Ce décalage entre chiffres officiels et perception sociale s’explique d’abord par la nature même de l’inflation récente. Si les taux ont ralenti, les prix, eux, ne sont pas redescendus. Les denrées alimentaires, les loyers, les services de base ont atteint de nouveaux paliers, devenus structurels. Autrement dit, la hausse s’est arrêtée, mais le niveau reste élevé. Pour les ménages, notamment les classes moyenne et modeste, cette stabilisation ne signifie pas soulagement.
À cela s’ajoute une évolution des revenus qui peine à suivre. Les salaires n’ont progressé que marginalement, souvent en deçà des hausses cumulées des prix observées ces dernières années. Dans le secteur privé, les revalorisations restent limitées, prudentes, parfois inexistantes. La fonction publique, longtemps perçue comme un refuge, n’échappe plus non plus à l’érosion du pouvoir d’achat réel.
Le problème est aussi structurel. La croissance marocaine demeure encore insuffisamment inclusive. Elle repose sur des secteurs performants industrie automobile, exportations, grands projets mais dont les retombées sur l’emploi et les revenus sont inégales. Les créations de valeur ne se traduisent pas toujours par une amélioration directe du niveau de vie de la majorité.
Dans ce contexte, les ménages adaptent leurs comportements. La consommation se transforme : arbitrages plus stricts, recul des dépenses non essentielles, recours accru au crédit à la consommation pour absorber les chocs. Une stratégie de survie plus que de confort, qui fragilise l’équilibre financier des foyers sur le moyen terme.
Les pouvoirs publics, de leur côté, tentent de répondre par des mécanismes ciblés : aides sociales directes, soutien aux produits de base, réformes de la protection sociale. Des mesures nécessaires, mais encore insuffisantes pour recréer un véritable sentiment d’amélioration. Car le pouvoir d’achat ne se résume pas à des transferts ponctuels. Il repose avant tout sur un revenu stable, prévisible et en progression.
La question centrale devient alors politique et économique à la fois : comment transformer la reprise macroéconomique en bénéfice tangible pour les citoyens ? Sans relance durable de l’emploi, sans montée en gamme des salaires, et sans maîtrise durable des coûts de la vie, la reprise restera abstraite pour une grande partie de la population.
En définitive, le malaise actuel ne traduit pas une défiance envers les chiffres, mais une attente. Celle d’une économie qui, au-delà de ses équilibres, parle enfin au portefeuille des Marocains.












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