actifs de la société : terrains, infrastructures, équipements, licences, brevets et éventuelles participations. Plus encore, il prévoit que ce transfert soit réalisé sans reprise des dettes et des garanties qui pèsent aujourd’hui sur ces actifs.

Pour ses défenseurs, il s’agit d’une mesure de salut public.
Pour ses adversaires, la question est beaucoup plus complexe.

L’autre proposition adoptée est tout aussi sensible.

Elle vise à retirer les carburants de la liste des produits dont les prix sont librement fixés par le marché. En clair, elle propose un retour à un système d’encadrement des prix.

Le mécanisme imaginé est relativement simple. Chaque semaine, l’administration fixerait un prix plafond à partir des cours internationaux, des coûts logistiques, du stockage, des assurances et des marges des opérateurs.

Aucun distributeur ne pourrait vendre au-dessus de ce seuil.

Pour les ménages marocains, confrontés depuis plusieurs années à des fluctuations parfois brutales à la pompe, l’idée peut sembler séduisante.

Qui n’a jamais ressenti cette impression de subir des hausses incompréhensibles alors que les cours mondiaux semblaient se calmer ?

Qui n’a jamais entendu, dans un café ou un taxi, cette phrase devenue familière : « Le pétrole baisse à l’international, mais pas chez nous » ?
Les promoteurs du texte estiment qu’un mécanisme de plafonnement permettrait de rétablir davantage de transparence et de protéger le pouvoir d’achat.

Leur argument n’est pas dénué de fondement.
Le carburant irrigue toute l’économie. Lorsque son prix augmente, le transport, l’agriculture, la logistique et finalement le panier du consommateur sont impactés.

Pour autant, les critiques existent. Elles sont nombreuses.
Les défenseurs de la libéralisation rappellent que les systèmes de contrôle administratif des prix ont souvent montré leurs limites. Ils soulignent que les marchés énergétiques sont devenus extrêmement volatils et que fixer artificiellement un plafond peut décourager l’investissement, réduire la concurrence ou créer des distorsions économiques difficiles à corriger ensuite.

D’autres économistes mettent également en garde contre un risque budgétaire.
Car lorsqu’un État intervient durablement pour compenser des prix élevés, la facture finit généralement par être supportée par les finances publiques. Autrement dit par le contribuable.

Le débat est donc loin d’être tranché.

​Un vote parlementaire sans lendemain ou un message politique fort ?

Sur le plan strictement législatif, peu d’observateurs croient à une adoption finale de ces textes. La majorité dispose des voix nécessaires en séance plénière pour les bloquer.
Les auteurs eux-mêmes semblent conscients de cette réalité.

Alors pourquoi relancer ces propositions aujourd’hui ? La réponse est probablement politique.

À quelques mois d’échéances importantes pour la vie publique nationale, les questions du pouvoir d’achat, du coût de la vie et de la souveraineté économique retrouvent naturellement une place centrale dans le débat.

La SAMIR constitue un symbole puissant et le carburant touche directement le quotidien des citoyens. Les deux sujets réunis forment donc un cocktail politique particulièrement sensible.

Il serait cependant réducteur de considérer ce vote comme un simple coup médiatique parlementaire.Il révèle aussi une interrogation plus profonde sur le modèle économique marocain.

Depuis plusieurs décennies, le Royaume a fait le choix de l’ouverture, de la concurrence et de l’intégration dans les marchés mondiaux. Cette stratégie a permis d’importantes avancées en matière d’investissements, d’exportations et de modernisation économique.

Mais les crises internationales récentes ont également remis au goût du jour une notion que beaucoup considéraient comme dépassée : la souveraineté.
Souveraineté alimentaire.
Souveraineté sanitaire.
Souveraineté industrielle.
Et désormais souveraineté énergétique.

Dans ce contexte, certains estiment que le dossier de la SAMIR mérite d’être réexaminé sans préjugés idéologiques.

La véritable question n’est peut-être plus de savoir si la raffinerie doit être nationalisée ou non. La question est plutôt de déterminer quel niveau d’indépendance énergétique le Maroc souhaite construire pour les décennies à venir et à quel coût.

Faut-il investir massivement dans une reprise du raffinage national ?
Faut-il privilégier le stockage stratégique ?
Faut-il miser davantage sur les énergies renouvelables et l’hydrogène vert pour réduire progressivement la dépendance aux hydrocarbures ?

Le débat mérite mieux que des slogans.

Car derrière les chiffres, les votes et les affrontements politiques se cache un enjeu concret : la résilience économique du Royaume dans un monde devenu plus imprévisible.

Le vote de la Commission des finances ne changera probablement pas la loi. Il ne relancera pas, à lui seul, les cheminées de Mohammedia. Mais il a réussi quelque chose de plus subtil : remettre au centre de la conversation nationale une question que beaucoup de Marocains continuent de se poser.

Dix ans après l’arrêt de la SAMIR, le Maroc a-t-il définitivement tourné la page… ou est-il simplement en train de la relire avec un regard nouveau ?





Mercredi 17 Juin 2026

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