Algorithme et programme : une confusion fondatrice
Un algorithme n’est pas du code. Il est, avant toute chose, une manière de penser un problème, une façon de structurer le réel, de hiérarchiser les priorités, de découper une situation complexe en éléments traitables.
Historiquement, le terme renvoie à Al-Khwarizmi, dont l’apport majeur n’était pas technique, mais intellectuel : avant de calculer, il faut organiser le raisonnement.
Le programme informatique vient ensuite. Il n’est que la traduction technique de cette pensée : un ensemble d’instructions permettant à une machine d’exécuter une logique déjà définie.
Confondre algorithme et programme revient à confondre la pensée et son écriture, le raisonnement et son automatisation.
Les LLM : des manières de penser codées
Il applique, à très grande échelle, une manière de penser conçue en amont par ses concepteurs, traduite en architectures mathématiques, en choix algorithmiques et en corpus de données.
Lorsqu’un pays adopte un LLM conçu ailleurs, même open source, même hébergé localement, il n’adopte pas seulement une technologie.
Il adopte une façon de poser les problèmes, une hiérarchie implicite des priorités, une certaine vision de l’individu, de l’économie, du droit et de la société.
Ce que change – et ne change pas – le partenariat avec Mistral
Mais il ne garantit pas, à lui seul, une souveraineté en intelligence artificielle. Les infrastructures critiques, les architectures fondamentales et les logiques algorithmiques demeurent largement exogènes si elles ne sont pas explicitement co-construites.
La vraie souveraineté commence avant le code
Ce n’est qu’ensuite que ces algorithmes peuvent être traduits en programmes et intégrés dans des systèmes d’IA, éventuellement en partenariat avec des acteurs internationaux. Dans le cas du Maroc, l’enjeu est central.
Les réalités linguistiques, culturelles, institutionnelles et sociales exigent des manières de penser spécifiques. Une IA importée peut être utile, mais elle ne peut structurer durablement l’action publique et économique sans une appropriation cognitive locale.
Partenariat comme levier, pas comme substitut
En intelligence artificielle, la souveraineté n’appartient pas à celui qui héberge ou utilise les modèles, mais à celui qui conçoit la manière de penser que ces modèles mettent en œuvre.
Par Dr Az-Eddine Bennani












L'accueil




CAN 2025 : le pari africain du Maroc à l’épreuve des émotions










