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PAM: Un congres de blanchiment ?


Le Parti authenticité et modernité (PAM) a donc tenu son Vème congrès les 9 et 10 février courant, à Bouznika. L'on a compté quelque 3.000 participants. Le délai statutaire fixé par les dispositions de l'article 20 des statuts, à savoir quatre ans pour la durée des membres des organes du parti a été respecté.



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Par Mustapha Sehimi

Que dire de ces assises ? Un non évènement comme le relèvent certains ? Un fait marquant en ce début d'année 2024 selon d'autres ? Voire. En tout cas, force est de faire ce constat : l'union et le rassemblement n'étaient pas vraiment au rendez-vous, tant s'en faut. Comment ne pas relever par exemple que les cinq précédents secrétaires généraux qui se sont succédé depuis le congrès constitutif de février 2009 étaient absents ?

Ou encore que le secrétaire général sortant, Abdellatif Ouahbi, n'a pas sollicité un second mandat comme s'il mesurait par avance que c'était peine perdue. Enfin, cette troïka formée de Fatima Zohra El Mansouri, présidente du Conseil national, promue coordinatrice du secrétariat général, de Mohamed Mehdi Bensaid et de Salaheddine Aboulghali traduit bien la difficulté d'un accord sur le leadership de cette formation. 

Un bilan modeste, famélique...

Du côté de ce parti, l'on invoque que cette formule collégiale n'est pas inédite dans la pratique partisane et de citer au passage la direction de huit membres élue en octobre 1986 pour succéder à Mahjoubi Aherdan, alors secrétaire général du Mouvement populaire, avec Mohand Laenser comme primus inter pares. Comparaison n'est pas raison tant les circonstances historiques ne sont pas de même nature.

Passons... De fait, il en est tout autrement : A. Ouahbi n'était pas en mesure de remplir un nouveau mandat. Il était contesté, de plus en plus d’ailleurs : ces derniers mois, des membres des instances de direction (bureau politique, conseil national) exprimaient en effet une "fronde" visant à le dissuader d'aller au-delà de son mandat. Il avait accusé le coup, avec mauvaise grâce, mesurant qu'il n'avait pas d'autre choix.

Est-il parti avec " les honneurs", comme le dit Mohamed Mehdi Bensaid ? Lesquels ? Son allocution de départ n'était ni un bilan de sa mandature de quatre années ni un acte de foi et d'ambition pour le parti. Il s'est pratiquement défaussé en précisant qu'il allait se consacrer à ses tâches de ministre de la Justice et s'atteler à des réformes dans le domaine de ce département. 

Vingt huit mois, dans ce secteur -là, le bilan est plutôt bien modeste, famélique même : un code pénal et un code de procédure pénale en instance, un code de la famille (mais il n'est que membre d'une commission collégiale formée du Président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et du Président du ministère public à laquelle sont associées d'autres instances concernées).

Depuis octobre 2021, quel changement a-t-il porté ? Il a lancé dès le départ 1a grâce des détenus du hirak du Rif ignorant que c'est là une attribution personnelle et exclusive du Roi (article 58 de la Constitution); il a fait retirer au Parlement le projet de loi sanctionnant l'enrichissement illicite s'échinant à expliquer que cette incrimination  "pourrait être instrumentalisée à des malveillances" et qu’il faut respecter le principe de la présomption d'innocence.

En avril 2022, ce même ministre annonce l'introduction d'un amendement dans la procédure pénale confiant au seul ministère de l'Intérieur la poursuite contre des élus et non pas aussi à des associations de défense des biens publics. Et puis comment ignorer la polémique du concours d'accès à la profession d'avocat en décembre 2022 marquée par des soupçons de fraude et de conflit d'intérêts de plus de 2.000 candidats ? Un examen suivi d'un second de "rattrapage", alors que ce n'était pas prévu, comme pour tenter de calmer la colère et la contestation... Ministre à la tête d'un département régalien censé être le vecteur et la dynamo de réformes judiciaires et démocratiques, il n'a pas pu en être le maître-d’œuvre.

Situation d'autant plus pénalisante pour le cabinet Akhannouch mais aussi de manière plus accentuée pour son parti. Son mode de gouvernance posait problème, minorant les instances. Il n'est plus à la tête de son parti mais cela ne va-t-il pas peser sur son statut actuel de ministre ?

Aujourd'hui, quinze ans après sa création, qu'est-ce que le PAM ? Qu'en faire ? Et qu'apporte-t-il au système partisan et à la pratique politique nationale ? Au gouvernement, l'action de ses sept ministres est évaluée de manière variable et contrastée, selon les départements. Au surplus, Aziz Akhannouch, président du RNI, veille à encadrer voire à corseter les activités des ministres du PAM en élargissant son rôle. Dans cette même ligne, la coordination avec ses deux alliés (PAM, PI) fonctionne-t-elle dans des conditions satisfaisantes ?

A telle enseigne que ces deux partis relèvent et gèrent avec amertume leur marginalisation de fait liée par ailleurs à des divisions internes intestines pas encore surmontées. Par suite de cette situation, le congrès du PAM - tel qu'il s'est déroulé - et le retard de celui du PI encore entouré d'incertitudes traduisent bien le palier actuel et les hypothèques d'un rebond d'ici la fin de la présente mandature.

 

Quelle valeur ajoutée ?

De quoi reposer cette interrogation de principe: quelle est bien la valeur ajoutée du PAM depuis quinze ans? Le projet originaire était celui du Mouvement pour Tous les Démocrates (MTD). Créé comme association le 17 janvier 2008, il avait pour objectif de "défendre, pérenniser et renforcer les choix démocratique et moderniste adoptés par le Maroc et relever les défis du développement".

Il devait être un cadre souple, ouvert sur toutes les compétences. Il a proclamé qu'il" ne sera jamais un simple parti politique" allongeant la liste des partis existants, mais "une contribution à la réussite d'un saut qualitatif et historique que le Maroc du XXIème siècle est en train d'aborder". Dans le détail, ces professions de foi se sont muées dans le programme du parti lors de son congrès constitutif de février 2009. 

Un basculement s'est fait en un an d'une forme associative celle du MTD à une autre partisane. Quatre mois plus tard, lors des élections communales de juin 2009, le PAM surclassait toutes les autres formations avec 21,15 % des voix et 6015 sièges devant le PI (19,1 %), le RNI (14,8%), 1'USFP (11,6 %), etc. Sur ces bases -là, le parti du tracteur ne pouvait qu'évoluer et se consolider dans le système partisan. Il a été conçu et programmé pour être au premier rang, remodelant et réarticulant toutes les autres formations, éligible au "Maroc de demain" dans la perspective du Nouveau Règne.

Le Mouvement du 20 février 2011 a stoppé cette hypothèse…, Le rendu en 2024 n'est-il pas loin du compte ? Le PAM peut-il se ressourcer aux fondamentaux des principes du MTD alors qu'il a accusé tant d'avatars transgressifs depuis une quinzaine d'années ? Il reste en effet comptable d'une gestion erratique qui pèche par des pratiques de mal gouvernance aux antipodes de son référentiel d'origine. La nouvelle direction collégiale est formée de trois membres qui partagent cet historique depuis 2009. Arrivera-t-elle à changer les termes de référence si prégnants dans ce parti dans une perspective de rénovation et de blanchiment ?

Rédigé par Mustapha Sehimi sur Quid 



Vendredi 23 Février 2024


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