Un accord bloqué… et désormais relancé
À Bruxelles, les ambassadeurs des 27 États membres ont accordé, mi-janvier, leur aval à la Commission européenne pour ouvrir officiellement des discussions avec le Maroc. Ce feu vert porte sur un mandat de négociation visant à établir un nouvel accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable (APPD), assorti d’un protocole fixant les conditions d’accès des navires européens aux eaux marocaines.
Ce mouvement intervient alors que l’accord précédent, entré en vigueur en 2019, est resté dormant depuis son expiration le 17 juillet 2023. Sans protocole actif, les flottes européennes ne disposent plus de cadre juridique pour opérer au large du Maroc, ce qui signifie que les licences et quotas d’avant 2023 restent suspendus.
Pour les acteurs du secteur côté espagnol notamment en Galice, en Andalousie et aux Canaries — cette pause n’a pas été neutre. Avant son extinction, l’accord permettait à environ 138 navires de l’UE d’accéder aux eaux marocaines, dont 92 immatriculés en Espagne, un des principaux bénéficiaires du partenariat.
L’ombre de la justice européenne
L’imbroglio juridique qui entoure ce dossier remonte à octobre 2024, quand la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a annulé les accords commerciaux, agricoles et de pêche conclus avec le Maroc en 2019 au motif qu’ils n’avaient pas respecté les règles liées au consentement des populations concernées.
Sur le plan technique, cette annulation confirmée en appel n’a pas eu d’effets immédiats sur la pêche puisque le protocole avait expiré quelques mois plus tôt. Mais elle a laissé planer une incertitude juridique importante et contraint la Commission européenne à repenser son approche, notamment en intégrant des mécanismes conformes aux exigences de droit international et aux décisions de la justice européenne.
Bruxelles a par ailleurs négocié des accords agricoles révisés incluant maintenant explicitement les provinces du sud du Maroc, avec des mesures d’étiquetage destinées à répondre aux questions juridiques soulevées.
Une coopération stratégique
Au-delà du bras de fer juridique, cette renaissance des discussions s’inscrit aussi dans la volonté européenne de préserver un partenariat stratégique solide avec le Maroc, qui reste un interlocuteur clé pour l’UE dans plusieurs dossiers échanges commerciaux, sécurité et migrations. Déjà à l’automne 2024, le Conseil européen avait souligné l’importance de ces liens malgré l’annulation judiciaire des accords antérieurs.
Dans un entretien rapporté récemment, un négociateur européen a rappelé que l’objectif était double : garantir une pêche durable pour les flottes de l’UE et soutenir le développement responsable de la pêche marocaine, afin d’éviter la surexploitation des ressources halieutiques. Cette approche s’inscrit aussi dans la politique de durabilité que promeut l’UE dans ses partenariats internationaux.
Enjeux à venir
Dans un monde où la gestion durable des ressources marines est plus qu’un slogan, la relance des discussions pêche entre l’UE et le Maroc ouvre une fenêtre d’opportunités mais aussi de défis. Pour que ce nouveau chapitre soit couronné de succès, il faudra allier rigueur juridique, équité économique et respect des engagements internationaux, tout en consolidant un partenariat stratégique vital pour le Maroc et l’Europe.












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