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PISA 2025 : ce que la note de l’OCDE dit réellement de l’école marocaine

« PISA 2025 : nos jeunes vont davantage à l’école… mais qu’y apprennent-ils vraiment ? »


Rédigé par La rédaction le Mardi 8 Septembre 2026

La nouvelle note pays consacrée au Maroc dans PISA 2025 ne se résume pas à un mauvais classement ou à quelques scores inquiétants. Elle raconte quelque chose de plus profond : un système éducatif qui a élargi l’accès au secondaire, qui accueille davantage de jeunes auparavant marginalisés, mais qui peine toujours à transformer cette massification scolaire en apprentissages solides.



PISA 2025 : parmi les 10 derniers sur les 91 pays évalués

Publiée le 8 septembre 2026, l’étude repose au Maroc sur 6 978 élèves de 15 ans répartis dans 179 établissements. Ils représentent environ 535 800 jeunes, soit près de 87 % de la population marocaine de cet âge. L’OCDE précise que les données marocaines ont satisfait aux standards de qualité de PISA.

Au-delà des chiffres, plusieurs constats méritent d’être examinés un par un.

1. Le premier constat est brutal : les compétences fondamentales restent très faibles

En sciences, seulement 23 % des élèves marocains atteignent au moins le niveau 2 de PISA, contre 74 % dans les pays de l’OCDE. En mathématiques, ils ne sont plus que 16 %, contre 65 % dans l’OCDE. Et en compréhension de l’écrit, seulement 13 % atteignent ce niveau minimal, contre 69 % dans l’OCDE.

Dit autrement, environ 77 % des élèves marocains testés restent sous le seuil minimal en sciences, 84 % en mathématiques et 87 % en lecture.

Le chiffre le plus préoccupant est probablement celui de la lecture. Le niveau 2 ne correspond pourtant pas à une maîtrise littéraire avancée. Il s’agit notamment d’être capable d’identifier l’idée principale d’un texte de longueur moyenne, d’y retrouver une information répondant à certains critères et d’en comprendre globalement le sens.

Que près de neuf élèves sur dix n’atteignent pas ce seuil à 15 ans pose donc une question qui dépasse l’école. La lecture conditionne ensuite l’apprentissage des sciences, des mathématiques, de l’histoire, mais aussi l’accès à l’enseignement supérieur, à la formation professionnelle et, plus tard, à une partie croissante du marché du travail.

Autre signal préoccupant : les élèves marocains sont quasiment absents des niveaux 5 et 6, ceux correspondant aux performances les plus élevées.

Le défi marocain n’est donc pas seulement de produire davantage d’excellence. Il reste d’abord celui d’un socle minimal à garantir au plus grand nombre.

2. Les résultats reculent depuis 2018, mais attention à la lecture trop facile

En première lecture, la tendance semble clairement négative. Entre 2018 et 2025, les performances moyennes marocaines diminuent dans les trois matières évaluées. Entre 2022 et 2025, les résultats reculent encore en mathématiques et en lecture, tandis qu’ils restent globalement stables en sciences.

La proportion d’élèves situés sous le niveau 2 a augmenté depuis 2018 de huit points en mathématiques, quatorze points en lecture et huit points en sciences.

On pourrait donc conclure rapidement que l’école marocaine s’est simplement détériorée. L’OCDE invite pourtant à davantage de prudence.

Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes marocains de 15 ans éligibles au test PISA a progressé de plus de 30 %, alors que la population totale de cette tranche d’âge est restée relativement stable. Cela signifie que beaucoup plus d’adolescents sont désormais présents dans le secondaire.

Et l’OCDE avance une conclusion intéressante : une part importante de la baisse apparente en sciences et en lecture pourrait être liée à l’intégration dans le système scolaire de jeunes issus de populations auparavant marginalisées.

C’est une nuance capitale.

La photographie PISA se dégrade en partie parce que l’école photographie désormais une population plus large.

Ce n’est pas une raison pour minimiser les mauvaises performances. Mais c’est une raison pour ne pas confondre deux phénomènes : la massification scolaire et la qualité des apprentissages.

Le Maroc semble avoir progressé sur la première. Le chantier de la seconde reste largement ouvert.

3. Le poids du milieu social reste considérable

PISA 2025 rappelle aussi l’ampleur du défi social.

Selon l’indice économique, social et culturel construit par l’OCDE, 54 % des élèves marocains se situent dans le quartile inférieur de l’ensemble de la population PISA internationale. Ils appartiennent donc, selon cette métrique, aux 25 % des élèves les plus défavorisés parmi les pays participants.

À l’intérieur même du Maroc, l’écart entre les 25 % d’élèves les plus favorisés et les 25 % les plus défavorisés atteint 55 points en sciences.

Ce chiffre reste inférieur aux 85 points observés en moyenne dans l’OCDE, mais il montre combien les conditions sociales continuent d’influencer les résultats scolaires.

Il existe cependant une donnée plus encourageante : 16 % des élèves marocains défavorisés figurent malgré tout parmi les 25 % les plus performants du pays. L’OCDE les qualifie de « résilients académiques ».

Ces élèves sont importants. Ils montrent que l’origine sociale n’est pas une fatalité.

Mais leur existence pose aussi une autre question : pourquoi certains établissements, certaines familles, certains enseignants ou certains environnements parviennent-ils à produire cette résilience et d’autres beaucoup moins ?

PISA donne le diagnostic. La politique éducative devrait maintenant chercher les mécanismes.

4. Les élèves marocains ne semblent pas avoir perdu foi dans l’école

Voilà probablement l’un des résultats les plus contre-intuitifs.

Seulement 17 % des élèves marocains considèrent que l’école a été une perte de temps, contre 24 % en moyenne dans l’OCDE. Et cette proportion a diminué de 12,8 points depuis 2022.

Par ailleurs, 67 % disent fournir un effort supplémentaire quand le travail devient difficile, contre 60 % dans l’OCDE. 58 % déclarent être curieux de nombreuses choses.

PISA mesure également ce que l’OCDE appelle le « growth mindset », la conviction que l’intelligence peut se développer avec le travail, l’effort et les retours reçus. 59 % des élèves marocains partagent cette conception.

Autre résultat intéressant : 55 % déclarent planifier souvent ou très souvent leur manière d’étudier, contre 37 % dans l’OCDE, et 56 % disent se poser des questions pour vérifier qu’ils ont bien compris ce qu’ils apprennent.

Cela change quelque peu le débat. Il serait trop facile d’expliquer les faibles performances marocaines par une génération qui ne voudrait plus apprendre.

Les données PISA suggèrent plutôt un paradoxe : une partie importante des élèves valorise encore l’école et déclare vouloir apprendre, mais cette disposition ne se traduit pas suffisamment en acquis mesurables.

C’est probablement l’une des questions centrales posées par cette enquête.

5. Les enseignants sont plutôt bien évalués, mais les conditions de classe restent difficiles

Les élèves marocains portent une appréciation relativement positive sur l’accompagnement de leurs enseignants de sciences.

73 % disent que leur enseignant s’intéresse à l’apprentissage de chaque élève. 76 % déclarent qu’il poursuit ses explications jusqu’à ce que les élèves comprennent et 76 % qu’il apporte une aide supplémentaire lorsqu’elle est nécessaire. Ces niveaux sont proches, voire supérieurs, aux moyennes OCDE.

Mais l’autre face du tableau est beaucoup moins rassurante.

36 % des élèves marocains disent ne pas pouvoir travailler correctement dans la plupart ou dans la totalité des cours de sciences, contre 19 % dans l’OCDE. 41 % signalent du bruit et du désordre perturbant régulièrement les cours et 39 % déclarent que leurs camarades n’écoutent pas l’enseignant.

L’enjeu n’est donc pas seulement la compétence pédagogique individuelle de l’enseignant. Il concerne également le climat scolaire, la gestion des classes, les effectifs, les comportements et, plus largement, les conditions concrètes dans lesquelles l’apprentissage doit se produire.

6. Les moyens progressent, mais les manques restent massifs

Sur les ressources, PISA donne quelques signes d’amélioration.

La pénurie d’enseignants semble moins peser qu’en 2022. Mais les déficits matériels restent considérables. Selon les chefs d’établissement interrogés, 69 % des élèves fréquentent des établissements où le manque de matériel pédagogique — manuels, équipements informatiques, bibliothèques ou laboratoires — affecte l’enseignement.

52 % sont scolarisés dans des établissements où les infrastructures physiques sont jugées insuffisantes. En 2022, ces proportions atteignaient respectivement 77 % et 65 %.

Il y a donc amélioration, mais à partir de niveaux tellement élevés qu’il serait prématuré de parler de problème résolu. Une réforme pédagogique ne peut pas tout faire si elle ne s’accompagne pas d’un environnement matériel suffisamment robuste.

7. Le paradoxe numérique : les élèves marocains sont déjà dans l’IA

PISA 2025 introduit un sujet nouveau : les usages de l’intelligence artificielle. Et le Maroc est ici presque exactement dans la moyenne internationale.

45 % des élèves marocains déclarent utiliser des chatbots d’IA pour apprendre au moins une fois par semaine, contre 46 % dans l’OCDE.

36 % les utilisent pour effectuer une première recherche, 30 % pour résumer un texte et 29 % pour rédiger un devoir. Seulement 9 % déclarent ne jamais ou presque jamais avoir recours à ces outils pour les tâches scolaires étudiées.

Voilà un contraste fascinant : le Maroc peut être presque au niveau de l’OCDE dans l’usage de ChatGPT tout en restant très loin du niveau OCDE en lecture, mathématiques et sciences.

L’accès à la technologie ne produit donc pas automatiquement de l’apprentissage.

L’enjeu n’est plus de savoir si les jeunes vont utiliser l’IA. Ils l’utilisent déjà. La question est désormais de savoir comment leur apprendre à l’utiliser pour progresser plutôt que pour contourner l’apprentissage.

8. L’absentéisme constitue peut-être l’un des grands signaux d’alerte

Dans les deux semaines précédant le test PISA, 36 % des élèves marocains disent avoir manqué au moins une journée entière de cours.

62 % déclarent avoir séché au moins un cours et 59 % être arrivés en retard au moins une fois. Pour comparaison, les moyennes OCDE sont respectivement de 22 %, 24 % et 50 %.

Le chiffre de 62 % mérite une attention particulière. Il signifie qu’une majorité des élèves interrogés déclare avoir manqué au moins une classe sur une période extrêmement courte.

On peut augmenter les budgets, moderniser les programmes, distribuer des tablettes ou former des enseignants : encore faut-il que l’élève soit effectivement présent dans la salle de classe.

9. Les familles semblent moins présentes

Le soutien familial recule également.

51 % des élèves marocains disent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils ont fait à l’école, contre 58 % en 2022. 41 % discutent au moins chaque semaine avec leurs parents des difficultés rencontrées, contre 47 % auparavant.

L’OCDE précise que ce recul est observé dans de nombreux pays. Il n’en reste pas moins que l’école ne peut pas être pensée indépendamment de l’environnement familial.

Le lien entre l’établissement, l’élève et ses parents reste une dimension essentielle de toute politique de réussite scolaire.

10. Même paradoxe sur l’environnement : la volonté existe, les connaissances beaucoup moins

Seulement 22 % des élèves marocains atteignent le niveau minimal en sciences environnementales, contre 74 % dans l’OCDE.

Pourtant, leurs attitudes sont plutôt positives : 87 % pensent que l’action collective peut résoudre les problèmes environnementaux, 73 % disent savoir travailler avec d’autres pour avoir un impact positif et 70 % souhaiteraient contribuer à la protection de l’environnement dans leur futur métier.

Encore une fois, PISA retrouve la même fracture : les aspirations sont là, mais les compétences ne suivent pas.

​L’école marocaine face à sa deuxième révolution

La véritable conclusion de PISA 2025 est peut-être celle-ci.

Pendant des années, le Maroc a dû relever le défi de l’accès à l’école. La progression spectaculaire du nombre de jeunes de 15 ans intégrés au secondaire montre que cette bataille a avancé.

Mais la massification crée mécaniquement une nouvelle exigence.

Il ne suffit plus de mettre les enfants à l’école. Il faut désormais garantir qu’ils y apprennent réellement.


PISA 2025 ne dit donc pas seulement que l’école marocaine va mal. La photographie est plus complexe.

Elle montre une école plus inclusive qu’en 2018, des élèves qui continuent majoritairement à croire dans l’utilité de l’apprentissage, des enseignants dont l’engagement est plutôt positivement perçu, des usages numériques déjà modernes.

Mais elle montre aussi des déficits fondamentaux en lecture, en mathématiques et en sciences, des conditions matérielles encore insuffisantes, des classes difficiles à gérer et un absentéisme préoccupant.
La première révolution éducative marocaine était celle de la scolarisation.
La seconde sera nécessairement celle de l’apprentissage réel.

Et au regard de PISA 2025, c’est probablement maintenant que commence la partie la plus difficile.





Mardi 8 Septembre 2026

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