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Penalty raté, CAN sauvée

Dans une finale sous tension, joueurs et capitaines ont évité une une histoire toxique.


Rédigé par le Lundi 19 Janvier 2026

Je vais donc m’aventurer, en toute conscience, sur un terrain glissant. Celui des hypothèses, des lectures à froid, des interprétations qui dérangent. Certains y verront de la pure spéculation, d’autres une forme de science-fiction footballistique, d’autres encore une tentative d’explication psychosomatique d’un échec qui refuse de se laisser enfermer dans les seules lignes du règlement. On pourra m’accuser — à tort ou à raison — de chercher à justifier l’injustifiable. J’assume le risque. Le football, surtout quand il devient affaire nationale, n’est jamais seulement une question de ballons, de poteaux et de penalties.



Une vitrine continentale réussie, presque parfaite

Penalty raté, CAN sauvée
Les faits, eux, sont têtus et ne demandent aucune poésie. La CAN 2026 s’est jouée chez nous. Le Maroc a perdu en finale face au Sénégal. Un penalty décisif a été manqué. Le trophée nous a échappé. Point. Et pourtant, réduire cette Coupe d’Afrique à une défaite serait une lecture paresseuse, presque malhonnête. Car dans le même mouvement, le Maroc a « sauvé » la CAN, au sens plein du terme : infrastructures au niveau des standards mondiaux, organisation maîtrisée, sécurité exemplaire, public discipliné et fair-play, ambiance festive sans débordements majeurs. Sur le terrain, les distinctions individuelles sont venues confirmer ce que les tribunes savaient déjà : meilleur gardien, meilleur buteur, meilleure équipe fair-play. Une vitrine continentale réussie, presque parfaite.

Mais c’est précisément là que le malaise commence. Car cette réussite globale masque un vertige plus profond. Le Maroc a frôlé un scénario qui aurait pu devenir un traumatisme historique.

Imaginons un instant et l’exercice est volontairement inconfortable que l’arbitre ait sifflé une victoire marocaine sur tapis vert après la sortie des Sénégalais. Le pays aurait exulté. Les rues auraient explosé de joie. Les plateaux télé auraient parlé de « destin », de « justice », de « victoire méritée ». Un quart d’heure de gloire, peut-être une nuit entière d’euphorie collective.

Mais à quel prix ? Cette victoire administrative aurait laissé une tache noire, indélébile, dans l’histoire du football marocain et africain . Une victoire toujours assortie d’un astérisque, d’un « oui, mais ». Les commentateurs étrangers , amis ou hostiles,  n’auraient jamais lâché l’affaire.

Les historiens du football africain auraient rangé cette CAN dans la catégorie des titres controversés, discutables, gênants. Et nous, Marocains, aurions dû porter ce poids pendant des décennies, au moment même où nous nous présentons au monde pour la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, vitrine planétaire, terrain impitoyable de la mémoire sportive.

Perdre sur un penalty raté fait mal. Gagner sur tapis vert aurait peut-être été pire. C’est là que la question cesse d’être sportive pour devenir presque morale, presque psychologique. Avions-nous réellement besoin de cette CAN à n’importe quel prix ? Ou étions-nous, collectivement, en train de franchir un cap plus important : celui d’un pays capable d’organiser, de rayonner, d’imposer une image forte, quitte à accepter une défaite propre plutôt qu’un triomphe suspect ?

Ce n’est pas une consolation. Ce n’est pas non plus une absolution. C’est une invitation à penser le football autrement, surtout quand il devient miroir d’une nation qui se prépare à entrer dans une autre dimension.

Alors, comment a-t-on évité ce scénario toxique, cette victoire empoisonnée qui aurait collé au palmarès comme un sparadrap pollué ?

Il faut d’abord appeler les choses par leur nom. Le comportement du sélectionneur sénégalais, demandant à ses joueurs de quitter le terrain, est condamnable. Sans détour.

C’était une pression maximale exercée sur l’arbitre, sur l’organisation, sur l’opinion. Du chantage pur et simple. Certains, dans l’emballement, ont même parlé de « terrorisme sportif » — le mot est excessif, sans doute, mais il dit quelque chose de la violence symbolique de l’acte : prendre le match en otage, suspendre le jeu pour forcer une décision.

Et pourtant, le miracle n’est pas venu des règlements, ni des officiels, ni même de la VAR. Il est venu du terrain. Des joueurs. Des footballeurs qui, l’espace de quelques minutes, ont cessé d’être de simples acteurs d’un match pour endosser un rôle autrement plus rare : celui d’hommes d’État du football. Achraf Hakimi d’un côté, Sadio Mané de l’autre. Deux capitaines de fait, deux figures respectées, deux symboles qui dépassent leur maillot. Peut-être aussi, dans l’ombre, un Claude Le Roy version sage africain, cette mémoire longue du football continental qui sait quand il faut calmer le jeu pour sauver l’essentiel.

La suite de cet article n'est pas impossible, plausible seulement ou peut être l'auteur que je suis voudrais y croire. Mais c'est mon intuition !

La négociation a été simple, presque irréelle dans un football moderne habitué aux cris, aux menaces et aux communiqués incendiaires. Revenir sur le terrain. Tirer le penalty. Ne pas le transformer. Aller en prolongation. Et que le vainqueur gagne proprement, sans procès d’intention, sans tribunal parallèle, sans éternel « si ». Un pacte tacite, fragile, mais décisif. Une sorte d’accord de paix footballistique conclu à même la pelouse, loin des micros et des réseaux sociaux.

Ce qui s’est joué là dépasse largement le cadre d’un match. C’est un moment rare où le football africain a refusé le chaos. Où il a choisi la dignité plutôt que l’humiliation, la clarté plutôt que la combine. Oui, le Maroc a perdu sportivement. Oui, la blessure est réelle. Mais la CAN, elle, a été sauvée. Sauvegardée dans sa crédibilité, dans son image, dans sa capacité à produire autre chose que des polémiques recyclées tous les deux ans.

Dans quelques années, quand on reparlera de la CAN 2026, on se souviendra peut-être du penalty raté. Mais on se souviendra surtout de ce moment suspendu où le football africain a montré qu’il pouvait se tenir debout, sans artifices, sans victoire administrative, sans gloire frelatée. Et à l’approche du Mondial 2026, ce détail-là vaut peut-être plus qu’un trophée soulevé dans le doute.

Non, il n’y a pas eu de coup de fil officiel, pas d’instruction venue d’en haut, pas de « ligne rouge » transmise depuis un bureau feutré.

De cela j'en suis convaincu : Aucune autorité  n’a décroché son téléphone pour dicter la marche à suivre. Et c’est précisément ce qui rend la séquence intéressante. Ce qui s’est joué à ce moment-là relève moins de la diplomatie formelle que d’un réflexe de survie collective.

Une intuition partagée : si ce match basculait dans l’absurde, c’est toute la CAN — en tant qu’institution, en tant que produit, en tant que symbole du football africain — qui risquait d’y laisser des plumes.

Car le danger n’était pas seulement sportif. Il était structurel. Une finale décidée sur tapis vert, dans un stade plein, sous les caméras du monde entier, au moment où l’Afrique tente de repositionner son football dans l’économie globale du sport, aurait été un désastre narratif. Un mauvais feuilleton de plus, aussitôt recyclé par les chaînes étrangères, les chroniqueurs condescendants et les réseaux sociaux toujours prompts à caricaturer le football africain comme instable, émotionnel, incapable de se gouverner lui-même.

Ce réflexe de survie, il faut le dire, n’a pas été calculé. Il n’a pas été écrit. Il a émergé. Chez des joueurs conscients que ce qu’ils faisaient dépasserait le score final. Chez des acteurs qui savent que la CAN ne se joue plus seulement en Afrique, mais aussi dans les droits TV, les partenariats, la crédibilité internationale, la capacité à organiser des compétitions majeures sans incident majeur. À ce moment précis, le football africain a compris qu’il n’avait plus le luxe du scandale.

On peut toujours chercher des complots, des ordres cachés, des arrangements obscurs. C’est tentant, c’est confortable, c’est vendeur. Mais la réalité est souvent plus simple et plus cruelle : il y a des instants où le chaos est à portée de main, et où seuls ceux qui sont sur le terrain peuvent l’empêcher. Pas par héroïsme, mais par lucidité.

La CAN 2026 a été sauvée non pas par un règlement, mais par une conscience diffuse de ce qui était en jeu. Une organisation fragile, perfectible, mais désormais trop exposée pour se permettre un naufrage en mondovision. Ce soir-là, le football africain n’a pas gagné une coupe. Il a évité une crise. Et parfois, dans l’histoire du sport, éviter le pire est déjà une forme de victoire.

​Non, il ne s’agit ni d’une conviction arrêtée, ni de confidences glissées à voix basse, encore moins d’une vérité révélée.

Il s’agit d’une intuition. Une lecture à hauteur d’homme, nourrie par l’observation, par le contexte, par ce que le football laisse parfois deviner quand il échappe aux communiqués et aux versions officielles. Une intuition fragile, discutable, peut-être même contestable et dérangeante.

Mais le football n’est pas qu’un sport de certitudes. C’est aussi un langage de signes, de silences, de gestes minuscules qui disent plus que les discours. Ce soir-là, quelque chose s’est joué qui dépassait le score final. Une conscience diffuse que gagner mal aurait coûté plus cher que perdre proprement. Une compréhension tacite que l’Afrique du football n’avait plus droit à l’erreur, surtout à l’ère des écrans globaux et des mémoires numériques éternelles.

Libre à chacun d’y voir une simple coïncidence, une lecture trop intellectuelle d’un match tendu, ou un récit reconstruit après coup. Mais parfois, ce sont précisément ces intuitions non prouvables qui éclairent le mieux les moments charnières. La CAN 2026 n’a pas offert le trophée au Maroc. Elle a peut-être offert au football africain quelque chose de plus rare : un instant de lucidité collective.





Lundi 19 Janvier 2026

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