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Pas besoin de « grandes oreilles »

Par Fatima Hqiaq.


Par un heureux hasard, je me déplace de chez moi vers un village de l’Oriental. J’emprunte un moyen de transport public. C’est une occasion pour en apprécier les vertus et les contraintes dont il décharge le voyageur solitaire. Néanmoins, ses avantages ne sauraient occulter certaines servitudes classiques mais aussi nouvelles nées de la démocratisation des technologies de la communication et de leur invasion de l’espace public.



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Sur la route de l’Oriental

Le transport public vous délivre de la fatigue inhérente à  la conduite, en particulier sur une longue distance, comme du devoir de vigilance que vous impose le souci de votre sécurité et celui des autres évoluant sur la même voie que vous. Vous vous en déchargez volontiers sur le conducteur de l’autocar.

On est alors libre de jeter son regard où bon  nous semble : devant, à droite, à gauche et même en arrière. Il va de soi que  reluquer dans ces circonstances n’est pas forcément  le signe d’une bonne éducation, mais là n’est pas le sujet.  Une telle liberté vous est interdite lorsque vous pilotez votre propre engin.

Rivé à votre siège, sanglé dans votre ceinture de sécurité, les mains sur le volant, le pied appuyé sur le champignon, vous êtes condamné à regarder devant vous.  Ce qui n’est pas une mauvaise chose, philosophiquement parlant. D’ailleurs, il y a un proverbe malien qui conforte cette attitude  : « Il vaut mieux regarder devant soi que de se retourner sur l’endroit où l’on a trébuché ». 

De petites entorses à cette règle peuvent se produire de temps en temps, mais pas de façon permanente. Le prix à payer pourrait se révéler trop élevé pour être tenté . Par conséquent, il vaut mieux s’abstenir de jouir sans entrave de cette liberté de mouvement des yeux et de la tête , ou du moins en user avec modération.  

Et voilà, les trois types de relief qui défilent sous vos yeux dans leur belle diversité : plaines, plateaux et montagnes. Evasion enchanteresse par vaux et par monts. Cerise sur ce succulent gâteau :  la verdure étend son règne sur toute cette morphologie géographique. C’est l’alchimie entre la terre et les dernières généreuses pluies qui fait son plus beau  verdoyant effet sur la nature.  La pluie vous déroule non pas le tapis rouge , somme toute banal, mais le tapis d’un vert émeraude qui ravit les âmes.

C’est un régal pour les yeux, longtemps contraints à ne voir qu’un paysage de désolation, conséquence d’une sècheresse sévère qui a sevré le pays de pluie durant quasiment tout  l’automne 2023    et une bonne partie de l’hiver en cours.  

Le transport public présente, également, un avantage indéniable en termes de coût. Prendre votre voiture personnelle  fait mal à la poche lorsque vous voyagez seul, notamment depuis que le cours  des hydrocarbures ne cesse de battre ses propres records, de semaine en semaine, sous la politique de la vérité des prix.

Menus désagréments.

Le transport public présente certes d’autres avantages que j’oublie surement de mentionner, mais n’est nullement dénué de petits désagréments .  Au nombre de ceux-ci  figure la nécessité de se plier à des horaires qui vous donnent l’illusion de choisir mais ce choix reste relatif , étant obligé de le faire dans  le menu concocté par la compagnie de transport. Le voyageur n’est pas une force de proposition en cette matière, alors qu’il en va autrement lorsqu’il prend  la route à bord de son propre véhicule. Toutes les heures et leurs fractions de jour et de nuit lui sont offertes, il n’a que l’embarras du choix.

Les limites en ce qui concerne les bagages ne sont pas négligeables, non plus. Il peut en remplir son coffre et même l’habitacle de sa voiture à volonté. Une telle possibilité est à écarter  dans un  transport public  et pas seulement en raison  du coût , le fret étant facturé à la pièce et au poids. La question se pose, dans toute son acuité, une fois arrivé à destination et de là au lieu où vous comptez séjourner.

Aucun taxi n’est disposé à embarquer un client juché sur une montagne  de malles , de  sacs et de valises. Le transport public a un programme de haltes préétabli, aussi bien en ce qui concerne le lieu et le nombre que la  durée de chacune d’elles.  Dans votre voiture, vous pouvez vous arrêter quand vous le voulez, sans aucune contrainte du lieu et de la durée des arrêts.   Dans l’autocar, le conducteur fait aussi office de DJ. Il vous impose ses préférences musicales et en règle  le volume à sa guise.

Dans votre propre voiture, vous êtres le seul maître à bord de la station radio à mettre, de la musique à écouter comme de privilégier le silence absolu durant vos pérégrinations, si le cœur vous en dit.

Nouvelles nuisances sonores.

Que nenni dans un autocar. C’est compter sans ce nouvel intrus ou resquilleur des temps modernes qui n’est autre que le téléphone mobile. Passager clandestin, il s’embarque d’office, à titre gracieux et  n’a nullement besoin d’une autorisation pour résonner.  Ici, rien n’indique qu’il est interdit d’usage. On ne vous le confisque pas non plus à l’entrée comme dans bon nombre de lieux publics. Il s’impose et personne ne trouve à redire, ne manifeste son dérangement, indisposition ou insatisfaction à l’encontre d’une communication d’un compagnon de voyage avec le monde extérieur. 

Je dois préciser qu’il s’agit plutôt de compagnes et non de compagnons, la gent féminine étant  la plus prompte à dégainer cette arme de nuisance massive sitôt installée dans son siège.  Je sais que « Toutes les généralisations sont fausses, y compris celle-ci » a dit l’écrivain américain, Alexander Chase, je m’y hasarde tout de même.

Deux compagnes de voyage se sont tristement illustrées sur ce registre, mais l’une d’elles,  appelons- la Aïcha , est digne de remporter la palme d’or ! Elle tient le crachoir sur pas moins de 200km, soit l’équivalent de deux bonnes heures. Elle a la délicatesse, en plus, de mettre son interlocuteur sur haut-parleur !

Aucune miette de cette conversation n’échappe à l’auditeur malgré lui que fait de vous Aïcha. Vous n’avez pas besoin d’avoir de « grandes oreilles », ni celles de l’Histiotus alienus* ou d’être maladivement indiscret   pour écouter.  Les propos échangés ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. A défaut de pouvoir stopper ce flot d’échanges, vous êtes  un tantinet désireux d’intervenir dans la conversation, autant être de la partie plutôt que de subir sans réagir. Surtout que notre brave Aïcha commet pas mal d’incohérences et de petits mensonges en passant d’un interlocuteur à l’autre.  Elle a tendance à s’emmêler les pinceaux. Je ne peux m’empêcher de rire sous cape.  

Que Aïcha réponde aux appels entrants, passe encore, mais en émettre pas mal n’accordant aucun répit ni à son mobile ni à son  auditoire, voilà qui ne laisse pas d’agacer.. 

Je reste , toutefois, admirative face à cette faconde étourdissante et intarissable. Je ne le suis pas moins devant la désinvolture qu’elle affiche à exposer sa vie privée à  un public qu’elle ne connait ni d’Eve ni d’Adam.  Ou c’est l’anonymat , peut-être, qui l’autorise à le faire. C’est un thème à creuser en recherche psychologique, sociologique et de genre. 

J’avoue être totalement incapable de telles performances d’où mon admiration béate pour Aïcha et ses acolytes. 

Je ne trahirais nullement un secret, parce qu’elle l’ a partagé sans ambages  avec une quarantaine d’anonymes, si je vous disais que  Aïcha s’apprête à accomplir le petit pèlerinage, la «3omra ». Elle   passera 3 semaines à la Mecque dont deux pendant le mois sacré du Ramadan.  

Fatima Hqiaq.



Lundi 4 Mars 2024


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